Chapitre 07 : L'ironie du sort : Mon fils, mon avocat

1997 Words
Après avoir récité avec une émotion débordante cette expression poignante et métaphorique, l’inconnu raccrocha brutalement, laissant mon mari muet comme une carpe. Il était environ 18h, Claudio venait de quitter précipitamment l'hôpital où je recevais des soins, se sachant condamné à y retourner après sa réunion. Mais à ma plus grande surprise, il ne franchit plus le seuil de la porte. Pendant ce temps, Armel m'avait demandé l'autorisation de rendre visite à son ami Jo, un ancien camarade de collège. Il ne restait plus que la domestique et moi. Je me plongeai à nouveau dans mes pensées, m'interrogeant sur le départ précipité de Diane dans l'effervescence du temps qui s'évanouissait. J'étais parfaitement consciente que mes actes m'attireraient une sentence sévère, une peine de prison inévitable. Je me préparais déjà à l'affronter. Armel m'avait informé avant de partir que certains de mes collègues de travail étaient venus me rendre visite, mais ils n'avaient pas pu me voir, car le médecin avait interdit toute visite. Je décidai de les rappeler pour leur exprimer ma gratitude sincère. Mais avant cela, une curiosité brûlante s'empara de moi, je voulais connaître les motivations qui avaient poussé Clara à alerter la police de cette situation troublante. - Moi : Clara - Elle : Oui tata - Moi : Hé bien Clara, pourquoi donc as-tu osé solliciter les forces de l'ordre, sachant pertinemment que je suis mêlée à un meurtre, hein ? Elle : Oh tantie, je n'avais guère le choix, vois-tu. Votre éternelle bienveillance à mon égard ne m'était pas inconnue. J'ai donc dû agir ainsi afin de préserver la famille tout entière d'une catastrophe imminente. Votre douleur face à cette double tragédie me transperce l'âme, vous savez. La nuit où vous êtes rentrée de l'hôpital, j'ai veillé sur vous sans relâche et là, tout s'est éclairé. J'ai saisi que si nous laissions les choses en l'état, tout dégénérerait inéluctablement. Et si jamais ça dégénérait, les conséquences seraient désastreuses, tant pour moi que pour votre fils et votre époux. Je ne pourrais supporter un tel fardeau sur ma conscience, il hanterait chaque instant de mon existence. Vous me traitez comme votre propre fille et il est de mon devoir de veiller sur vous, inlassablement. Même si cela signifie que vous finirez derrière les barreaux, au moins vous serez en vie, et vous reviendrez un jour. Je m’étais préparée à lui faire porter le fardeau de mon état de santé déclinant, de ma future incarcération, mais après avoir entendu ces merveilleuses paroles, je fus submergée par une compassion dévorante envers elle, et mes tempêtes intérieures s'apaisèrent. Ses paroles s'élevaient avec une douceur aussi envoûtante que je pouvais lire dans ses yeux la tendresse qu'elle porte à moi et à ma famille. Cela résonna profondément en moi, telle une symphonie émouvante. Pourtant, en mon for intérieur, je sens les sombres forces qui complotent contre moi. Je pris alors la parole, enveloppant mes mots de sincère admiration. Moi : Clara, j'ai été subjugué par ton audace, ta détermination et ton adresse. Je n'avais point envisagé toute la souffrance que je vous infligerai, à toi, à Armel et à papa. À présent, je dois me préparer à affronter les barreaux. Elle : Tatie, il y aura une solution. Vous n'avez nullement agi intentionnellement. Toi et papa, vous avez des bras immenses, je te promets que votre peine sera adoucie. Moi : Prends-moi le téléphone, je dois contacter mes camarades, ceux qui ont eu l’aimable attention de me rendre visite hier. Elle me gratifia du téléphone, mais me chuchota à l'oreille que le doc ne me le permettait point. Je la rassurai, lui assurant que je me porte à merveille et qu'elle n'a nullement à se tracasser. Une fois la communication établie, je pris soin de glisser ma profonde gratitude à l'oreille de mes compagnons et compagnes d'aventure. Puis vint le moment où je décidai de joindre mon époux. A l'autre bout du fil, il me