2- A pas de diarrhéique
Le jour se lève à nouveau et Awa avait été
délaissée par son homme sur leur lit conjugal. En
effet, ce brave monsieur était déjà allé
travailler. Quant à elle, son commerce avait été
abandonné dans sa quête de progéniture. Mais
bientôt les activités allaient reprendre du poil de
la bête car cette histoire de femme inféconde
allait bientôt prendre fin. Elle se leva, fit sa
toilette et alla chez Ankaramoko le marabout du
quartier. Le temps était clément. Awa marcha à
pas de diarrhéique. Elle était donc si pressé ?
Elle tenait de la main gauche ses trois coqs. Oh !
Ces pauvres coqs qui allaient être immolés pour la
bonne cause. Ils devraient plutôt s’estimer
heureux d’avoir été choisi par Awa car ils ne
finiront pas dans l’estomac des hommes. En
revanche, ils finiront dans celui des génies. Ilsdevraient plutôt percevoir cela comme un
honneur.
Après trois minutes de marche, Awa arriva enfin
chez le marabout. Ses sentiments se
confondaient. Elle était heureuse et angoissée à
la fois. Elle ne cessa de se demander ce qui
l’attendait. Le doute l’envahi ! Voici venu l’instant
où l’indubitable était remis en cause. Sa foi était
mise à l’épreuve. Elle se demandait réellement si
le sacrifice allait porter ses fruits. Hélas il était
à présent trop tard pour douter, trop tard pour
reculer. Tout était prêt. Elle avait déjà réuni
tous les éléments du sacrifice. Elle s’arma donc
de courage en soliloquant. Elle se disait :
- Sois positive Awa ! Ne sois pas si pessimiste
tout se passera bien ! Ne t’inquiète surtout
pas ! Allez fais confiance au marabout et aux
génies. Tu enfanteras très bientôt.
Après s’être autant galvanisée, Awa était
maintenant parée à toutes les éventualités de ce
sacrifice tant redouté. Elle entra dans la
demeure des djinns.
- Bonjour Ankaramoko !
- Bonjour Awa !
- Ankaramoko les nouvelles sont bonnes je suis
prête pour le sacrifice.
- Tu t’es dépêché d’assembler tous les détails
du sacrifice !
- Oui grand marabout ! Avez-vous reçu le
mouton hier ? Car je ne l’ai pas vu à l’entrée.
- Oh oui ne t’inquiète pas je l’ai bel et bien
reçu. Si tu ne l’as pas vu c’est pour des
raisons de sécurité. Je l’ai mis à l’abri dans un
enclos. Parce que ces jeunes d’aujourd’hui ne
respectent plus rien, ils n’ont peur de personne ils sont même capable de voler un
marabout qui peut leur faire du mal.
- Ah oui ! je vous l’accorde pas plus tard
qu’hier des jeunes ont dérobé la moto de ma
voisine. En plus j’aurai appris qu’un voleur
avait volé la bouteille de gaz du collègue de
mon mari pendant qu’il avait mis sa sauce au
feu. En effet, le voleur avait descendu la
marmite pendant la cuisson et c’est emparé
de la bouteille laissant la sauce non cuite et à
même le sol.
- Ah là ce n’est pas croyable !
- Ils n’ont plus aucun respect ces voleurs !
Eh bien ce qui se passera sous ses yeux dans
quelques instants allait l’ébahir.
L’h********e allait enfin commencé. Le marabout
saisi le coq roux. Il alluma un feu et le fit passer
au-dessus. Awa toute déconcerté regardait avec
stupéfaction le spectacle qui s’offrait à elle. Le
coq hurlait de douleur car il était consumé par le
feu. De la bonne odeur de coq braisé se
rependait dans la salle. Après sept minutes
d’extrême souffrance, le coq rendit l’âme. Tout à
coup le marabout se mit à rire de manière folle
comme s’il avait perdu la raison. Elle était
complètement pétrifiée. Par la suite un vent
violent éteignit le feu d’un seul coup. Awa
sursauta. Pourtant elle n’était pas au bout de ses
surprises. Le marabout se mit à nouveau à rigoler
aux éclats et s’empara du deuxième coq blanc. Il
prit sa dague l’empoigna et égorgea en prenant
bien soin de verser le sang sur le coq roux mort
et dans une calebasse jonchée de cauris. Et ce
fut autour du troisième coq blanc qui subira le même sort que le précédent. Et après avoir
immolé un animal il se mettait encore à rire aux
éclats comme s’il se moquait de la mort de ces
pauvres bêtes. Il l’a regarda et lui faisait des
signes en lui disant que les génies voulaient lui
parler. Elle se rapprocha donc. Elle regardait les
yeux du marabout et vit que ce n’était plus la
même personne. Il s’était totalement
métamorphosé. Ce dernier l’invita alors à jeter
un coup d’œil dans une calebasse contenant de
l’eau et du sang. Elle exécuta sa directive. Il lui
demanda alors ce qu’elle voyait dans cette
calebasse.
