2. Une ressemblance bien troublante

2499 Words
Pdv Maria   19 août à Paris   Il faisait chaud aujourd’hui et avec mon frère Jacob (13 ans), ma sœur Angela(10 ans), on avait décidé d’aller passer la journée à la piscine municipale pour nous rafraîchir. J’étais chez mon père depuis quelques jours pour passer le reste des vacances. J’aimais beaucoup venir chez mon père, l’ambiance était plus folle, moins “aseptisée” que chez ma mère. Ici, j’avais beaucoup plus de liberté. Mon père vivait depuis des années dans un immeuble à Seine-Saint-Denis et tout le monde dans l’immeuble se connaissait presque. J’aimais cette ambiance de communauté et de solidarité où on pouvait gentiment aller demander du sel ou du sucre à la porte d’en face. Arrivés à la piscine, on se changea dans les vestiaires. En sortant des vestiaires, je croisais Khadija, une voisine de mon âge qui était venue, elle aussi, profiter de la piscine avec des amies.   Moi : Coucou, Khadija. Ça fait un bail.   Sans répondre à ma salutation, elle continua de parler à ses amis.   Moi, pensant qu’elle ne m’avait pas entendue : Coucou, Khadija.   Elle se tourna, me regarda de la tête aux pieds et me fis un tchip sonore, avant de se retourner vers ses amies. Sa réaction me fit mal et honteuse, je fis signe à Angela de partir.   Angela : Pourquoi Khadija est fâchée contre toi ?   Moi : Je ne sais pas.   Khadija, qui m’avait entendue : Comment ça “tu ne sais pas” ? Non. Mais vraiment tu es très culottée, toi.   Moi, me tournant vers elle : Sérieux, Solène, je ne sais pas ce que je t’ai fait.   Khadija, s’approchant dangereusement de moi : Tu fais ta meuf à Dakar, puis tu viens me saluer tranquille, comme si de rien était.   Moi, complètement perdue : Moi. De quoi tu parles Solène ? Tu as dû me confondre avec quelqu’un. Je n’ai jamais été à Dakar.   Khadija : Ne te fiches pas de moi. Je t’ai vu à Dakar, comme je te vois maintenant. Tu étais en mode “p*****e” avec ton groupe d’amies. Je t’ai saluée et tu as fait genre que tu ne me connaissais pas.   Moi : Khadija, tu m’as vraiment confondue avec une autre. Jamais je n’oserai réagir comme ça avec toi. Mais surtout je n’ai jamais été à Dakar.   Khadija : Maria, sa fène yi la beugue nga bayi (je veux que tu arrêtes tes mensonges). Je t’ai vue à Dakar, vers le 20 juillet.   Moi : Justement Khadija, j’étais à Paris vers cette période et je n’ai jamais été à Dakar de toute ma courte vie.   Angela, de sa petite taille, mais ne pouvant s’empêcher pas venir à mon secours : Je te le jure, Khadija, elle n’est jamais partie au Sénégal. Sa maman ne veut pas qu’elle y aille.   Khadija, en souriant : Alors vraiment il y a ton sosie à Dakar. Maintenant que tu le dis, cette fille trop effrontée ne pouvait pas être toi. Mais j’aurais dû la prendre en photo, c’est ton portrait tout craché. Ça doit sûrement être une fille qui t’est parentée, mais je t’assure, elle te ressemblait trop. Si je ne connaissais pas ta famille ici, j’aurais dit que c’était ta sœur jumelle.   Moi : C’est étonnant, les cousines que j’ai à Dakar ne me ressemblent pas comme deux gouttes d’eau, mais en tout cas, saches que je ne te manquerai jamais de respect, Khadija.   Khadija : T’inquiètes, j’ai compris que je m’étais trompée. J’espère que tu ne m’en veux pas pour tout à l’heure.   Moi : Non. Ce n’est pas grave. J’imagine que cette fille t’avait vraiment mal parlée.   Khadija : Mais, tu ne peux même pas imaginer “son mal-parlage”.  Ça m’a énervée, j’ai commencé à moi aussi à hausser le ton, par fierté. ( elle se tourna autour d’elle, puis voyant que ses amies étaient toujours à l’intérieur du vestiaire ), mais elle a vraiment failli se jeter sur moi. J’étais mes cousines, mais crois-moi, on a toutes eu la frousse, parce qu’on sentait bien que cette fille et son groupe d’amis étaient des timbrés. Ils auraient pu nous réduire en bouillie sans état d’âme.   Elle rit, amusée. Mais moi, je préférai ne pas rire. Je connais les filles d’ici . C’est toujours “je peux rire de moi, mais ne ris surtout pas de moi”.   Moi : Rien que pour ça. Tu aurais dû savoir que ce n’était pas moi, Khadija. Moi, je suis douce comme un agneau.   Khadija : Oui. C’est vrai, ça aurait dû me faire douter. Mais bon, oublions cette histoire. On se voit après à la piscine, je vais me changer.   Moi : Ok. À tout à l’heure.   On se sépara. Arrivées à la piscine, Angela partit dans le petit bassin où elle retrouva quelques filles qu’elle connaissait et moi, je rejoignis Jacob au grand bassin.   