XVII
Tom Pouce pense à ses parents, à la cabane et à la vacheIl n’osait plus reparler du désir qu’il avait eu d’aller revoir ses parents, car il s’apercevait bien qu’il était gardé à vue, et qu’on ne le laisserait pas partir volontiers.
Le roi couchait dans une vieille tour au haut de laquelle il y avait une terrasse. Tom, pendant que le roi était absent, montait prendre l’air sur cette tour, et il ne manquait jamais de se tourner, en pleurant, du côté où était la cabane de ses parents.
Voyant bien que le roi avait oublié la promesse qu’il lui avait faite de leur écrire, il prit le parti de leur écrire lui-même pour leur faire savoir qu’il n’était pas mort et où il était, leur recommandant bien de venir le chercher dès qu’ils le pourraient.
« Mon cher papa et ma chère maman, leur disait-il, j’ai ici tout ce qu’il me faut et au-delà : je ne bois que des limonades, je ne mange que de la crème, j’ai des gâteaux à profusion, mais je donnerais tout cela pour une seule goutte du lait de notre vache. »
La lettre écrite, comment l’envoyer ? Il mit un grain de plomb dans l’enveloppe, et la jeta par la fenêtre. « Quelque âme charitable passera peut-être, se disait-il, qui mettra ma lettre à la poste. »
Dès le lendemain, le petit Tom profita du premier moment de liberté qu’il eut pour monter sur la tour, et là, les yeux fixés sur la route qui menait dans son pays, il regardait s’il n’apercevait point de loin le jupon rouge de sa mère, ou le chapeau à trois cornes de son père, mais il ne vit rien. Les jours suivants, le pauvre Tom remonta bien souvent à son observatoire. Il y avait tout au fond du paysage une grande forêt. Plus de cent fois Tom s’imagina voir sortir de cette forêt sa tendre mère qui lui tendait les bras, mais il se trompait ; car ses parents, qui le pleuraient comme mort après l’avoir attendu bien longtemps, n’avaient pas même reçu sa lettre qui s’était, tant elle était légère, perdue dans les airs, le grain de plomb ayant crevé le papier avant qu’elle fût par terre.
Il s’adressa alors à sa marraine, la reine des fées ; mais les fées avaient alors tant de filleuls, qu’elles ne pouvaient être toujours prêtes à les servir. Et qui sait, d’ailleurs, si cette sage fée ne voulut pas, dans l’intérêt même de Tom et pour le corriger tout à fait, le forcer à se tirer d’embarras lui-même ?
Tom, qui ne savait que faire, s’amusa un jour à dessiner. La reine, qui vit son dessin, en fut tellement enthousiasmée, qu’elle le montra à tout le monde, et il ne fut bientôt plus bruit d’autre chose que du talent extraordinaire de Pouce pour la peinture.