Chapitre 1
Après une journée bien remplie à l'école, Rose regarde ses élèves de 6e vider la salle avec hâte. C'est vendredi, donc tout le monde est content de rentrer chez soi. Après le départ du dernier, elle se tourne vers son sac de travail et commence à y arranger ses affaires. L'instant d'après, elle fut sursauté par deux longs bras l'entourant. C'était d**k. Elle sourit de bonheur, elle avait hâte de le voir. Il se penche sur sa nuque et commence à l'embrasser. Elle se détourne de son sac et lui fait face en accrochant ses bras à son cou.
Rose : Tu n'as pas peur qu'un élève nous voie ainsi ?
Dick : On en profitera pour lui faire un cours de biologie bien avancé, toi et moi (clin d'œil)
Elle secoue un peu sa tête avec un sourire amusé_ vagabond ! (renchérit-elle) comment ça se passe ta journée de travail ?
Dick : Super bien, mais j'ai une réunion dans exactement (consulte sa montre) une heure et cinquante-deux minutes. Je te ramène et j'y vais.
Rose : J'ai quelques courses à faire pour le dîner, tu me conduis au supermarché ?
Dick : Comment dire non à la femme de ma vie !?
Rose : Si gentil !
Après quelques minutes à ranger les affaires de Rose, ils quittent la salle avec leurs rires à rendre envieux ce qui ne peuvent se permettre le luxe de trouver l'âme sœur.
En couple depuis six ans, mariés il y a à peine douze mois, Dickson et Rose n'ont jamais cessé d'impressionner leur entourage, toujours en train de nourrir leur complicité, ce sont les meilleurs amis au monde et leurs amis respectifs peuvent en témoigner. C'est comme s'ils se suffisaient. Si jamais ils étaient seuls au monde, ils seraient tout de même heureux. Mais ce n'est pas les imprévus qui manquent depuis quelque temps... comme cette voiture grise un peu à l'écart de la sortie de l'école... non, pas la voiture, Rose savait qu'elle serait là, comme après chaque cours depuis des jours. Les imprévus c'est tout ce qu'elle redoute venant de la part de cet homme qui est arrivé jusqu'à la surveiller à son travail. C'est sûr que c'est lui...Sur le coup de la colère, elle serre plus fort la main de d**k. Ce mouvement brusque ne l'avait pas surpris, il croyait que c'était une petite blague de sa chère femme. Alors, sans quitter la route des yeux, il change de sujet sans pour autant soupçonner qu'elle ne l'écoutait plus depuis quelques minutes.
— Je me sers d'une main au volant pour pouvoir tenir la tienne puis toi, tu veux me la casser !
N'ayant aucune réponse, il jette un bref coup d'œil vers elle, elle avait le regard dehors, elle était préoccupée.
— Mon cœur, tu vas bien ?
S'étant fait remarquer, elle chasse toute autre chose de ses pensées pour se consacrer à lui.
— Je dois être fatiguée bébé.
— Tu en es sûre ?
— Mais bien sûr que si !
— Tu as aussi la nausée quelque part ? Dois-je commencer à marchander les berceaux ?
Évidemment, il avait ce rire au coin des lèvres, il la taquinait. Elle avait retrouvé le rire.
— Sais-tu au moins que tu seras le premier à être au courant ?
— Je sais ! Je te taquine ! Mais est-ce pour bientôt ?
— Dois-je mettre ma bouche près de ta braguette pour te faire comprendre ?
— Attends qu'on arrive à la maison ma chérie.
— Mais qu'est-ce que tu es obsédé ! (lui tapotant un peu sur l'épaule) ce n'est pas ce que je voulais dire.
— C'est ce que j'ai entendu...
Alors que dans cette même ville, à une heure de route à peine, il y avait un couple bien connu du grand public. Le grand businessman, mulâtre, Henry Rochelle et son épouse Guerda Rochelle. Sauf que, contrairement à d**k et Rose, leur flamme semble éteinte depuis quelque temps, s'il existait déjà une flamme entre eux ! L'atmosphère de marbre lors de ce dîner n'est donc pas la première. Henry ne cessait de répondre à des appels alors que sa femme essayait d'ignorer son comportement tant bien que mal.