Jacob, en me rejoignant : Pourquoi vous avez autant duré au vestiaire ?   Moi : J’étais en train de parler avec Khadija, la voisine de l’appartement du dessous.   Jacob : Ok. Bon. Je te laisse, j’ai retrouvé des copains du collège.   Moi, offusquée : Non, mais sérieux. Jacob, on vient ensemble à la piscine et tu m'abandonnes ?   Jacob : Je ne t'abandonne pas. Je veux juste aller m'amuser avec mes copains.      Moi : Vas-y, Traître.     Il rit, amusé et s'en alla. J'entrai dans l'eau et nagea joyeusement. Je m'arrêtai à l'autre bout de la piscine.     - Bonjour, je peux vous aider à faire la planche ?      Moi, sans même me tourner : Non. Merci.     - Pourtant je suis un très bon professeur.     Moi, en me tournant pour lui faire gentiment comprendre que je n'étais pas intéressée : Je ...     Je tombais sur les yeux verts les plus beaux que je connaisse et cela me coupa le souffle. Il sourit.     Le mec aux yeux verts : Alors tu as changé d'avis ?     Moi, par fierté : C'est toujours non.     Il sourit .     Le mec : Pourtant, j'ai cru un moment que tu allais accepter. Tu avais les yeux qui pétillaient, quand tu as découvert mes beaux yeux.      Moi : Ils sont beaux ? Je n'avais pas remarqué ?      Le mec : Oui. Il paraît qu'ils sont à tomber.     Moi : Carrément ? Tes chevilles sont bien ...     Le mec : Non. Elles ont la taille normale. Sinon tu t'appelles comment ? J'aimerais mettre un joli prénom à ce beau visage.     Moi : Pourquoi je donnerai mon prénom à un possible psychopathe ?     Le mec : Même si j'étais un psychopathe, tu n'aurais rien à craindre. Je te vénérerai comme une déesse grecque.     Moi : Tu sais parler aux filles, dis donc. C'est fou que tu parles de déesse grecque, parce que j'ai un prénom de déesse grecque, je m'appelle Vénus.     Le mec : Non. Mais sérieux, tu me charries là ?     Moi: Je suis très sérieuse. C'est mon prénom.     Le mec : Enchanté. Moi, c'est Melvin.     Moi : Melvin. Prénom atypique.     Le mec : Comme le sien.     Je souris.     Je vis les filles arriver au bord de la piscine.     Moi : Merci de m'avoir tenue compagnie jusqu'à maintenant, mais mes copines sont là. Au revoir.      Je nageais le plus rapidement possible pour m'éloigner de ce trop beau jeune homme.    Moi, arrivée près des filles : Je peux m'incruster.     Khadija : Bien sûr. Si les autres n'y voient pas d'inconvénients.      Trois garçons nous rejoignirent. Je reconnus l'un d'eux.      L'un des garçons : Les filles, c'était ça, on est bientôt arrivées ?     Une des amies de Khadija: On a un peu duré dans les vestiaires.     Le garçon : J'avais commencé à me demander si vous alliez vraiment venir.     La fille : Steve, est-ce que je t'ai déjà donné un lapin?     Le garçon : On ne sait jamais.     La fille : Pff.     Le garçon : Sinon je suis venu avec mes deux amis Melvin et Romain.     La fille : Elle, c'est Solène et elle, Khadija. Et elle, c'est... Comment tu t'appelles ?     Je me sentis juste de trop.      Khadija : C'est Maria. C'est ma voisine.     Melvin sourit, amusé.     Melvin : Enchanté, Maria.     J’avais encore plus honte. J’étais prise en flagrant délit de mensonge. Après ce court moment de présentation, on commença à s’amuser dans l’eau. J’évitai au maximum Melvin, mais il réussit quand même au bout d’une heure à m’approcher.   Melvin : Alors, Maria, finalement j’ai fini par avoir ton vrai prénom.     J’avais encore plus honte. Je fis semblant de ne pas l’entendre pour ne pas montrer ma honte.     Solène, en s’incrustant : Alors, Melvin, il paraît que tu as été il y a quelques temps en vacances à l’île de la Réunion.     Melvin : Oui. J’y étais pendant un mois, je suis rentré le 17 août.     Solène : Oh. La chance. Moi, je rêve de découvrir cette île paradisiaque, de voir le Pithon de la Fournaise.     Vue les yeux de biches et la voix mielleuse qu’elle avait en lui parlant, je savais que Solène était en mode “je suis à la chasse”. Intimidée et sachant que c’était moi qui n’étais pas l’invitée dans cette sortie en groupe, je m’éloignai discrètement. J’entendis juste Melvin expliquer qu’il avait grandi à l’île Réunion et qu’une grande partie de sa famille vivait toujours là-bas, puis nageant rapidement vers l’autre de la piscine, sa voix disparut dans le brouhaha habituel d’une piscine bien animée.     ***************   Deux jours après à Dakar   Pdv Victoria   Je m’arrêtai net devant la porte du salon en reconnaissant le monsieur assis dans l’un des fauteuils du salon. C’était le monsieur qui m’avait bizarrement regardée lors des funérailles de ma mère. Qui était cet homme et pourquoi avait-il demandé à me voir ? J’entrai dans le salon et allai poliment le saluer.   