Nathaniel n’arrivait plus à bouger.
Il regardait le petit garçon devant lui.
Azrael.
Même froncement de sourcils.
Même regard sombre.
Même façon de tenir sa tête.
C’était comme regarder une version miniature de lui-même.
Son cœur battait violemment dans sa poitrine.
— Comment… murmura-t-il presque pour lui-même.
Arya observa Nathaniel avec curiosité.
— Monsieur… pourquoi vous nous regardez comme ça ?
Nathaniel cligna des yeux.
Il se força à sourire légèrement.
— Je… je pensais simplement que vous étiez adorables.
Azrael croisa les bras.
— Je ne suis pas adorable.
Arya éclata de rire.
— Si tu l’es !
Nathaniel sentit un sourire sincère apparaître malgré lui.
Ces enfants…
Ils lui semblaient étrangement familiers.
Trop familiers.
Soudain, une voix grave résonna derrière lui.
— Arya. Azrael.
Nathaniel se retourna immédiatement.
Alexandre Vegas avançait dans le jardin.
Calme.
Imposant.
Les deux enfants tournèrent la tête.
Et leurs visages s’illuminèrent instantanément.
— Papa !
Ils coururent vers lui sans hésiter.
Arya s’accrocha à sa jambe.
Azrael attrapa sa main.
Alexandre posa une main douce sur la tête de chacun.
— Vous ne devriez pas courir près de la fontaine.
Arya leva les yeux vers lui.
— On jouait seulement.
Azrael ajouta fièrement :
— J’ai presque attrapé Arya !
Alexandre esquissa un sourire discret.
— Presque.
Nathaniel observait la scène en silence.
Le mot résonnait encore dans sa tête.
Papa.
Les enfants appelaient Alexandre… papa.
Quelque chose se serra violemment dans sa poitrine.
Alexandre leva alors les yeux vers Nathaniel.
Leurs regards se rencontrèrent.
Un silence lourd tomba dans le jardin.
Alexandre savait.
Nathaniel pouvait le voir.
Il savait exactement ce que Nathaniel était en train de penser.
Arya remarqua Nathaniel et tira la manche d’Alexandre.
— Papa… c’est le monsieur bizarre qui nous regardait.
Azrael hocha la tête.
— Oui. Il disait qu’on était adorables.
Nathaniel passa une main nerveuse dans ses cheveux.
Alexandre regarda calmement les enfants.
— Soyez polis.
Arya se tourna vers Nathaniel.
— Désolée monsieur.
Nathaniel tenta de sourire.
Mais son regard ne quittait plus Azrael.
Alexandre le remarqua.
Il posa doucement sa main sur l’épaule du petit garçon.
Un geste protecteur.
Puis il dit calmement :
— Les enfants, nous devons retourner voir votre mère.
Les yeux d’Arya s’illuminèrent.
— Maman est là ?
— Oui.
Azrael sauta presque de joie.
— Super !
Les deux enfants coururent vers le manoir.
Alexandre resta encore un instant face à Nathaniel.
Le silence entre eux était chargé d’une tension invisible.
Nathaniel parla enfin.
Sa voix était basse.
— Ils ont cinq ans ?
Alexandre le regarda tranquillement.
— Oui.
Nathaniel serra les poings.
Son esprit faisait des calculs malgré lui.
Cinq ans.
Cinq ans exactement depuis la nuit où Diane avait disparu.
Il leva lentement les yeux vers Alexandre.
— Ils t’appellent papa.
Alexandre ne sembla pas surpris par la question.
— Parce que je le suis.
La réponse était simple.
Claire.
Mais quelque chose dans son regard disait autre chose.
Quelque chose de plus profond.
Nathaniel sentit la colère monter.
— Tu es sûr de ça ?
Le regard d’Alexandre devint légèrement plus froid.
— Très.
Un silence.
Puis Alexandre ajouta calmement :
— Bonne soirée, monsieur White.
Il se détourna et marcha vers le manoir.
Nathaniel resta seul dans le jardin.
Son cœur battait violemment.
Parce que maintenant une pensée terrible refusait de quitter son esprit.
Et si…
Et si ces enfants…
Derrière les buissons, Julian sortit lentement de sa cachette.
Il regarda son frère avec gravité.
— Nathaniel…
Nathaniel leva les yeux vers lui.
Julian prit une profonde inspiration.
Puis il déclara doucement :
— Je crois que tu viens de comprendre ce que j’ai compris il y a cinq minutes.
Nathaniel murmura :
— Dis-le.
Julian hésita une seconde.
Puis il dit la phrase que personne n’était prêt à entendre.
— Ces enfants pourraient être les tiens.
Nathaniel resta figé dans le jardin, le souffle court.
Les mots de Julian résonnaient dans sa tête :
“Ces enfants pourraient être les tiens…”
Il avait du mal à y croire. Cinq ans… tout ce temps à se demander où était Diane, ce qui avait été vrai ou faux, et maintenant… il y avait Arya et Azrael.
Il fit un pas vers le manoir, le cœur battant. Il devait parler à Diane. Maintenant.
