XV
Tom réussit à la courLe petit Tom, du reste, avait été aussi surpris de voir le roi que le roi l’avait été de voir le petit Tom : car le pauvre garçon, élevé dans la cabane de son père, s’était toujours imaginé qu’un roi devait avoir quelque chose de particulier, et qu’il ne pouvait être fait comme un autre homme ; aussi eut-il besoin de se le faire dire et redire plusieurs fois, pour croire que ce monsieur, qui ressemblait à tout le monde, était le fameux roi Arthur dont il avait tant entendu parler.
Mais, à part le premier moment de déconvenue, il faut dire que Tom, qui était philosophe, avait fini par s’arranger du roi tel qu’il était ; ils devinrent même si bons amis, le roi et lui, que ce grand prince faisait ordinairement dîner Tom sur sa table, à côté de son assiette.
L’arrivée de Tom à la cour devint bientôt l’objet de toutes les conversations. Chacun voulait le voir, le toucher, l’entendre causer, l’embrasser, de façon que, dès le lendemain de son arrivée, le pauvre Tom était exténué. C’était à qui le tournerait et le retournerait ; et le général en chef des armées du roi, qui avait de grandes moustaches et la vue basse, l’ayant pris maladroitement par les jambes, au lieu de le prendre par les bras pour l’approcher de son œil et le voir de plus près, Tom faillit avoir une congestion au cerveau.
« Où est donc mon sabot, s’écriait-il, ce sabot dans lequel j’ai passé de si douces nuits ? Et ma bonne mère, et mon père ? Fatale curiosité ! où m’as-tu conduit ! »