Devant la grande université, une berline noire aux vitres teintées se gara dans un ronronnement discret mais assuré. Les étudiants s’écartèrent, impressionnés. Liliana leva la tête, plissa les yeux : “C’est donc ça, une voiture de riche...” pensa-t-elle, avant de se glisser à l’intérieur.
Sur la banquette en cuir, un jeune homme à la mâchoire fine, les cheveux parfaitement coiffés et le regard un peu trop sûr de lui, lui tendit la main :
— Daniel Cleve.
— Liliana… enfin, Lili.
Elle avait voulu paraître détachée, mais son cœur battait la chamade. Lui aussi semblait troublé, malgré son air de patron bien rodé.
Quelques minutes plus tard, la voiture s’arrêta devant un grand salon de beauté. Coiffeuses, maquilleuses et stylistes se jetèrent sur elle comme des abeilles sur une fleur rare.
— Cheveux lâchés, bruns, légèrement bouclés... peau dorée... regard profond... Mademoiselle, vous êtes un miracle ambulant, déclara la styliste, en lui tendant une robe corail fluide, ajustée à la taille et ouverte légèrement sur la jambe.
Quand Liliana sortit de la cabine, Daniel resta bouche bée.
Ses pensées s’entrechoquèrent : Si je l’avais croisée ailleurs… j’aurais sans doute cherché à la séduire… mais mon cœur appartient déjà à une autre…
— Alors ? demanda-t-elle avec un petit sourire.
— Euh... non, rien, vous êtes... enfin, ça ira très bien, balbutia-t-il, incapable de détourner les yeux.
Ils prirent ensuite la route du manoir Cleve, immense demeure blanche entourée de jardins taillés avec la précision d’un chirurgien. La grille s’ouvrit lentement, révélant une allée pavée menant à un escalier majestueux. Des colonnes d’un marbre immaculé encadraient la porte d’entrée, et un immense vitrail représentait un phénix doré, symbole de la famille.
À l’intérieur, tout respirait la richesse ancienne : tapis persans, portraits d’ancêtres au regard sévère, odeur de bois ciré et de thé chaud.
Gérard Cleve, costume trois pièces, regard d’aigle, était assis dans un large fauteuil de cuir. À ses côtés, sa femme Mélanie, élégante et douce, portait un tailleur crème et un collier de perles.
— Ah, Daniel ! dit Gérard en se levant. Et voici donc la jeune femme dont tu m’as parlé ?
— Oui, père. Voici Liliana, ma petite amie… et bientôt, ma fiancée.
Mélanie, ravie, fit signe à la serveuse d’apporter le thé.
Liliana, en vraie connaisseuse, huma le parfum du breuvage et s’exclama :
— Oh… du Long Jing pur ! Thé vert chinois… de très haute qualité. Il a une note de victoire, vous ne trouvez pas ?
Un léger silence suivit. Puis Gérard éclata de rire :
— Une note de victoire ! Voilà qui me plaît !
Daniel, lui, sourit, soulagé. Elle assure, pensa-t-il.
Mais Mariana, leur sœur, toujours prête à titiller son petit frère, lança :
— Tiens, Christian n’est pas là ?
— Encore en retard, je suppose, marmonna leur père.
Le dîner se déroula dans une ambiance presque paisible, jusqu’à ce que la porte du salon s’ouvre.
Christian entra, impeccable mais l’air fatigué.
— Ah, voilà le grand génie de la famille ! lança Gérard, un brin ironique.
— Pardon du retard, père. J’étais en rendez-vous.
Daniel se leva aussitôt, fier comme un paon :
— Puisque tu es là, laisse-moi te présenter ma fiancée, Liliana.
Christian leva la tête, prêt à saluer… puis resta figé.
— Lili… ?! dit-il, stupéfait.
Liliana, elle, força un sourire impeccable :
— Enchantée, monsieur Cleve.
Le silence qui suivit fut si dense qu’on aurait pu entendre tomber une perle de Mélanie sur le tapis.
Gérard, inconscient de la tension, leva son verre :
— Magnifique ! La famille s’agrandit. Bientôt des petits-fils, qui sait ?
Mariana étouffa un fou rire. Daniel leva les yeux au ciel. Christian, lui, détourna le regard, le cœur battant à tout rompre.
Le soir venu...
Gérard, d’humeur joviale, proposa d’un ton qu’il voulait paternel :
— Daniel, tu peux partager ta chambre avec ta fiancée cette nuit. Vous êtes fiancés, après tout !
— Père ! s’étrangla Daniel. Je la respecte trop pour ça.
— Et moi, j’ai cours très tôt demain, ajouta Liliana, un sourire forcé aux lèvres.
Après quelques échanges tendus, Gérard accepta qu’elle dorme dans la chambre d’amis.
Liliana s’y installa, vêtue d’une robe de nuit blanche en soie, légère comme un souffle, un peignoir assorti sur les épaules. L’endroit était somptueux : murs ivoire, rideaux en velours beige, une lampe dorée diffusant une lumière douce.
En sortant pour boire un verre d’eau, elle tomba nez à nez avec… Christian.
— Décidément, on aime les coïncidences, nous deux, dit-il, un demi-sourire au coin des lèvres.
Sans attendre il a tire dans sa chambre à coucher et ferme la porte sans la bloquer
— Je… j’avais soif, répondit-elle en baissant les yeux.
Il lui tendit un verre.
— Et maintenant ? Tu vas me dire ce que tu fais avec mon frère ?
— Je n’ai aucune explication à te donner. Ce qui s’est passé entre nous… n’était qu’une erreur.
— Une erreur ? répéta-t-il doucement, avec un éclat blessé dans les yeux. Tu mens mal, Lili.
Il s’approcha l'embrassa par force en la pressant contre le mur pour ne pas lui donner une chance de fuir, elle à la fois troublée et perdu résista de toutes ses forces mais finit par se laisser aller dans ce b****r qui lui faisait plus de bien que de mal, puis il s’arrêta juste à temps — la voix de Daniel retentit dans le couloir.
Pris de panique, Liliana se glissa sous le lit. Daniel entra brusquement :
— Encore une fille, Christian ? C’est une maison, pas un hôtel !
— Et toi, occupe-toi de ta vie sentimentale, Romeo, répliqua son frère en désignant la porte.
Daniel ressortit, agacé.
Quelques minutes plus tard, Liliana, tremblante, sortit de sa cachette. Christian lui lança un regard désolé.
— Tu n’as rien à craindre. Je ne dirai rien.
— Merci… mais j’espère que cette fois, on n’aura pas d’autres “coïncidences”.
Elle retourna dans sa chambre et s’endormit aussitôt, épuisée.
Christian, lui, resta éveillé longtemps, un sourire discret sur les lèvres.
“Lili…” murmura-t-il. “Quel drôle de destin…”