À l’intérieur, Diane venait de recevoir les enfants. Alexandre tenait Azrael par la main, tandis qu’Arya sautillait autour d’eux, rayonnante de bonheur.
— Maman ! cria Arya en courant vers Diane.
Diane la prit dans ses bras, un sourire tendre éclairant son visage. Mais derrière ce sourire se cachait une détermination froide.
— Vous m’avez tellement manqué, dit-elle doucement.
Alexandre observa la scène avec une fierté tranquille. Il savait que Diane était plus forte que jamais. Et il savait aussi que Nathaniel allait bientôt entrer dans cette pièce.
Quelques secondes plus tard, Nathaniel entra. Le silence tomba. Tous les regards se tournèrent vers lui.
Diane leva les yeux et le vit. Le cœur de Nathaniel sembla se briser à nouveau.
— Nathaniel… commença Diane, sa voix douce mais ferme.
— Diane… les enfants… murmura-t-il, sa gorge serrée.
Les yeux de Nathaniel se posèrent sur Arya et Azrael. Les enfants, qui jouaient innocemment, levèrent la tête et le regardèrent avec curiosité.
— Bonjour, monsieur, dit Arya avec son innocence enfantine.
— Oui… bonjour, monsieur, répéta Azrael.
Puis, comme pour confirmer la scène qui venait de le bouleverser, les deux enfants se tournèrent vers Alexandre :
— Papa ! crièrent-ils presque en chœur.
Nathaniel sentit un choc v*****t traverser son cœur. Ses poings se serrèrent. La réalité le frappait comme un marteau : ces enfants étaient là… et ils ne le connaissaient pas.
Alexandre s’avança, calme et imposant.
— Nathaniel, dit-il avec une voix mesurée. Oui, je suis leur père.
Le souffle de Nathaniel se bloqua. La colère, la confusion, et la douleur se mêlaient en lui. Il ne savait plus où regarder. Diane, les enfants, Alexandre… tout semblait tourner autour de lui.
Diane s’avança doucement vers Nathaniel.
— Nathaniel, je sais que tu as des questions… mais tout a une explication.
— Une explication ?! hurla-t-il presque. Pendant cinq ans, j’ai cru tout ce qu’on m’a dit… et maintenant… tu reviens avec des enfants et cet homme à tes côtés ?!
Alexandre posa une main légère sur l’épaule de Diane, un geste de possession et de protection.
— Nathaniel, calme-toi. Tout ce que tu penses savoir n’est qu’une partie de l’histoire.
— Une partie ? s’emporta Nathaniel. Diane… ces enfants… tu ne pouvais pas me le dire avant ?
Diane baissa les yeux un instant, puis releva la tête.
— Parce que ce n’était pas encore le moment, Nathaniel. Et crois-moi, je n’avais jamais voulu que tu souffres… mais je devais protéger mes enfants.
Nathaniel sentit la colère se transformer en un mélange de culpabilité et de douleur. Les enfants jouaient toujours autour d’eux, innocents, inconscients du chaos qui se déroulait à quelques pas.
— Je… je comprends… murmura-t-il. Mais pourquoi Alexandre ?
Diane s’approcha lentement, ses yeux noirs plongés dans les siens.
— Parce que je savais qu’il serait là pour eux. Qu’il ne les abandonnerait jamais. Qu’il les protégerait… tout comme il me protège.
Nathaniel recula légèrement. Le poids de ses émotions était trop fort. Il avait aimé Diane… et maintenant il devait affronter cette réalité : il avait été éloigné d’elle… et de ses enfants.
Julian, qui observait discrètement depuis la porte, s’approcha.
— Nathaniel… il y a encore des choses que tu dois savoir, dit-il doucement.
— Quoi ? demanda Nathaniel, sa voix brisée.
Julian fit un signe de tête vers Diane.
— Le bal… tout ce qui s’est passé il y a cinq ans… Diane n’a jamais trahi qui que ce soit.
Nathaniel sentit son cœur se serrer à nouveau.
— Alors tout ce que j’ai cru… tout ce que j’ai pensé… c’était faux ?
Diane hocha la tête lentement.
— Oui. Et maintenant… nous devons penser à l’avenir. Aux enfants. À eux d’abord.
Alexandre intervint, sa voix calme mais ferme :
— Et à Diane. Personne ne peut la toucher. Pas toi. Pas les autres.
Le ton était clair. Définitif.
Nathaniel, pour la première fois depuis cinq ans, sentit que tout ce qu’il avait cru savoir venait de s’effondrer. La vérité venait de frapper, et avec elle, la douleur, la colère… et un reste d’amour qu’il ne pouvait nier.
Diane le regarda une dernière fois, un mélange de tendresse et de fermeté dans les yeux :
— Nathaniel… il est temps de laisser le passé derrière nous. Mais sache ceci… mes enfants et moi… nous n’appartenons plus à ton monde.
Et avec Alexandre, elle se tourna vers les enfants, les emmenant doucement vers l’intérieur du manoir.
Nathaniel resta seul dans le jardin, le cœur lourd, regardant la lumière du manoir s’éloigner avec eux.
Il savait une chose : sa vie venait de basculer… et rien ne serait plus jamais pareil.