Chapitre VI, suite 1

5000 Words
répliqua le troisième. Les types comme toi ne doivent pas faire partie de notre équipe.    —  Arrêtez les gars, hurla le deuxième. Ce n’est pas parce que nous sommes maintenant équipés d’armes blanches que nous allons devenir des criminels. Moi, je n’ai jamais fait de mal à une mouche.     —  La mouche dont tu parles est dotée d’ailes et elle peut te survoler au dessus de la tête sans te laisser la chance de l’attraper, dit le troisième. Alors, méfie-toi de ce que tu dis et ne sois pas si naïf. Larbi n’est pas une mouche. Au contraire, c’est une crapule dont il faut se méfier. S’il se rend compte de ce qui se trame à son encontre, il nous dénoncera, séance tenante, au patron qui n’hésitera  pas une seconde à nous envoyer paître.    —  Même si c’est une crapule, il est pour autant le jeune homme beau et séduisant le plus convoité par les filles du Douar ? dit le premier.             Parallèlement au dialogue tenu par ces quatre individus au sujet de Larbi, qui représentait un danger pour eux, Bibi et Abass faisait le tour de la question.      — Quand nous réussirons à écarter ce bon à rien de notre chemin, dit Bibi, nous pourrons tranquillement et sans gêne nous la couler douce, tous les deux.      — Moi, j’aimerais bien gagner l’estime de la patronne pour qu’elle me place à tes côtés, ajouta Abbas.      — Rassures-toi, camarade ! Je ferai en sorte que tu seras affecté à mes côtés, dit Bibi, mais à charge de revanche.     —  Sois un peu plus clair, mon ami ! Je n’ai pas bien compris, je ne sais pas où tu veux en venir, grogna Abbas.     — Tout est clair, dit Bibi. Quand je serai devenu le cuisinier  du patron par excellence, tu m’aideras à glaner le maximum d’informations sur tout ce qui se passe aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la ferme. La patronne compte beaucoup sur moi et je ne veux en aucun cas la décevoir.      — J’accepte de mettre mes yeux et mes oreilles à ta disposition. Je pourrais me charger de cette mission et l’accomplir à merveille. Mais avant d’en arriver là, que feras-tu d’abord pour discréditer Larbi ? demanda Abbas, l’air confus.      —  Je te le dirai un jour d’automne où il tombera comme une feuille morte qui se détachera de sa branche d’arbre, dit Bibi.      — Chapeau bas camarade ! s’exclama Bibi. Tu ne peux pas imaginer combien je suis fier de toi. Je te saurais gré du grand service que tu vas me rendre en me rapportant toute information utile concernant les travailleurs de cette ferme.      — Et quel sera ma contrepartie dans tout ce travail de rapporteur ? demanda Abbas, l’air réjoui.      —  Je te recommanderai auprès du patron et tu auras droit à un travail décent et permanent avec, bien entendu, un bon salaire qui te permettra de t’acheter des vêtements neufs et de manger à ta faim. Avec l’argent que tu vas gagner, Tu pourras même aller te défouler dans la maison close du village. Qu’en penses-tu, camarade ?              En écoutant ce discours exhortant, contenant des propos flatteurs et malicieux, Abbas en a l’eau à la bouche comme s’il était en face d’un plat alléchant qu’il contemplait derrière une vitrine.      —  On me parle souvent de ce lieu, mais, faute d’argent, je n’ai jamais posé le pied là-bas, dit-il.      —  Je sais que tu es un rustre, frustré du minimum de luxe et de confort, dit Bibi, mais je ne veux pas te dévier de l’essentiel en te racontant mille choses à la fois pour t’entraîner dans la confusion. Reléguons l’accessoire au second plan et concentrons-nous sur notre plan d’action.             Les quatre ouvriers qui travaillaient à la maison du patron étaient de jeunes hommes, ayant presque le même âge, mais de carrures différentes. Ils faisaient partie des habitants d’un autre Douar du même voisinage.             