- Ankaramoko dans cette calebasse je vois une
femme couchée mais son visage est masqué.
- Hummmm ! re….gar…de…..mi…..eux…. Hummm !
- Je vois que cette femme est enceinte. Elle
attend un enfant.
- Hummmm !
con…..ti…..nus…de…..re….gar….der….hummmm !
- Ankaramoko je vois des démons qui essayent
d’introduire une poupée dans son ventre. Mais
l’on voit très bien qu’ils ont du mal à exécuter
leur entreprise !
- C’est tout ce…que…tu…vois ?
- Oui Ankaramoko
Dès cet instant, le marabout tomba à même le
sol. Awa était perplexe. Devait-elle fuir ou
rester. Ce dilemme s’offrait à elle. Elle était
apeurée. Que faire dans une telle conjoncture ?
Elle essaya de relever le marabout. En vain, ce
dernier ne réagissait pas c’était comme s’il était
mort sur le chant. Elle se leva toute prise de
panique. Elle se dirigea vers la porte de sorti
quand le marabout cria son nom d’une voix
terrifiante Awa ! Où vas-tu ?
Ankaramoko que se passe-t-il ?
- Reviens t’asseoir je suis de retour dans notre
monde.
Awa était complètement terrifiée. Cependant,
avait-elle le choix ? Non ! Elle ne l’avait pas. Elle
ne pouvait pas non plus imaginer que ce sacrifice
allait être aussi mouvementé. L’homme coûte
donc si cher ! se disait-elle pourquoi son sacrifice
était-il si compliqué ? Se demandait notre niaise
Awa. Eh bien, elle n’était toujours pas au bout de
ses surprises. Le marabout pris sa dague
ensanglantée et frappa cinq fois le sol.
Soudainement, un bêlement de mouton. Eh oui
c’était le mouton d’Awa qui se déplaçait tout seul.
Il venait au point de rendez-vous avec la mort.
Awa n’en revenait pas car c’était abracadabrant
ce qui se passait sous ses yeux. C’était comme si
le mouton était téléguidé un peu comme une
voiture télécommandée. Le marabout se mit à
nouveau à rire aux éclats et accueilli le mouton à
bras ouvert et même en lui souhaitant la
bienvenue. C’était époustouflant ce qui se
déroulait dans cette salle. Le mouton se laissa
émasculer par le marabout sans même broncher.
C’était vraiment incroyable ! Du genre à couper le
souffle. Et tout un coup, le ciel si clément se mit
à s’assombrir. Le marabout s’adressa à Awa en lui
disant :
- Ma chère Awa, les génies ont accepté ton
sacrifice il me charge d’interpréter ce que tu
as vu dans la calebasse. Cette femme c’est toi
et comme tu l’as si bien constaté elle était
déjà enceinte, ce qui signifie que ton enfant
était déjà là tu n’as pas sus attendre. La
patience est un chemin d’or. Ceux que tu
voyais comme des démons, c’était les génies qui t’apportait un enfant cependant, comme
tu l’as si bien remarqué un enfant était déjà
présent il faudra donc que tu patiente
quelques années encore. Car le problème ne
vient pas de toi mais plutôt de ton mari. C’est
lui le stérile. Mais Allah le tout puissant a eu
pitié de toi et t’avais réservé un enfant alors
va et patiente.
- Non jamais cet enfant je le veux maintenant
j’ai trop attendu, trop essuyé les critiques.
Dis aux génies que mon mari a décidé de
prendre une seconde épouse alors qu’il n’a pas
de grands moyens. Juste pour avoir un
enfant. Alors pas question de patienter
encore des années. J’ai trop souffert je veux
à présent essuyer mes larmes. Trop c’est
trop lui dit-elle d’un air belliqueux.
