Chapitre 06 : L'amour maternel et le réveil de la bête

1618 Words
Je me retrouvai entouré de mes deux précieuses missives, celle destinée à ma famille et celle relatant ma propre vie. Je les glissai délicatement toutes les deux sous mon oreiller, comme pour en préserver la profondeur des mots qui les imprégnait. Je m’attelais à savourer mon café avec une douceur presque religieuse, lorsque soudain, dans un fracas assourdissant, retentit le sifflement des forces de l’ordre. Une voix, semblable à celle de ma domestique, résonnait à travers la demeure, indiquant de manière claire ma chambre. Mais mes oreilles furent happées par une troisième voix, une voix qui me figea instantanément : celle de notre fils, Armel. Je refusais d’imaginer, ne serait-ce qu’une seconde, que la domestique ait pu alerter les autorités de notre incommensurable drame. Des interrogations surgirent alors à la surface de ma pensée, telles des vagues déchaînées. Comment avait-elle pu accéder à un moyen de communication alors qu’elle ne possédait point de téléphone ? Comment avait-elle réussi à s’échapper sans que personne la remarque ? Mais cette voix, était-ce vraiment celle d’Armel ? Dans un mouvement d’autodéfense, je tenais la tasse empoisonnée fermement entre mes mains, mon corps se dérobant à la vue de mon fils. Mes membres s’agitaient d’une nervosité indescriptible, pris d’un désir confus de fuir, mais le choc causé par la perte de ma fille unique et de son enfant, cet incommensurable gouffre émotionnel que je ressentais, me poussa à raccourcir cette souffrance insoutenable. Le front en sueur, l’âme troublée, je portai rapidement la tasse empoisonnée à mes lèvres. Son arome envoutant me préparait à accueillir la première gorgée, lorsque je sentis soudain une présence rôder dans les couloirs. Tel un éclair, il était déjà là, à mes côtés. Mon fils, criant de toutes ses forces, se jeta sur moi, renversant d’un geste précis le thé brûlant d’un revers de la main. Il m’embrassa avec une intensité qui me fit véritablement ressentir toute la puissance de l’amour filial. La chaleur dégagée par son corps était si imposante que je me sentis instantanément immobilisée, incapable de faire le moindre mouvement, ne serait-ce qu’un simple frémissement des doigts ou des orteils. La conscience me quitta temporairement, me plongeant dans une obscurité profonde et bêtifiante. - Maman, maman, cria-t-il d’un air étonné. Le flic fit une entrée fracassante, comme s’il était le maître du monde. D’un ton glacial, il ordonna à ses acolytes de me trainer hors de là. Armel, lui, s’opposa vaillamment à cette injustice policière. Mais après une courte discussion en privé avec le brigand en uniforme, il se résigna et je me retrouvais menottée, traînée telle une criminelle au commissariat. Je ne saurais dire si j’ai été sauvée ou si l’on vient tout simplement de rajouter une douleur de plus à ma souffrance. Dans l’instant, Armel contacta Claudio et lui fit part de la descente soudaine et impromptue des flics. - Quoi ? Tu es rentré au pays ? Qui a informé la police ? C’est toi ? lui demanda son père. - ‘’Oui papa, je viens de descendre, quand tu m’avais informé de la situation hier, je ne pouvais pas rester sans rien faire. Je suis actuellement au commissariat avec maman.’’ - ‘’OK, fiston je viens là tout de suite. Nous venons d’inhumer Diane.’’ Quelques instants s’écoulèrent, Armel fit son entrée au commissariat, accompagné de ses vaillants camarades. Un instant magique de retrouvailles qui fut hélas obscurci par une immense tristesse, où les uns et les autres exprimèrent leurs condoléances dans un silence empreint de lourdeur. Soudain, dans un éclair, mon regard fut captivé par l’apparition soudaine de Diane, surgissant à mes côtés tel un astre radieux, portant un bébé dans son dos, arborant un sourire éclatant. Nos paroles fusèrent, emplissant l’air d’une joie communicative. Mais soudainement, telle une vision fantasmagorique, elle se volatilisa avant de réapparaître, tenant cette fois un bébé inerte entre ses bras. Mes rires et mes pleurs s’entremêlaient en doux murmures. L’agent chargé de ma surveillance ne put plus endurer une telle scène. Il s’empressa d’en informer Armel et son père, qui accoururent précipitamment dans la pièce où j’étais retenue, interrompant leur discussion avec le commissaire en chef. Ce dernier se joignit également à eux, venant constater de ses propres yeux mon état troublé. - Voilà ce que je vous expliquais chef, vous ne pouvez pas la garder ici dans cet état. Exclama Claudio. - Laissez-nous nous occuper d’elle d’abord monsieur et faites-la surveiller, quand elle retrouvera ses esprits, nous allons enclencher les procédures. Enchaîna Armel. Mais le commissaire n’a pas l’air de collaborer. - ‘’Je ne pourrai pas libérer un criminel dans la nature, je ne fais que respecter la procédure. J’évolue également sous une hiérarchie’’, dit-il. J’éclatai à nouveau de rire et recommençai à chuchoter. - Ma fille, viens, viens chez maman. Regardez-la si belle. - Viens, viens. Avais-je fortuitement commencé par répéter. Claudio tourna brusquement sa tête, emmenant