Guerda : Henry ! J'ai dit à Margo de cuisiner ton plat préféré, tu ne penses pas que tu devrais au moins y goûter ?
Henry : Ça fait longtemps que ce n'est plus mon plat préféré. Peu importe ! J'ai des affaires étrangères à régler, ce soir je serai dans la maison sur la montagne. (Il se lève de table.)
Guerda : Mais Henry, me laisses-tu vraiment manger seule ?
Henry : Guerda ma cher, j'ai beaucoup de choses importantes à faire. Ce n'est pas un dîner ridicule qui va m'en empêcher. Ne me dis pas que c'est moi qui vais mettre la cuillère à ta bouche ?
Guerda : Comme si ce serait la mer à boire ! Mais ne t'inquiète pas, cela fait des années depuis que j'ai cessé de croire aux miracles. Évidemment, dîner avec moi est tout, sauf intéressant.
— Cela vient de toi ma chère, pas de moi, un dîner ne retient pas un homme. Bonne soirée !
C'était évident qu'elle n'allait pas le retenir puisqu'elle savait que ce serait sans succès. Il avait laissé la salle à manger et en une minute elle ne l'entendait plus.
Faisant partie de la même classe sociale, la dominante ; étant de deux de familles mulâtres _ priorisées par le colorisme en Haïti _qui sont liées d'amitié depuis des années, Guerda et Henry se connaissent depuis toujours, ils ont fréquenté les mêmes établissements scolaires, ils ont été ensemble à chaque événement pouvant réunir leurs familles, ils étaient déjà proches quand ils ont décidé d'être des amants. Bien sûr, dans leur relation il n'a jamais été question de mariage. Pour Henry, Guerda n'était qu'une parmi les autres qui avait quelques avantages de plus, tandis que pour elle, c'était tout le contraire. Mais comment sont-ils arrivés à ce point indésirable autant pour l'un que pour l'autre ? Guerda se le demande encore. Comment a-t-elle pu croire que cette demande en mariage de la part de cet homme il y a huit ans, était la preuve qu'il avait changé ?Henry est un homme matérialiste, ambitieux, ce qui fait de lui un homme d'affaires redoutable jusque là. Il sait ce qu'il veut et il sait comment échafauder un plan pour arriver à ses fins. Malheureusement, c'est ce qui s'est passé avec l'unique héritière de la famille François, Guerda ! Qu'y a-t-il de plus avantageux qu'épouser une femme aveuglément amoureuse qui possède le droit sur toute la fortune de sa famille ? Aux yeux de certains, c'est peut-être un mal, mais pour Henry, c'est de la stratégie puisqu'en étant le petit dernier d'une famille de cinq enfants, il n'espérait pas avoir la part qu'il pensait mériter. Autant se la faire d'une autre manière !
Après une quarantaine de minutes, d**k et Rose arrivent chez eux, à Delmas 75.Dick avait fait choix de cette zone il y a quelques mois, pour faciliter leur trajet de travail, mais aussi, il n'avait pas trouvé d'autres terrains à ses goûts que celui-là où il a construit leur maison. Bien que l'atmosphère à Port-au-Prince peut s'avérer volcanique, c'est plutôt tranquille pour eux, en plus, ils ont des voisins très sympathiques qui s'occupent pour la plupart de leurs affaires. C'est un quartier de la classe moyenne et ils s'y sentent comme des poissons dans l'eau. d**k éteint le moteur devant leur portail de couleur blanc, sous les lauriers qui ornent leur clôture. Il regarde sa montre encore une fois.
— Je n'ai le temps que pour t'aider à entrer les courses mon cœur.
— Pas grave ! Je t'aurai à moi toute seule ce soir !
Ils s'échangent un baiser avant de descendre de la voiture. d**k s'occupait d'ouvrir le portail, Rose attendait quand un facteur s'arrête à quelques mètres d'eux. Après un regard sur l'enveloppe qui confirme l'adresse, il aborde Rose avec courtoisie.
— Bonjour, madame, êtes-vous Rose Jean-Pierre ?
Elle lui répond avec un sourire rassurant — En effet ! Vous avez quelque chose pour moi ?
— Oui, tenez ! Signez ici, juste en bas... merci !
— Merci, bonne fin de journée ! [Le facteur les laisse]
Elle regarde brièvement l'enveloppe, qui peut bien le lui envoyer ? À part sa banque qui lui poste encore des lettres... mais là encore c'est étrange, ce n'est pas le même type d'enveloppe et on l'identifie depuis son mariage comme Rose J.P Blanchard.
Dick : C'est de la banque ?
Rose : Je suppose !
Sans tarder sur le sujet, ils entrent avec les courses et d**k repart deux minutes plus tard. Rose enlève ses chaussures puis elle ouvre l'enveloppe. Il y'avait une lettre ! Précisément un texte poétique. Même si les coordonnées de l'expéditeur n'y figuraient pas, à la première phrase, elle découvre qui c'est. Sur le coup de la colère, elle déchire le tout en petit morceau et le laisse aux ordures. Comment osait-il ?
« L'apparence est trompeuse ».
Une simple phrase, contenant à peine trois mots, pourtant tellement plus que ça !Il y a quelques semaines de cela, si on lui avait demandé de parler de Henry, elle aurait fait ressortir l'homme d'affaires redoutable, ayant une réputation dans la norme, qui fait des dons à des orphelinats, un homme inspirant parmi tant d'autres. Le patron de son mari y compris. Mais maintenant, à ses yeux, il n'est qu'un prolongement de cette longue liste de ces riches mulâtres bénéficiaires des avantages du colorisme faisant rage dans la société haïtienne. Il est de ceux dont leur méchanceté leur arrive jusqu'au cou. Ces hommes qui pensent qu'avec les poches pleines, ils ont droit à tout, y compris toutes les femmes. À dire que leur cerveau obstrué de billets a perdu le pourquoi de son existence. Maintenant qu'elle l'a rencontré, elle sent que cela n'aurait jamais dû se produire. Il n'a fallu que deux misérables minutes dans la même salle pour que cela aboutisse à des fleurs et un poème des semaines plus tard. Et dire que d**k fût heureux que son patron ait accepté son invitation à la célébration de son premier anniversaire de mariage ! Si seulement il savait quel sans vergogne il avait comme patron !!En effet, Rose n'a pas encore parlé de la situation avec d**k, elle a peur qu'il réagisse sous l'emprise de la colère et qu'il fasse une bêtise. Après tout, il doit bien y avoir un autre moyen pour régler ce malheureux malentendu...Elle respire un bon coup puis se déshabille. Elle laisse ses vêtements de travail sur le lit et se dirige à la salle de bain. Elle ne va pas se faire plus de soucis afin que cela n'affecte pas ses projets de couple pour ce soir. Elle laisse couler l'eau tiède sur sa peau tout en entamant une chanson dont elle ne connaît que quelques mots. Tout était normal, jusqu'à ce qu'elle entende un bruit venant de la cuisine, ce qui l'inquiète immédiatement. Elle s'enroule dans sa serviette et se rend là où provient le bruit. C'est peut-être d**k qui a oublié quelque chose se dit-elle.
— d**k ! Tu as oublié quoi cette fois ?
Mais personne ne répond, ce n'est donc pas lui. Par terre, dans la cuisine, il y'avait un bol, elle le met à sa place sans se poser plus de questions. Mais d'un coup, elle se sent observer. Il doit y avoir quelqu'un aux alentours. Elle regarde vers les fenêtres, personne. Elle va vers la porte, elle tient la poignée et la tire vers elle, il n'a fallu qu'une seconde pour qu'elle soit envahie d'effroi... la porte qu'elle a fermée il y a quelques minutes est ouverte. Sans tarder, elle s'empare de son portable sur la table et appelle d**k qui répond après trois sonneries...
— J'ai oublié...
Elle lui coupe immédiatement la parole — d**k, il y a quelqu'un à la maison.