- Tout énervé, le marabout entra une fois de
plus en contact avec ses génies par le biais de
la transe.
Il s’évanouit à nouveau, puis le coma comme s’il
était mort. En fait, à chaque transe il rejoint le
monde des esprits pour communiquer avec ses
génies. Cette fois-ci la discussion tardait. Mais
Awa n’allait pas se faire prendre au piège de la
panique une seconde fois. Elle avait maintenant
compris le processus. En plus après tout ce
qu’elle avait vécu tout au long de cette journée
plus rien ne l’étonnait. Après plus de vingt
minutes de profond sommeil, le marabout se leva
enfin. Il l’a regarda et se jeta sur le mouton qui
était couché. Il le roua de coups avec sa dague
avant de l’égorger. Awa versa des larmes face à
cette scène atroce. Le marabout lui dit :
- Les génies sont en colère. Ils me chargent de
te dire que ta requête a été acceptée toutefois, tu seras puni pour ton manque de
respect et d’impatience. Une surprise
désagréable de sera réservée. Sur ce tu peux
disposer car le mal de ton mari a été guéri il
peut à présent procréer.
- Eh Ankaramoko, remercie-les de ma part.
Merci ! Merci !
C’est donc sur ces derniers mots qu’Awa prit
congé du marabout. Mais elle semble avoir oublié
que le cadeau des génies était suivit d’une
punition qu’elle avait prise à la légère.
De retour chez elle, Awa raconta à son mari
l’expérience qu’elle avait vécu chez le marabout.
Ce dernier n’en revenait pas, il n’arrivait pas à
croire que pendant tout ce temps le problème
venait de lui. Il se sentait mal alaise et ne cessa
de s’accuser. C’était donc lui le véritable
problème ! Pourtant sa femme portait le lourd
fardeau de son infécondité. Il était totalement
blessé et ne put s’empêcher de pleurer à chaude
larme tout en demandant pardon à Awa. Pardon à
Celle-là qui a tout enduré pour avoir un enfant,
essuyé toute les frustrations possibles. Elle le
prit dans ces bras comme une mère et le consola.
- Ce n’est pas grave mon chéri. Tout ça c’est du
passé, de l’histoire ancienne projetons nous
vers notre avenir. Il n’y a plus de mal tu es à
présent apte pour procréer.
- Pardonne moi de t’avoir causé du tort pendant
toutes ces années je suis vraiment désolé !
- Ce n’est pas grave mon chéri oublie tout car
nous aurons plein d’enfants
- Oh ! oui j’en veux au moins quatre ! quatre
enfants avec la femme la plus merveilleuse du monde. Tu es une reine qui mérite d’être
élevée, chantée et louée.
Cependant, cette reine tant vénérée à l’instant
présent avait oublié un détail très important. Elle
ne lui avait pas dit que cet enfant demandé de
façon brusque cacherait une surprise
désagréable. Qu’est-ce que le destin lui
réservait-il à présent ? Quelle était donc cette
fameuse surprise désagréable ? Des hypothèses
se formulaient. Que des suppositions. L’enfant
allait-il mourir de manière précoce ? Aurait-il un
handicap qui le ferait souffrir ? A quoi devaitelle s’attendre ? Peu importe, pour elle le plus
important c’était de donner naissance. Mais elle
avait quand même peur. Quant à son mari il avait
changé il était devenu plus attentionné, plus doux
il avait raconté ce qui se passait à sa mère qui
elle également nourrissait des sentiments plus
tendre envers Awa. Tout était redevenu normal
comme au paravent. Elle avait retrouvé sa
sérénité puisqu’en contre parti de son acte de
bravoure son mari lui avait promis de mettre fin
sa quête de seconde épouse. La polygamie n’allait
donc pas triompher d’Awa car elle l’avait vaincu.
Elle faisait complètement confiance aux dires du
marabout. Eh bien comment ne pas lui faire
confiance quand on a expérimenté soi-même ces
tours de magie. Ah oui ! Elle n’oubliera pas
d’aussitôt ce qui s’est passé dans cette pièce. Il
s’avère primordiale que chaque enfant connaisse
le contexte historique de sa naissance. Car
chaque naissance est une histoire à raconter.