conta ses malheurs et me tint au courant de la menace proférée par l'inconnu. Moi : Ma chérie, fais-moi la répétition de cette fameuse phrase je t'en prie. Claudio : Il disait : "Celui qui éveille l'abeille ressentira les douleurs de sa piqûre. Tu as réveillé la bête, et les conséquences te submergeront de plein fouet." - Moi : Alors, où te trouves-tu ? Tu devrais être déjà ici, mon amour. - Lui : Hélas, je ne pourrai point me rendre là-bas aujourd'hui, je suis dans l'obligation de passer par la demeure et si possible j'y dormirai, des affaires urgentes me réclament. - Moi : Je comprends. Prends grand soin de toi alors. Après avoir achevé notre échange téléphonique, une étrange sensation m'envahit, comme si cette expression m'était familière, bien que je ne puisse pas me rappeler qui elle provenait. Mais pourquoi mon époux ne vint-il pas me rendre visite comme à l'accoutumée ? Le cadran affichait 22h lorsque Armel fit demi-tour, accompagné de son ami venu me présenter ses condoléances et me réconforter. Nous échangeâmes quelques minutes avec lui puis il demande à partir. Après l'avoir raccompagné jusqu'au portail, mon fils revint vers moi, m'offrit un b****r et prit place à mes côtés. - Lui : Maman, tout s'arrangera, tu verras. - Moi : Mon fils, je suis d'une fierté incommensurable envers toi. Mais regarde-nous, j'ai un meurtre qui pèse sur ma conscience. - Lui : Maman, oublie cela. Je prendrai ta défense. Jo a voulu que je me rende plus utile. J’ai décidé d’être ton avocat. J'ai également rendu visite à grand-père et à grand-mère. Ils vont tous bien et quand je leur ai annoncé que suis devenu avocat en France, ils étaient débordés de joie. Ce qui m'a grandement surpris, était qu'ils n'ont pas été tenus au courant de la situation actuelle que nous traversons. - Moi : Si seulement tu m'avais informée de ta visite chez mes parents, j'aurais catégoriquement refusé. As-tu seulement une idée des sombres capacités de ton grand-père ? Leur as-tu tout raconté ? - Lui : Oui, mère, comment puis-je leur justifier ma descente étant donné que je ne vivais pas ici. Tout d’abord, ils devaient en être informés, c'était primordial. Je les ai rassurés en leur expliquant que tu te portes bien et que nous avons la situation en main. Je fus saisi par une colère dévorante envers lui. Armel ne pouvait même pas imaginer les capacités monstrueuses de mon père et la rage qui le consume. Il m'apparut immédiatement évident qu'ils pourraient s'attaquer à Claudio et le tenir responsable. Les réactions de mes parents ressassaient encore et encore dans ma tête, accompagnées de cette expression magique, jusqu'à ce que je m'endorme. Au petit matin, je fus brutalement réveillée par les paroles d'un inconnu. D'après sa voix, je compris rapidement qu'il s'agissait de la police. - Inconnu : Bonjour monsieur ! Nous avons ici un mandat d'arrêt contre madame Assouka Jeanne pour le meurtre cruel d'une jeune femme et de son innocent nourrisson. - Monsieur, je suis maître Glèlè, le fils de Jeanne. Je serai son avocat et je promets de défendre sa cause avec ardeur. Pourriez-vous me donner l'identité de la partie adverse ? répliqua mon fils. - Inconnu : Monsieur Glèlè, y a-t-il une quelconque objection de votre part ? Mon fils : Absolument aucune ! L'inconnu : Afin de recueillir toute infomations supplémentaires, je vous prierai de vous adresser à notre supérieur. Nous sommes ici pour exécuter les ordres, point barre. Mon fils : Bien compris et assimilé, veuillez donc autoriser ma cliente à revêtir ses habits. Inconnu : De toute façon, on reste à vos trousses, quoi qu'il en soit ! L’ironie du sort, mon propre fils s’engage à prendre ma défense devant justice. Je me souviens encore de ce jour où j'ai vu mon fils s'envoler vers la France avec une lueur d'espoir dans les yeux. C'était il y a des années maintenant, mais chaque détail est encore gravé dans ma mémoire. Mon fils avait toujours été un enfant brillant. Depuis son plus jeune âge, il avait montré une vivacité d'esprit et