C’étaient des gens barbares et impulsifs qui n’avaient reçu aucune notion en matière d’éducation. Ils comptaient beaucoup sur l’utilisation de la force musculaire pour régler leur litige ou  contentieux de quelque nature que ce soit.             Ils avaient toutes les dispositions pour agresser quiconque allant en travers de leur chemin. Avec une arme ou un gourdin clouté ou un objet tranchant ou que sait-on, ils n’hésitaient pas à tuer et à jeter leur victime au fin fond de la rivière.            Larbi savait de quel bois ils se chauffent et partant, il se tenait sur ses gardes de jour comme de nuit. Pour prévenir le mal, il demeurait taciturne et circonspect. Il prenait dans la mesure du possible ses distances avec eux.           A leur retour du village, ces quatre individus, hantés par l’esprit de méchanceté, comptaient prendre sans tarder leur revanche sur Larbi. Mais n’ayant aucun plan d’action en tête, ils passaient leur journée de travail à échafauder des hypothèses macabres dont ils ne tenaient pas compte le lendemain.                Pour lui mettre la puce à l’oreille, ils ont décidé d’envoyer l’un d’eux  à Larbi  pour chercher quoi manger et boire et le prévenir du danger qu’il aille courir au cas où il refusera de satisfaire leur caprice.      —   Qu’est ce que tu veux ? dit Larbi, pris de panique.      —  Mes camarades et moi, dit-il, avons décidé de faire la paix avec toi, mais à condition que tu nous serves tous les matins notre petit déjeuner.            En écoutant ces folies, Larbi piqua une crise de colère et dit :    —  Sors d’ici ou je préviens tout de suite le patron. Je ne sais pas ce qui vous prend pour passer votre de temps à chuchoter des propos à mon sujet. Est-ce que vous me cherchez la bête noire, vous aussi.             Attirés par les cris et hurlement provenant de la cuisine, Bibi et son camarade, qui s’affairaient dans la salle de bain, accoururent vers Larbi     —  Qu’est ce que c’est que ce vacarme ? demanda Bibi, l’air étonné. On dirait que l’on est au bain maure.      —  Cet ouvrier, qui abandonne son travail de désherbage, est venu me menacer avec sa faucille, dit Larbi pour dramatiser la situation.      —  Et toi, dit Abbas, pourquoi tu es entré dans la cuisine du patron ? Est que tu n’es pas au courant des consignes du patron ?      — De quelles consignes tu parles ? demanda l’ouvrier. N’oublie pas que mes camarades et moi avons le même droit que vous trois réunis.      —  De quel droit tu parles ? demanda Bibi en le dévisageant de la tête jusqu’aux pieds.      —  Manger et boire, dit l’ouvrier d’un ton péremptoire.      —  Ni tes camarades ni toi, vous n’avez aucun droit, dit Larbi qui soupira de colère. Vous cherchez à me créer des problèmes avec le patron. Dans cette ferme, vous me prenez tous comme votre ennemi. Et là, vous faites erreur.      — Tu n’es l’ennemi de personne, rassura Bibi. Désormais, je prendrai ta défense en tant qu’auxiliaire. Je vais remettre ces quatre ouvriers à leur place. Et si jamais ils se montrent agaçants à ton égard, je les dénoncerai sans attendre à la patronne.     — Toi, dit l’ouvrier, tu n’es personne, sauf un mouchard qui n’en finira jamais de lécher les bottes à ses maîtres. Je n’ai pas peur de toi et mes camarades non plus. Tu n’es qu’un type odieux et haïssable. Cela fait longtemps que tu cherches à supplanter Larbi et je ne pense pas que tu ailles avoir gain de cause. Les patrons ne sont pas si dupes pour mettre toute leur confiance en toi. Si tu me cherches, je te coupe la tête avec cet outil. Je n’hésiterai pas à faire de même à ce cuisinier qui n’est pas à même de se défendre tout seul.       — Donne-moi cette faucille, s’il te plaît, demanda Abbas, sinon tu risques de commettre l’irréparable et tu seras jeté, le restant de ta vie, aux oubliettes.     — C’est vous qui iraient périr en prison pour ce que vous complotez à l’encontre de Larbi qui ne prend pas ses précautions. Vos agissements de flatteurs ne vous emmèneront pas à bon port.             S’inquiétant du retard indu de leur camarade, les trois autres ouvriers firent irruption dans la cuisine. Ne sachant pas à quel sain se vouer, Larbi s’assit à même le sol, se prit la tête dans les mains et se mit à crier de rage.     —  On ne t’a pas envoyé ici pour créer un scandale, dit l’un des ouvriers à son camarade. Tu n’es qu’un pauvre type. En agissant de la sorte, tu cherches à nous mettre dans l’embarras. Sors d’ici tout de suite. Tu as du pain sur la planche.     —  Je ne sors pas d’ici, dit-il, avant de régler leurs comptes à ces trois minables qui se croient capables de faire le beau et le mauvais temps. Ils n’ont aucun droit de souveraineté sur nous pour décider à la place du patron.      — Tu vas le regretter amèrement, brebis galeuse, dit Abbas qui compte sur sa musculature.     —  Ne le menace pas parce que tu n’as aucun pouvoir sur lui, dit l’un des ouvriers.            Omar, le jardinier, qui suivait avec intérêt, les mouvements insolites des quatre ouvriers, déposa son sécateur à gazon, alluma une cigarette, prit une rose à la main, la fixa du regard et se mit à soliloquer : « Que se passe-t-il ? J’imagine mal pourquoi ces ouvriers abandonnent leur travail en pleine matinée pour aller s’amuser comme des petits gosses, à l’intérieur de la maison des patrons, ça c’est de l’insolence caractérisée. Et si je les dénonce à la patronne ? Que va-t-il se passer ? Non ! Non ! Je ne devrai pas faire ça avant de savoir ce qu’ils sont en train de manigancer à l’intérieur. Je pense que Larbi n’avait pas l’étoffe d’un vrai cuisinier. Sur le plan du travail, sa façon de faire les choses est irréprochable, mais quant à son côté imposant, il est en de ça du niveau requis. A cause de sa naïveté démesurée, Bibi ainsi que son camarade et ces quatre ouvriers vont sans doute le faire chuter de son piédestal. Et je ne sais pas comment ? J’espère que les choses se passeront sans bain de sang. »             A peine avait-il fini de fumer sa cigarette, Omar, le jardinier, se dirigea vers la maison. Quand qu’il fit son entrée à l’improviste, Larbi criait à tue-tête pour chasser les quatre ouvriers qui n’en finissaient pas de se disputer avec Bibi et Abbas.             L’ambiance était tellement tendue ne personne ne crut à la parole de personne. Surpris par ce bavardage nuisant, Omar dit à l’emporte-pièce :              Ce que vous êtes en train de faire dans cette maison, qui suppose respect et politesse, est indigne. Voulez baisser du ton et aller discuter de vos problèmes à l’extérieur des plates b****s des patrons ?              Bibi n’a pas besoin de tes conseils, cher Omar, dit Abbas. Au lieu de venir mettre ton grain de sel, tu aurais dû rester loin de nos histoires. Ces quatre ouvriers ne cessent pas de menacer Larbi. J’ai entendu dire par un informateur, qui m’a refilé un tuyau d’importance, qu’hier, ils se sont achetés chacun un coutelas pour je ne sais quelle raison.     —  Nous devons nous méfier de ces malfrats avant qu’ils ne nous prennent au dépourvu. Ces gars représentent un grand danger pour nous et encore moins Larbi qu’ils n’en cessent pas moins de menacer de représailles s’il s’avise d’aller se plaindre auprès de la patronne.      —  Arrête de dire des imbécilités, dit L’un des quatre ouvriers. Aucun de nous ne peut se permettre de commettre une chose pareille. Larbi ne nous a rien fait de si mal pour que l’on puisse s’en prendre à sa personne.     —  S’il vous plaît, arrêtez de m’importuner, je n’ai plus la tête à ça, dit Larbi.     — Il a raison, dit Omar. Sortez d’ici et laissez-le faire son travail de cuisinier. Il n’a pas droit à l’erreur. La patronne est beaucoup plus exigeante  que vous ne pouvez le devinez. Si elle constate qu’un plat est mal assaisonné ou qu’un ustensile est mal disposé sur la table, il lui passera un savon. Alors, soyez compréhensifs et rejoignez votre lieu de travail. Vous avez beaucoup à faire.     —  Moi, je vous préviens que le jour où je prendrai la relève de Larbi, dit Bibi, je vous interdirai de mettre le pied dans cette cuisine. Ma façon de gérer les choses n’est pas facile à dépasser. Il faut que vous compreniez que votre présence parmi nous n’est que provisoire. On devrait vous affecter dans un autre endroit bien contrôlé où il vous sera impossible de faire la moindre escapade.     —  Bibi avait raison, dit Abbas, vous ne méritez pas d’être là, tout près de la patronne.             Tout à fait, ajouta Omar. Moi, j’espère bien que l’on vous sépare dans les prochains jours. Chacun de vous doit se faire à l’idée que la violence n’est pas donnée aux hommes forts d’esprit. Au contraire, elle n’est monnaie courante que chez les gens féroces et sauvages qui ne savent pas apprécier la compagnie d’autrui pour gagner son estime et sa considération. Eloignez-vous de Larbi et concentrez-vous sur vos problèmes personnels. Vos familles sont pauvres et elles ont besoin de votre soutien pécuniaire. Ne gaspillez pas votre temps et votre argent dans l’achat des choses prohibées.      —  Je crois que tu as tout dit, cher Omar, dit Bibi. Il faut que tu partes maintenant avant le retour de la patronne.     —  Et vous aussi, lança Abbas à l’adresse des quatre ouvriers avant qu’ils ne prennent.            Dès que tout le monde est parti et que la situation s’est calmée, Bibi se retourna vers Larbi.    — Ne sois pas fâché, dit-il. Ces rustres ne viendront plus t’embêter. Je vais les suivre pour leur toucher un ou deux mots pour qu’ils changent d’attitude à ton égard.     —  Que veux-tu ? demanda l’un des ouvriers à Bibi.     — Relaxe ! dit-il. Je veux vous parler d’une chose. La prochaine fois si vous voulez malmener Larbi, ne le faites pas en notre présence. Epargnez-nous d’être les témoins oculaires d’un truc tordu. Si vous voulez le tourmenter, choisissez le moment favorable où personne ne pourra s’interposer. Pour ce qui est de votre petit déjeuner, je m’en charge et vous n’aurez plus besoin de vous en soucier. C’est tout. Je vous promets que quand j’aurai pris les rênes de la gouvernance de cette maison, vous serez les premiers servis.      —  J’accepte cette proposition, reprit Abbas, et je n’ai rien à rajouter. Je pourrai me charger de cette mission et l’exécuter le plus tôt possible.     —  Chapeau bas, camarade ! s’exclama Bibi, je suis fier de toi et je te saurai gré du grand service que tu vas me rendre en me débarrassant de cette canaille qui ne cesse de nous mettre des bâtons dans les roues pour nous rendre la vie difficile.                          En écoutant les propos flatteurs et malicieux de Bibi, Abbas, se sentait fier de supprimer une vie humaine pour des motifs purement inconcevables et superficiels qui ne justifiaient en rien sa décision de commettre un tel acte abominable. Lui qui voyait les choses autrement, faute de raisonnement rationnel qui pourrait l’amener à se raviser, pour éviter le meurtre d’un jeune homme innocent qui ne méritait, pour aucune raison au monde, la peine d’être massacré par deux individus mal attentionnés qui choisissaient imprudemment la solution de tuer pour avoir bêtement un crime affreux et ignoble sur la conscience              Après avoir préparé leur coup répréhensible et pris les dispositions qu’ils jugeaient nécessaire pour exécuter leur plan en catimini, les deux criminels se sont rencontrés en plein milieu de la nuit à un point situé dans le bois à proximité de la chambre où dormait la victime.            S’assurant de la présence de personne alentour et profitant du calme qui régnait dans le moment, les deux criminels se mettaient à récapituler par répétition le déroulement de l’opération en  parlant tout bas pour éviter que quelqu’un ne pourrait les entendre.       — Maintenant, tu passes à l’action, ordonna Bibi. Moi, je reste planté là pour surveiller.             Abbas, l’assassin, prit ses dispositions et commença à progresser vers la chambre de Larbi. Quand il arriva au niveau d’un passage dégagé où sa silhouette aurait pu être vue, il rampa, par petits bonds, couteau à la main. Il s’arrêta pour écouter et balayer du regard et de fond en comble la zone pour s’assurer que personne ne le guettait.             En adoptant les manières de vrais criminels, il réussit à s’infiltrer par effraction dans la chambre de Larbi qui ronflait en plein sommeil. Il se jeta sur lui de toutes ses forces en lui passant violemment le couteau tranchant sur le cou à la manière de boucher.            Larbi, qui était un peu fort, essaya de repousser son assassin, mais il était à court de forces à cause des coups de couteau qu’il avait reçus et il  finit par succomber à ses blessures.           Abbas, le meurtrier, sortit précipitamment de la chambre et appliqua les mêmes dispositions de progression pour se replier par un autre itinéraire fixé auparavant et pouvoir rejoindre son complice qui l’attendait toujours au même endroit.    —  Dis-moi  que c’est fait,  chuchota  Bibi.     —  Oui, j’ai réussi à en finir avec lui, répondit-il en haletant. Il a essayé de me repousser, mais je l’ai coincé contre le mur. Après lui avoir planté le couteau en plein cœur, je l’ai égorgé. Il n’est plus de ce monde. Nous en sommes libérés. Qu’allons-nous faire maintenant ?  demanda Abbas, tout en frousse.     — Et le couteau où est ce que tu l’as laissé ? demanda-t-il   nerveusement.    —  Je l’ai perdu quand j’ai sauté de la fenêtre. Je l’ai cherché dans le noir sans l’avoir retrouvé. Il est peut-être tombé dans une touffe d’herbe drue.           Abbas ne savait pas que le couteau avec lequel il a avait tué sa victime portait ses empruntes digitales et qu’il serait facilement identifié. Les deux complices s’éclipsèrent de la zone après avoir commis  leur crime répréhensible.            Le matin, au lever du jour, on en  vint à découvrir le corps de Larbi, tué à coups de couteau. Le patron de la ferme et la famille de la victime, furent alertés. Tous les habitants qui accoururent sur les lieux éclatèrent en sanglots. Femmes, filles et garçons furent fortement horrifiés et stupéfaits.             Elles s’arrachèrent les cheveux, griffonnèrent leur visage avec à coups d’ongles, se roulèrent dans la fange des fossés d’irrigation des jardins et se barbouillèrent de boue. Certains déchirèrent  leurs vêtements, d’autres, un peu miséreux, leurs haillons.              Les hommes, totalement sidérés et indignés, se posaient, les uns aux autres, la question de savoir ce qui s’était passé et comment l’on a pu tuer un jeune homme casanier et naïf qui ne quittait jamais le foyer de ses parents lorsqu’il n’était pas de service et encore moins ne faisait pas de mal à une mouche. Ils en voulaient beaucoup aux criminels et attendaient impatiemment à ce qu’on leur mettait le grappin dessus.               Les femmes qui cessèrent de pleurer se dirent entre elles que la victime aidait beaucoup ses parents en subvenant à leurs besoins.             L’une de ses sœurs, qui le pleurait plus que toutes les autres, ajouta par amour et amertume que son frère était irremplaçable et que sa mort pourrait leur causer beaucoup de peine, de tristesse, de chagrin et de souffrance, que ses parents seraient tomber dans la déchéance totale et leur santé physique et morale se dégraderait.             Un de ses amis voisins était tellement choqué de l’assassinat de Larbi. Il n’en croyait pas ses oreilles quand il entendit la mauvaise nouvelle du meurtre se propager dans la matinée. Il avait l’air totalement décontenancé et estomaqué. Il s’adressa  à qui voulait l’entendre que la victime faisait partie de l’un de ses meilleurs amis du voisinage. Il disait que Larbi de son vivant comptait beaucoup plus pour lui et qu’il venait de perdre malheureusement un ami  affable et exquis qui incarnait la pudeur et la chasteté.             Au moment où le jardinier Omar commença à souffler tout bas à tous ceux qui s’approchèrent de lui que Bibi et Abbas étaient en train de comploter hier, le patron et sa femme, qui passaient la nuit au village, descendirent de leur voiture. Ils paraissaient tout indignés et tristes.             Pour camoufler sa complicité à part entière, Bibi accourut vers eux pour leur annoncer, avec l’aspect simulé d’un pleurnichard, que l’on avait tué Larbi dans sa chambre. Mais le patron ne lui accorda pas l’opportunité de continuer à parler de l’assassinat. Il dit que les autorités compétentes furent d’ores et déjà prévenues et que la justice est habilitée à traiter de l’affaire.              Le procureur du village, le médecin légiste, et le chef de brigade de la gendarmerie avec des éléments, accompagnés de chiens policiers et équipés du matériel adéquat, arrivèrent sur la scène du crime pour recueillir les premiers éléments et indices révélateurs conduisant à l’identification des assassins.            Une rubalise jaune et noire fut mise en place autour du lieu de crime pour délimiter l’accès de la zone. Les gendarmes  photographièrent tout, du général au particulier, des façades  de la maison des patrons et celles de la chambre où s’était déroulé le m******e jusqu’aux détails des plaies constatées sur le corps inanimé de la victime. Puis ils se mirent à traquer tous les indices. Ils fouillèrent les poubelles et les recoins situés aux alentours. Bien qu’il n’y eût aucun témoin oculaire potentiel, susceptible de faciliter le déroulement de l’enquête, ils interrogèrent à chaud tous les gardiens de nuit postés dans les différents carrés des jardins d’orangers.            Tandis que le médecin légiste, qui se livrait à un examen externe, était en train de constater si le corps était froid ou rigide pour déterminer l’heure du décès, les gendarmes  purent découvrir l’arme du crime là où Abbas l’avait perdue et qui portait réellement ses empreintes digitales.             Abbas, qui faisait semblant de marquer sa présence parmi les personnes indignées de l’assassinat, fut arrêté à l’aide des chiens et placé en garde à vue avant d’être déféré au parquet.             Tous les éléments de l’enquête l’ayant incriminé étaient concordants. Le jour de son procès devant le tribunal, il avoua  d’avoir tué Larbi en complicité avec Bibi. Il avait écopé d’une peine lourde et Bibi, le malicieux l’avait échappé belle. Il fut  acquitté faute de preuves suffisantes.               Larbi fut inhumé dans le cimetière local du Douar Doum. Depuis lors, sa famille endeuillée vivait dans la souffrance et la frustration absolue. Son frère aînée qui exerçait une activité de commerce dans les souks hebdomadaires de la région perdit la vue et devint complètement aveugle. Sa femme de secondes noces  l’avait quitté en lui laissnt un enfant qu’il avait élevé tant bien que mal. Ce garçon, qui a pu grandir et devenir adulte, malgré le malheur qui  frappa de plein fouet toute la famille, s’occupait bien de son père et le comblait de soins jusqu’à sa mort. La mère de Larbi avaient trois filles qui se chargeaient de s’occuper d’elle  jusqu’à  sa mort.                                       CHAPITRE VII               Quelques semaines après l’assassinat de Larbi, qui  avait défrayé la chronique, l’affaire fut gravée de façon indélébile dans le registre noir de la mémoire collective des habitants du Douar Doum.               Bibi, qui se la coulait douce tout seul, fut désigné le cuisinier personnel des patrons. Il  gagna leur estime dans un temps record et ils commencèrent à le considérer comme étant leur premier homme de confiance. Il réussit vite à gagner du terrain et à s’immiscer dans le déroulement des activités de la ferme. Il devint rapidement la personne la plus influente et habilitée à renseigner le propriétaire sur les tenants et les aboutissants des problèmes relatifs au fonctionnement et à la gestion de la ferme.               Il trouva facile et indispensable de mettre en place des rapporteurs qui le mettaient au courant en temps réel de tout ce qui a rapport avec le comportement des ouvriers et de leur famille. Il ne passait pas son temps à surveiller uniquement la maison de résidence des patrons. Mais il descendait constamment dans l’enceinte de la ferme avec l’idée de superviser les travaux journaliers et de s’entretenir avec les personnes importantes affectées aux différents services. Pour asseoir son influence sur tout le personnel, il commençait à intercéder en faveur des gens qui le vénéraient. Grace à son intervention auprès de son patron plusieurs personnes purent obtenir des droits de logements construits en dur pour les ouvriers permanents qui habitaient loin de la ferme. Pour le récompenser de sa fidélité trompeuse falsifiée, le propriétaire, qui se trompait sur sa duplicité et son hypocrisie, lui  avait offert une maison bien équipée à proximité du village où il avait vécu avec tous ses enfants. Il jouissait de beaucoup d’avantages en comparaison avec le reste des ouvriers, excepté certains autres qui profitaient mieux de leur position.               La ferme était dirigée par un gérant étranger, appelé Jodard, commis par le patron. Il avait à l’époque la quarantaine, ventru et haut de taille, généreux et charitable seulement quand il est saoul. Le reste du temps, il était d’un comportement dégradant et offensif. Impoli et grossier à l’égard des ouvriers, il était souvent de mauvaise humeur et surtout le matin.               Son visage arrondi était apparemment lisse et injecté de sang, ses cheveux, quand il ôtait son chapeau marron, apparaissaient touffus et tout roux. Il avait le front large avec des yeux larmoyants, le nez camus et les joues joufflues. Il portait plusieurs sortes de tenues. Il avait les épaules larges, les bras musclés et la démarche majestueuse. Il était marié et avait une fille et un garçon accueillants et exquis. Sa femme était elle aussi affable et avenante.                Jodard avait à son service Thami comme cuisinier. Il était de taille normale, la trentaine, souple et gracieux, généreux et aimable, visage lisse, le teint rose, souriant et yeux vifs et joues pommettes. Il était remarié, une seconde fois, avec une femme du patelin avec laquelle il avait des enfants.               Sa vie conjugale était durant un certain temps bien stable, mais elle fut éclaboussée par certains événements imprévisibles qui allaient l’ébranler et la mettre sens dessus dessous.               Jodard l’appréciait beaucoup pour son travail de cuisinier.  Parmi les ouvriers qui travaillaient aux côtés de Jodard, il existait un certain Mekki. Il avait la trentaine, taille moyenne, un peu corpulent et prompt, ni gros ni mince, qui avait un problème de toux sèche qui le prenait de façon régulière et intermittente. Il était analphabète, se montrait loyal et charitable, corvéable et obséquieux, hypocrite et arrogant, tartufe et imposteur. Il avait le visage lisse, de forme carrée, le teint blanc, beau avec un sourire jaune, histoire de faire bonne figure, tête tendu et coiffée d’un bonnet couvrant ses cheveux ras, les yeux étincelants et témoignaient d’un individu malicieux et  madré qui n’avait jamais le moindre scrupule pour séduire les femmes et les filles sur les quelles il jetait son dévolu.             Tous les habitants qui vivaient             .           .
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