avec lui le commissaire dans son sillage, pendant que moi, je restais là, retenant la main d’Armel qui me suppliait de me concentrer. Hélas, je ne reconnaissais pas mon propre fils. Je ne faisais que mâchonner ces mots : - « Ma fille, viens, viens chez maman. Regarde à quel point elle est belle. Vieeeeeens ». Armel comprit immédiatement que ma santé mentale avait décliné et qu’une assistance médicale était urgente. En tant qu’expert en droit, Armel maîtrise parfaitement tous les mécanismes des procédures pénales. Il se tourna vers le commissaire et utilisa ses connaissances juridiques ainsi que les articles du code pénal pour le contraindre à accepter leur demande, sous peine d’être lui-même traduit en justice. De son côté, Claudio contacta deux de ses amis influents au ministère de la justice. Face à cette menace imminente, le commissaire fut contraint de céder aux propositions de Claudio et de son père. J’ai été immédiatement et expressément retirée du commissariat pour être conduite à l’hôpital. Des soins psychologiques furent mis en place pour m’aider à guérir et à me reconstruire mentalement. Après deux jours d’intenses traitements, je me sentis enfin mieux et retrouvai mes esprits. Armel prit le temps de m’expliquer tous les événements qui s’étaient déroulés depuis son arrivée jusqu’à présent. Je compris alors que l’intrusion de la police était le fruit d’un plan minutieusement élaboré par la domestique Clara, une femme dotée d’une intelligence et d’une habileté inégalées. Elle est une femme d'âge moyen au visage marqué par les rides du travail acharné. Son expression est celle d'une sagesse acquise grâce à une vie passée au service des autres. Ses vêtements modestes témoignent de sa loyauté envers notre famille et de sa volonté de rester discrète. Derrière son apparence modeste se cache une force tranquille et une conscience morale aiguisée. Malgré sa colère, Clara rassembla son courage et utilise des stratégies ingénieuses pour protéger à la fois ma sécurité et la sienne. Elle prit quelques instants pour maîtriser ses émotions, sachant qu'une réaction précipitée risquerait de mettre en danger ma vie. Elle savait qu'elle doit agir rapidement, mais aussi de manière réfléchie pour maximiser ses chances de succès. Tout d'abord, Clara utilisa sa connaissance approfondie de la maison pour se faufiler discrètement dans les couloirs, évitant les zones où je pourrai remarquer sa présence. Elle se déplaça silencieusement, ses pas étouffés par la moquette douce, exploitant chaque coin d'ombre pour rester hors de vue. Elle se dirigea vers la pièce éloignée hors de l'agitation du salon, où elle sait qu'elle trouvera un téléphone fixe. Avec une détermination calme, elle composa le numéro d'urgence de la police, puis rapporta la situation critique qui se déroulait. Sachant que chaque seconde compte, Clara fournit à la police autant de détails précis que possible sur notre domicile. Elle avait tout planifié, à la seconde près. Elle leur signala ma présence et souligna la nécessité d'une intervention urgente pour préserver la famille d’une troisième mort. Consciente du risque de confrontation directe si moi ou Claudio découvrirent qu’elle passait des appels. Elle décida de ne pas attendre la venue de la police sur place. Elle préféra plutôt s'éclipser de la maison en toute discrétion, en utilisant une sortie alternative qu'elle connaît si bien. Elle prit soin de ne laisser aucune trace de son passage, effaçant subtilement tout signe de son départ précipité. Une fois à l'extérieur, Clara se hâta vers un endroit sûr à proximité, où elle pourra observer l'arrivée de la police sans se faire remarquer. Elle sait que son travail n'est pas terminé, car elle devra encore fournir des informations supplémentaires aux autorités pour les aider dans leur intervention. Dans les ténèbres, Clara se trouve à l’affût, prête à collaborer avec les forces de l’ordre, prête à dévoiler tous les détails nécessaires afin de sauver Diane et révéler les sombres vérités qui se cachent. C’est ainsi qu’elle a pu constater l’arrivée flagrante d’Armel, suivi de près par une déferlante policière, telle une tempête qui s’abat violemment. Armel fini de m’expliquer et trouvait que c’était vraiment très réfléchi de la part de la domestique. Claudio était soulagé au plus haut point. Il laissait désormais Armel à mes côtés, vaquant joyeusement à ses occupations et à ses courses. En effet, il devait jongler non seulement avec son travail, mais également prendre en charge la gestion de notre entreprise familiale. Cette double responsabilité décuplait le tourbillon de ses courses effrénées, mais au moins, il était partiellement libéré d’un fardeau. Ce soir-là, alors qu’il quittait une réunion professionnelle, Claudio reçut un mystérieux appel anonyme, qui vint troubler toutes ses pensées, semant le chaos dans son esprit. D’une voix rauque, mais claire, l’inconnu déclama : « Celui qui éveille l’abeille ressentira les douleurs de sa piqûre. Tu as réveillé la bête, et les conséquences te submergeront de plein fouet. »
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