Chapter 8

422 Words
VIII Les oreilles de Tom Pouce et les colimaçonsChose surprenante, Tommy avait l’oreille si subtile et si délicate, qu’il en vint à entendre parler des êtres, que nous autres, avec nos grandes oreilles, nous croyons tout à fait dépourvus de l’usage de la parole. Un jour Tom demanda à son père si les colimaçons parlaient ; son père n’hésita pas à lui répondre que les colimaçons ne parlaient pas. « Je crois pourtant qu’ils parlent, dit Tom, en demandant pardon à son père de n’être point de son avis, et je le crois parce que ce matin même j’en ai entendu deux tout au bas de la porte qui se parlaient entre eux. – Et comment as-tu fait pour les entendre ? dit M. Pouce, en riant dans sa barbe. – Ma foi, dit Tom, je ne songeais guère à surprendre leur secret. Je m’étais mis, pour être à l’ombre, dans une coquille abandonnée ; ils vinrent à côté de moi sans se douter de rien, puis ils se mirent à parler, et je les ai entendus. – Et que se disaient-ils ? dit M. Pouce, riant encore plus fort. – Celui qui était le plus près de moi, répondit le petit Pouce, disait : “Il y a là-bas dans le jardin de M. Tom père deux abricots superbes qui ont tout l’air d’être mûrs et bons à manger. – Est-ce loin ? dit l’autre. – Non, répondit la première voix. Quand donc le soleil sera couché et que la nuit sera venue, nous sortirons de notre trou, et nous ferons un fameux souper. – Et celui qui nous le payera, ce sera M. Pouce père,” reprit la seconde voix. – Les brigands ! s’écria M. Pouce indigné. Mais, bah ! dit-il, c’est un conte que tu me fais là. – Ce n’est pas un conte, dit le petit Pouce en engageant son père à guetter les deux colimaçons. – Pardieu, dit le père, si tu pouvais entendre le langage des bêtes, tu aurais là un singulier talent. » Mais qui fut bien étonné quand le soir fut venu ? ce fut M. Pouce, qui, s’étant mis en embuscade, surprit bientôt les deux voleurs, qu’il prit, comme on dit, en flagrant délit. Les deux abricots étaient déjà entamés. Et qui fut bien attrapé ? ce furent les deux colimaçons qui payèrent de leur vie leur gourmandise, et qui ne surent jamais comment on avait pu déjouer leur complot. Une autre fois, il entendit, pendant la nuit, comme un bruit de scie ; il réveilla aussitôt sa maman. C’étaient les vers qui s’étaient mis dans le sac aux noisettes, et il y en avait déjà beaucoup de trouées ; grâce à Tom, celles qui ne l’étaient pas encore furent préservées. Mais en voilà plus qu’il n’en faut pour montrer que Tom avait des oreilles surprenantes.
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