Moi, en lui tendant la main : Bonsoir, Tonton.   Il la prit et comme la dernière fois la garda dans sa main et me dévisagea avec le même intérêt.   Moi, essayant de retirer ma main : Que puis-je faire pour vous ?   Il lâcha ma main et je restai toujours debout, prévoyant de quitter le salon le plus tôt possible. Cet homme me mettait trop mal à l’aise.   Le monsieur : Je suis venue voir ta tante, mais on m’a dit qu’elle est sortie.   Moi : Oui. Mais elle ne va pas durer, elle est juste chez les voisins.   Le monsieur : Je vais patienter. En l’attendant, j’ai demandé à te voir. Tu es la fille de Sandra n’est-ce pas ?   Moi : Oui.   Le monsieur : J’étais un ami de ta mère. Je l’avais perdue de vue. C’est par hasard que j’ai vu son avis de décès dans le journal. Je suis donc venu présenter mes condoléances, le jour de l’enterrement. Mais il y avait tellement de monde ce jour-là, j’ai préféré attendre aujourd’hui pour revenir officiellement me présenter. Tu as quel âge maintenant ? Tu as beaucoup grandi.   Moi : J’ai 18 ans.   Son visage se liquéfia, puis se reprenant, il sourit.   Le monsieur : C’est fou combien tu lui ressembles.   Je me raidis à cette dernière phrase. Je n’avais jamais eu aucun trait de ressemblance avec ma mère . On m’a toujours fait la remarque que j’étais plus claire et physiquement tellement différente d’elle. Ma tante entra à ce moment-là dans le salon.   Le monsieur se leva. Tata Céline, poliment : Bonsoir.   Le monsieur : Bonsoir, Madame. Je sais que vous ne me connaissez pas, mais je m’appelle Nestor Gomis.   Ma tante me regarda, puis reposa son regard sur le monsieur.   Tata Céline : Je suppose que ce n’est pas un hasard que votre nom de famille soit Gomis ?   Moi, en voulant m’éloigner le plus vite possible de cet homme dont je sentais que la présence ici ne présageait rien de bon : Au revoir, Tonton. Je vous laisse.   Le monsieur : Non. Ce n’est pas un hasard. Tout comme ce n’est pas un hasard que cette fille que voici ait 18 ans et qu’elle ressemble trait pour trait à une enfant de ma famille.   Moi, comprenant que ce que j’avais pensé dans ma tête était bien réelle : Écoutez, ce n’est pas parce que ma mère n’est plus de ce monde que je vais me jeter dans vos bras. Je n’ai pas besoin de vous. J’ai grandi 18 ans sans père et je compte continuer à me débrouiller sans vous. Vous pouvez partir et ne jamais remettre les pieds ici.   Le monsieur, à ma tante : Oh. Je ne compte pas repartir sans elle. On la cherche depuis cette triste nuit du 16 avril 1999 où elle a été arrachée à notre affection et…   Moi, le coupant : Écoutez, je n’étais même pas née le 16 avril 1999.   Le monsieur : Tu es née le 14 avril 1999, ma fille.   Moi, au bord de la crise  : Non. Je suis née, le 19 avril et je ne suis pas VOTRE fille.   Le monsieur : Tu n’es pas ma fille biologique, mais tu es la fille de mon frère et quand la police débarquera ici, on verra bien si elle est née le 14 ou le 19 avril.   Ma tante qui était bizarrement silencieuse jusque-là : Monsieur Gomis, que vient faire la police dans cette histoire. Écoutez, mon mari est avocat. Donnez-moi juste quelques minutes, je vais lui demander de nous rejoindre et nous allons posément discuter entre adultes responsables. Mais sachez déjà une chose, ma sœur m’a toujours cachée qui était le père de sa fille et dans quelles circonstances Vicky était née. (puis à moi) Vicky monte dans ta chambre et restes-y jusqu’à ce que je te fasse signe.   Je bouillonnais intérieurement et le mot “police” que cet homme avait prononcé me faisait horriblement peur, mais docilement, je sortis du salon et montai à l’étage. Je me rappelai alors la dernière discussion que j’avais eue avec ma mère, quelques jours avant qu’elle ne décède. Elle m’avait demandée de lui pardonner toutes les fautes qu’elle m’avait faites et que le jour où j’apprendrais toute l’ampleur de l’horreur qu’elle m’avait faite que je n’oublie jamais qu’elle avait été la personne qui m’avait le plus désirée et qui avait le plus besoin de mon amour. J’avais trouvé cette phrase totalement disproportionnée. Mais aujourd’hui que cet homme qui se déclarait être mon oncle parle de “police”, je sentais que ma mère avait sûrement fait quelque chose de très grave dans le passé. Mais quoi ? Qu’as-tu fait Maman et comment va-t-on pouvoir réparer ta faute?
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