Chapter 6

629 Words
VI Enfance de Tom Pouce. – Il sait lire, écrire, compter et dessinerL’enfance de Tommy fut, assurément, le temps le plus heureux de sa vie ; comme il était presque impossible d’avoir meilleur cœur qu’il ne l’avait, sa mère avait rarement occasion de le gronder ; encore était-ce bien doucement, et n’eut-elle jamais besoin de se servir contre lui ni du martinet ni de la verge, qu’il ne connaissait même pas de nom, et qui font tant de peur aux méchants petits garçons. Il apprit à lire en moins de rien, dans un joli livre que lui avait laissé sa marraine. Ce livre s’appelait le Livre des Petits Enfants, et était rempli d’histoires qui étaient toutes plus jolies les unes que les autres, et d’images qui ne le cédaient en rien aux histoires. Tom y trouva aussi des fables qu’il apprit en un clin d’œil, et qu’il récitait à merveille et dès qu’on l’en priait. À peine savait-il lire, qu’il demanda une plume et du papier, et se mit à écrire un beau compliment pour sa maman. Le plus difficile avait été de lui trouver une plume assez petite pour qu’il pût s’en servir, mais à la fin on en était venu à bout. Son écriture était fine et déliée, ses lignes bien droites, et peu à peu il en vint presque à savoir aussi l’orthographe : « Je ne serai pas grand, disait-il parfois, mais je serai savant. » Quand il sut écrire tout à fait, le goût des arts, et surtout le goût du dessin, se développa en lui ; il composait déjà de fort jolies petites vignettes à un âge où les plus habiles ne font encore que des nez, des bouches et des oreilles. C’était merveille que de voir les ravissants petits dessins qui couvraient ses cahiers. Il fit, après six mois de leçons, le portrait de son père et celui de sa mère d’une ressemblance si frappante, que, quoique ce fussent, on le pense bien, des portraits extrêmement petits, ceux qui avaient de bons yeux ne pouvaient les regarder sans s’écrier tout de suite en voyant celui du père : « C’est M. Pouce ! » et en voyant celui de la mère : « C’est en vérité madame Pouce ! » Car il faut dire que, contrairement à ce qui se pratique de nos jours, le père et la mère de Pouce avaient fini par prendre le nom de leur fils. Quant à ce qui est de compter, on peut dire qu’aucun enfant ne comptait mieux que lui ; il savait ses quatre règles, et s’il y en avait eu plus de quatre à apprendre, il les eût apprises également. Dans ses heures de récréation, il suivait quelquefois son père dans les champs, et là, armé d’un petit fouet, il défendait son déjeuner contre les moineaux, auxquels le pain ne manquait pas de faire envie. Mais, par exemple, dans les moments où il faisait du vent, on était obligé de l’attacher avec un fil à la tige d’un chardon, pour qu’il ne fût pas emporté, et il s’y reposait à l’abri des plus grosses tempêtes. Quand il jouait, c’était à des jeux dont le pauvre petit était pour ainsi dire l’inventeur, et il le fallait bien, les jeux des autres enfants étant pour lui jeux de géants. Il s’était fabriqué à lui-même une petite charrue semblable en tout à celle de son père et qui marchait toute seule, et il s’en servait si bien pour labourer son jardin, qui se composait d’un pot à fleurs dans lequel son père avait mis de la fine terre de bruyère, que les petites graines qu’il y semait y poussaient toutes à merveille. Aussi, M. Pouce disait-il avec fierté : « C’est égal, si ce petit-là avait été plus grand, il serait devenu le meilleur jardinier de la contrée. » Tous les matins, au temps des fleurs, Tom en offrait une, la plus belle éclose, à sa maman, qui l’embrassait en pleurant de joie de le voir si prévenant. Et quand il y en avait assez, le charmant enfant tressait deux petites couronnes qu’il accrochait au-dessus des deux portraits de ses parents.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD