À pas de diarrhéique

2022 Words
2- A pas de diarrhéique Le jour se lève à nouveau et Awa avait été délaissée par son homme sur leur lit conjugal. En effet, ce brave monsieur était déjà allé travailler. Quant à elle, son commerce avait été abandonné dans sa quête de progéniture. Mais bientôt les activités allaient reprendre du poil de la bête car cette histoire de femme inféconde allait bientôt prendre fin. Elle se leva, fit sa toilette et alla chez Ankaramoko le marabout du quartier. Le temps était clément. Awa marcha à pas de diarrhéique. Elle était donc si pressé ? Elle tenait de la main gauche ses trois coqs. Oh ! Ces pauvres coqs qui allaient être immolés pour la bonne cause. Ils devraient plutôt s’estimer heureux d’avoir été choisi par Awa car ils ne finiront pas dans l’estomac des hommes. En revanche, ils finiront dans celui des génies. Ilsdevraient plutôt percevoir cela comme un honneur. Après trois minutes de marche, Awa arriva enfin chez le marabout. Ses sentiments se confondaient. Elle était heureuse et angoissée à la fois. Elle ne cessa de se demander ce qui l’attendait. Le doute l’envahi ! Voici venu l’instant où l’indubitable était remis en cause. Sa foi était mise à l’épreuve. Elle se demandait réellement si le sacrifice allait porter ses fruits. Hélas il était à présent trop tard pour douter, trop tard pour reculer. Tout était prêt. Elle avait déjà réuni tous les éléments du sacrifice. Elle s’arma donc de courage en soliloquant. Elle se disait : - Sois positive Awa ! Ne sois pas si pessimiste tout se passera bien ! Ne t’inquiète surtout pas ! Allez fais confiance au marabout et aux génies. Tu enfanteras très bientôt. Après s’être autant galvanisée, Awa était maintenant parée à toutes les éventualités de ce sacrifice tant redouté. Elle entra dans la demeure des djinns. - Bonjour Ankaramoko ! - Bonjour Awa ! - Ankaramoko les nouvelles sont bonnes je suis prête pour le sacrifice. - Tu t’es dépêché d’assembler tous les détails du sacrifice ! - Oui grand marabout ! Avez-vous reçu le mouton hier ? Car je ne l’ai pas vu à l’entrée. - Oh oui ne t’inquiète pas je l’ai bel et bien reçu. Si tu ne l’as pas vu c’est pour des raisons de sécurité. Je l’ai mis à l’abri dans un enclos. Parce que ces jeunes d’aujourd’hui ne respectent plus rien, ils n’ont peur de personne ils sont même capable de voler un marabout qui peut leur faire du mal. - Ah oui ! je vous l’accorde pas plus tard qu’hier des jeunes ont dérobé la moto de ma voisine. En plus j’aurai appris qu’un voleur avait volé la bouteille de gaz du collègue de mon mari pendant qu’il avait mis sa sauce au feu. En effet, le voleur avait descendu la marmite pendant la cuisson et c’est emparé de la bouteille laissant la sauce non cuite et à même le sol. - Ah là ce n’est pas croyable ! - Ils n’ont plus aucun respect ces voleurs ! Eh bien ce qui se passera sous ses yeux dans quelques instants allait l’ébahir. L’h********e allait enfin commencé. Le marabout saisi le coq roux. Il alluma un feu et le fit passer au-dessus. Awa toute déconcerté regardait avec stupéfaction le spectacle qui s’offrait à elle. Le coq hurlait de douleur car il était consumé par le feu. De la bonne odeur de coq braisé se rependait dans la salle. Après sept minutes d’extrême souffrance, le coq rendit l’âme. Tout à coup le marabout se mit à rire de manière folle comme s’il avait perdu la raison. Elle était complètement pétrifiée. Par la suite un vent violent éteignit le feu d’un seul coup. Awa sursauta. Pourtant elle n’était pas au bout de ses surprises. Le marabout se mit à nouveau à rigoler aux éclats et s’empara du deuxième coq blanc. Il prit sa dague l’empoigna et égorgea en prenant bien soin de verser le sang sur le coq roux mort et dans une calebasse jonchée de cauris. Et ce fut autour du troisième coq blanc qui subira le même sort que le précédent. Et après avoir immolé un animal il se mettait encore à rire aux éclats comme s’il se moquait de la mort de ces pauvres bêtes. Il l’a regarda et lui faisait des signes en lui disant que les génies voulaient lui parler. Elle se rapprocha donc. Elle regardait les yeux du marabout et vit que ce n’était plus la même personne. Il s’était totalement métamorphosé. Ce dernier l’invita alors à jeter un coup d’œil dans une calebasse contenant de l’eau et du sang. Elle exécuta sa directive. Il lui demanda alors ce qu’elle voyait dans cette calebasse. - Ankaramoko dans cette calebasse je vois une femme couchée mais son visage est masqué. - Hummmm ! re….gar…de…..mi…..eux…. Hummm ! - Je vois que cette femme est enceinte. Elle attend un enfant. - Hummmm ! con…..ti…..nus…de…..re….gar….der….hummmm ! - Ankaramoko je vois des démons qui essayent d’introduire une poupée dans son ventre. Mais l’on voit très bien qu’ils ont du mal à exécuter leur entreprise ! - C’est tout ce…que…tu…vois ? - Oui Ankaramoko Dès cet instant, le marabout tomba à même le sol. Awa était perplexe. Devait-elle fuir ou rester. Ce dilemme s’offrait à elle. Elle était apeurée. Que faire dans une telle conjoncture ? Elle essaya de relever le marabout. En vain, ce dernier ne réagissait pas c’était comme s’il était mort sur le chant. Elle se leva toute prise de panique. Elle se dirigea vers la porte de sorti quand le marabout cria son nom d’une voix terrifiante Awa ! Où vas-tu ? Ankaramoko que se passe-t-il ? - Reviens t’asseoir je suis de retour dans notre monde. Awa était complètement terrifiée. Cependant, avait-elle le choix ? Non ! Elle ne l’avait pas. Elle ne pouvait pas non plus imaginer que ce sacrifice allait être aussi mouvementé. L’homme coûte donc si cher ! se disait-elle pourquoi son sacrifice était-il si compliqué ? Se demandait notre niaise Awa. Eh bien, elle n’était toujours pas au bout de ses surprises. Le marabout pris sa dague ensanglantée et frappa cinq fois le sol. Soudainement, un bêlement de mouton. Eh oui c’était le mouton d’Awa qui se déplaçait tout seul. Il venait au point de rendez-vous avec la mort. Awa n’en revenait pas car c’était abracadabrant ce qui se passait sous ses yeux. C’était comme si le mouton était téléguidé un peu comme une voiture télécommandée. Le marabout se mit à nouveau à rire aux éclats et accueilli le mouton à bras ouvert et même en lui souhaitant la bienvenue. C’était époustouflant ce qui se déroulait dans cette salle. Le mouton se laissa émasculer par le marabout sans même broncher. C’était vraiment incroyable ! Du genre à couper le souffle. Et tout un coup, le ciel si clément se mit à s’assombrir. Le marabout s’adressa à Awa en lui disant : - Ma chère Awa, les génies ont accepté ton sacrifice il me charge d’interpréter ce que tu as vu dans la calebasse. Cette femme c’est toi et comme tu l’as si bien constaté elle était déjà enceinte, ce qui signifie que ton enfant était déjà là tu n’as pas sus attendre. La patience est un chemin d’or. Ceux que tu voyais comme des démons, c’était les génies qui t’apportait un enfant cependant, comme tu l’as si bien remarqué un enfant était déjà présent il faudra donc que tu patiente quelques années encore. Car le problème ne vient pas de toi mais plutôt de ton mari. C’est lui le stérile. Mais Allah le tout puissant a eu pitié de toi et t’avais réservé un enfant alors va et patiente. - Non jamais cet enfant je le veux maintenant j’ai trop attendu, trop essuyé les critiques. Dis aux génies que mon mari a décidé de prendre une seconde épouse alors qu’il n’a pas de grands moyens. Juste pour avoir un enfant. Alors pas question de patienter encore des années. J’ai trop souffert je veux à présent essuyer mes larmes. Trop c’est trop lui dit-elle d’un air belliqueux. - Tout énervé, le marabout entra une fois de plus en contact avec ses génies par le biais de la transe. Il s’évanouit à nouveau, puis le coma comme s’il était mort. En fait, à chaque transe il rejoint le monde des esprits pour communiquer avec ses génies. Cette fois-ci la discussion tardait. Mais Awa n’allait pas se faire prendre au piège de la panique une seconde fois. Elle avait maintenant compris le processus. En plus après tout ce qu’elle avait vécu tout au long de cette journée plus rien ne l’étonnait. Après plus de vingt minutes de profond sommeil, le marabout se leva enfin. Il l’a regarda et se jeta sur le mouton qui était couché. Il le roua de coups avec sa dague avant de l’égorger. Awa versa des larmes face à cette scène atroce. Le marabout lui dit : - Les génies sont en colère. Ils me chargent de te dire que ta requête a été acceptée toutefois, tu seras puni pour ton manque de respect et d’impatience. Une surprise désagréable de sera réservée. Sur ce tu peux disposer car le mal de ton mari a été guéri il peut à présent procréer. - Eh Ankaramoko, remercie-les de ma part. Merci ! Merci ! C’est donc sur ces derniers mots qu’Awa prit congé du marabout. Mais elle semble avoir oublié que le cadeau des génies était suivit d’une punition qu’elle avait prise à la légère. De retour chez elle, Awa raconta à son mari l’expérience qu’elle avait vécu chez le marabout. Ce dernier n’en revenait pas, il n’arrivait pas à croire que pendant tout ce temps le problème venait de lui. Il se sentait mal alaise et ne cessa de s’accuser. C’était donc lui le véritable problème ! Pourtant sa femme portait le lourd fardeau de son infécondité. Il était totalement blessé et ne put s’empêcher de pleurer à chaude larme tout en demandant pardon à Awa. Pardon à Celle-là qui a tout enduré pour avoir un enfant, essuyé toute les frustrations possibles. Elle le prit dans ces bras comme une mère et le consola. - Ce n’est pas grave mon chéri. Tout ça c’est du passé, de l’histoire ancienne projetons nous vers notre avenir. Il n’y a plus de mal tu es à présent apte pour procréer. - Pardonne moi de t’avoir causé du tort pendant toutes ces années je suis vraiment désolé ! - Ce n’est pas grave mon chéri oublie tout car nous aurons plein d’enfants - Oh ! oui j’en veux au moins quatre ! quatre enfants avec la femme la plus merveilleuse du monde. Tu es une reine qui mérite d’être élevée, chantée et louée. Cependant, cette reine tant vénérée à l’instant présent avait oublié un détail très important. Elle ne lui avait pas dit que cet enfant demandé de façon brusque cacherait une surprise désagréable. Qu’est-ce que le destin lui réservait-il à présent ? Quelle était donc cette fameuse surprise désagréable ? Des hypothèses se formulaient. Que des suppositions. L’enfant allait-il mourir de manière précoce ? Aurait-il un handicap qui le ferait souffrir ? A quoi devait￾elle s’attendre ? Peu importe, pour elle le plus important c’était de donner naissance. Mais elle avait quand même peur. Quant à son mari il avait changé il était devenu plus attentionné, plus doux il avait raconté ce qui se passait à sa mère qui elle également nourrissait des sentiments plus tendre envers Awa. Tout était redevenu normal comme au paravent. Elle avait retrouvé sa sérénité puisqu’en contre parti de son acte de bravoure son mari lui avait promis de mettre fin sa quête de seconde épouse. La polygamie n’allait donc pas triompher d’Awa car elle l’avait vaincu. Elle faisait complètement confiance aux dires du marabout. Eh bien comment ne pas lui faire confiance quand on a expérimenté soi-même ces tours de magie. Ah oui ! Elle n’oubliera pas d’aussitôt ce qui s’est passé dans cette pièce. Il s’avère primordiale que chaque enfant connaisse le contexte historique de sa naissance. Car chaque naissance est une histoire à raconter.
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