Liliana arrive à l’université pile à l’heure. Surprise : ce n’est pas le professeur d’hier qui la remarque mais un autre, souriant d’un air professionnel. Après les salutations, il se penche vers elle.
Professeur (complice) : Mademoiselle Wes, je suis désolé pour l’autre… Mais j’ai une proposition. Un ami à moi cherche une jeune femme pour un rôle — trois mois, très bien payé. Vous pourriez venir à l’audition ?
Elle secoue la tête, méfiante : elle n’a aucune expérience d’actrice.
Liliana : Je n’ai jamais fait ça… je ne sais même pas jouer une scène sans faire tomber le décor.
Professeur (persuasif) : Ce n’est pas du théâtre classique. C’est du “jeu” sur-mesure. Tu n’as rien à perdre à essayer.
Il lui tend une carte. Elle regarde le nom : secrétaire de Daniel Cleve. Sa respiration se serre un peu — le monde des Cleve lui paraît aussi lointain que des planètes.
Ils prennent rendez-vous dans un restaurant haut de gamme — le genre d’endroit où les nappes ont des ambitions.
Le secrétaire arrive, glacé et professionnel. Il parle peu mais sait où appuyer.
Secrétaire (posant la proposition comme un contrat commercial) : Mademoiselle, on vous propose un rôle très spécifique : prétendre être la petite amie de Monsieur Cleve pendant trois mois. Simuler une grossesse, organiser une fausse séparation, une fausse fausse-couche, puis une annulation des fiançailles. Tout cela pour contrôler une image publique. Le tout est payé : 20 millions (montant présenté comme non négociable). Je vous donne deux millions maintenant. Signerez-vous ?
Liliana recule : l’idée de jouer avec la vie des gens la dégoûte. Elle refuse d’abord, honnête et orgueilleuse.
Liliana : Je ne veux pas tromper des gens. Je ne fais pas ça.
Le secrétaire sort un dossier — discret mais lourd. Il sait tout d’elle : sa situation financière, le message du bailleur, la responsabilité familiale. Il n’élève pas la voix ; il n’a pas besoin.
Secrétaire (calme) : C’est ma dernière offre. Vingt millions. Sinon, je m’assurerai que vos candidatures soient réorientées ailleurs — portes fermées. Monsieur Cleve a beaucoup d’amis dans ce milieu. Pensez-y. Vous correspondez aux critères : étudiante brillante, travailleuse, belle, et surtout… forte. On ne veut pas quelqu’un qui craquera au premier tournant.
Humiliation. Colère. Faim. Peur. Elle regarde la carte deux millions déposés sur la table — assez pour respirer deux mois, peut-être trois, si elle cache les dépenses.
Liliana (après un silence où tout peut basculer) : Pourquoi moi ? Pourquoi m’avoir choisie ?
Secrétaire (sévère, presque paternel) : Parce que votre histoire convainc. Votre regard ne ment pas. Et puis, vous avez l’air de quelqu’un qui peut tenir une scène sans flancher.
Il lui tend un contrat. Les clauses sont précises, le ton est sans émotion. Il lève la main lorsque Liliana hésite.
Secrétaire : Si vous signez, on vous paie au fur et à mesure. Vous devrez rencontrer les parents. Vous devrez être prête à jouer le rôle jusqu’au bout. Et… si vous tentez quoi que ce soit — si vous cherchez à faire chanter, à fuir ou à parler — on ferme toutes les portes pour vous. Compris ?
Elle serre le stylo comme on saisit une bouée. L’humour, même ici, trouve sa place : le serveur passe avec un amuse-bouche, insistant pour savoir si elle veut du pain. Liliana sourit malgré elle — une pirouette pour ne pas pleurer.
Elle signe.
Il lui remet deux millions sur le compte et lui dit, sec :
Secrétaire : Demain, je viendrai vous chercher à l’université. Vous devez rencontrer la famille Cleve. Et… ne faites pas de faux pas. On attend la perfection.
En partant, il ajoute, presque en plaisantant mais pas tout à fait :
Secrétaire : Et si vous l’ennuyez, Mademoiselle… vous êtes mortes socialement.
Lili rit nerveusement, une tentative de comédie pour masquer la peur. Elle prend l’argent. Elle prend le contrat. Elle repart, un peu plus lourde — comme si un petit coffre-fort venait de s’installer dans sa poitrine.