XII
Tom est avalé par un meunierUn meunier, qui revenait de la ville à cheval sur son âne, passait au même moment sous la fenêtre, en chantant à tue-tête. La partie du pudding dans laquelle le pauvre Tom se trouvait tomba juste dans la bouche du meunier, à l’instant où celui-ci aspirait l’air à pleine poitrine pour faire une de ses plus belles roulades ; de sorte que l’infortuné Tom entra comme une lettre à la poste dans ce gosier bien ouvert. Le fait, je le sais, est invraisemblable ; mais l’histoire est là, et je n’y dois rien changer, quoique, à vrai dire, cette partie des aventures de Tom soit fort peu de mon goût. – Le meunier fut si étonné, que son âne, qui allait d’un bon pas, eut le temps de le mener bien loin de la maison de M. Pouce avant qu’il fût revenu de son étonnement, de façon qu’il lui aurait été tout à fait impossible de dire d’où était tombé le pudding ; et comme, après tout, il finit par s’apercevoir qu’il avait eu plus de peur que de mal, il oublia ce qui venait de lui arriver et voulut se remettre à chanter. Mais c’était peine perdue ; il eut beau faire, il ne put y parvenir : d’où il conclut qu’il avait un chat dans la gorge.
Or, le chat, c’était le pauvre petit Tom, qui aurait bien donné tous les trésors de sa marraine, s’il les avait eus, pour être hors d’embarras.
Le meunier, à peine rentré chez lui, se plaignit d’un v*****t mal de gorge ; et voyant qu’autour de lui personne ne comprenait rien à la nature de son mal, il songea à se mettre au lit et commença à s’inquiéter… sérieusement ;… puis, comme le mal ne diminuait pas, il fit venir cinq docteurs et autant de prud’hommes ; mais ils seraient venus au nombre de cinquante, que le patient n’aurait pas été plus avancé. Et, en effet, comment expliquer un mal si étrange ! On entendait sortir de son gosier comme une petite voix lamentable qui criait de temps en temps : « Maman ! maman ! »
Tandis que les médecins étaient à se disputer sur les causes de ce phénomène, notre meunier vint à bâiller (que n’avait-il bâillé plus tôt ?), et Tom, saisissant l’occasion, piqua hardiment une tête et retomba adroitement sur ses pieds au beau milieu des docteurs assemblés.
Qui fut penaud ?
Ce fut le doyen des médecins, qui ne put nier que, dans cette occasion, toute sa science avait été en défaut.
Quant au meunier, voyant le pygmée qui l’avait tant inquiété, il l’empoigna brutalement par les cheveux et le lança, comme un trait, dans la rivière.