une détermination hors du commun. Il était avide de savoir et avait soif de connaissances. J'ai toujours su qu'il était destiné à de grandes choses. Quand il a décidé de partir en France pour poursuivre ses études de droit, j'ai d'abord hésité. Voir mon bébé, mon unique fils quitter notre pays, notre foyer, était une déchirure dans mon cœur de mère. Mais je savais que c'était sa chance de réaliser ses rêves, alors j’avais mis de côté mes inquiétudes et j'ai soutenu son choix. Les premières années ont été difficiles pour Armel. Tout était nouveau pour lui : la langue, la culture, les coutumes. Mais il a persévéré, travaillant sans relâche pour s'adapter à son nouvel environnement. Il a rapidement réussi à suivre le rythme académique exigeant de l'université. Au fil des ans, j'ai eu la chance de voir mon fils fleurir dans ce pays étranger. Il s'est fait de nouveaux amis, a découvert de nouvelles passions et est devenu un membre actif de la communauté étudiante. Sa détermination sans faille a été récompensée lorsqu'il a été accepté dans l'une des meilleures écoles de droit de France. Maintenant, mon fils est un avocat, reconnu pour son expertise et son dévouement à la justice. Je ne pourrais qu'être plus fière de lui. Sa réussite est le reflet de sa force de caractère et de sa persévérance. Il a non seulement atteint ses propres objectifs, mais il est également devenu un modèle pour tant de jeunes Africains qui rêvent de changer leur destinée. Chaque fois que je parle avec Armel au téléphone, je peux sentir sa passion et son engagement pour la défense des droits des plus vulnérables. Il se bat avec ardeur pour rendre justice à ceux qui en ont besoin et pour lutter contre les inégalités. Sa voix ne cesse de résonner dans les prétoires, portant l'espoir de notre famille et de notre peuple. Armel en tant qu’avocat, habitué à voir défiler devant lui une multitude d'individus, des bandits, des innocents et bien d'autres encore, fut pris de court lorsque la police embarqua sa propre mère sous ses yeux pour un meurtre, incapable de faire quoi que ce soit pour l'arrêter. Et là, il s'effondra en larmes, car ce sont nos ultimes instants avant ma comparution en prison. Je sortais de l'hôpital, menottes aux poignets, sous le regard médusé des médecins, de la domestique, d'Armel et de mes parents qui s'étaient précipités là-bas dès l'aube, prévenus par Armel. Je pouvais déceler dans leurs yeux une profonde tristesse qui émanait de leur être. Arrivée devant le portail de l'hôpital, j'aperçus Claudio descendant de la voiture au loin. Il accourut vers nous, s’adressant immédiatement aux agents en uniforme pour connaître la raison de cette descente précipitée. L'agent, d'un ton las et agacé, lança : "Si vous souhaitez des informations supplémentaires, adressez-vous à notre supérieur. Nous sommes ici uniquement pour exécuter les ordres, je ne vais pas me répéter indéfiniment." Claudio, n'ayant plus d'interlocuteur parmi les policiers qui me gardaient, se tourna avec impatience vers Armel. Claudio : Quelle est la situation ici, Armel ? Il était convenu qu'elle se soigne pendant au moins une semaine avant que la procédure ne commence. Armel : Oui père, c'était ce qui avait été convenu précédemment. Mais maintenant, nous devons nous rendre immédiatement au poste de police, il n'y a plus de temps à perdre. En plus de l'alerte lancée par Clara, quelqu'un a dénoncé ma mère. Claudio : Bon, mais qui diable serait-ce ? Ils étaient plongés dans leur conversation lorsque les agents prirent leur élan. Quant à nous, ils nous suivirent obstinément. Tout comme Armel, je ressentis comme une conspiration d'énergies invisibles ourdissant des plans diaboliques contre moi. Ainsi donc, je me vis contrainte d'être escortée jusqu'au poste de police, lorsque, dans un geste surprenant, je tournai la tête et aperçus avec stupéfaction la présence de mon ancienne domestique, celle que j’avais renvoyée il y a quelques années, Anna.
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