CHAPITRE 1
ELIA
Je ne savais pas comment ma voiture était arrivée jusqu'à chez Cassidy en un seul morceau, mais moi, j'étais anéantie. J'avais beau me repasser la scène un million de fois dans ma tête, je ne comprenais rien. La seule chose que je retenais, c'était que Gus avait été faux avec moi depuis le début. Il ne m'avait jamais aimé même un peu. Je n'avais été qu'un pion pour je ne sais quel jeu tordu. Pourquoi avoir joué la comédie avec moi tout ce temps seulement pour parler à ma mère ? Et qu'est-ce qu'elle ne m'avait pas dit ? J'étais complètement perdue, et brisée. Oui, jamais je ne m'étais sentie aussi mal.
– Elia ?
C'était Ian qui m'ouvrait la porte. J'avais tellement la vue brouillée que je n'arrivais pas à voir clairement son visage. J'en venais à me demander ce que je faisais ici. Je n'avais envie de voir personne. Je ne voulais qu'une chose : me réveiller de ce cauchemar.
– Euh, salut... Dis-je, la voix tremblante d'émotions.
– Rentre, viens.
Je sentais sa main m'encercler le poignet avant qu'il ne me tire à l'intérieur. Je le suivais difficilement alors que j'entendais Cassidy demander qui c'était au loin. Elle était sûrement aux toilettes.
– Elia ?
Elle venait justement d'apparaître dans le couloir à ma droite. Je n'avais pas le temps de me tourner qu'elle me prenait déjà dans ses bras. C'en était trop pour moi, je fondais en larmes contre son épaule. Je sentais sa main me caresser le dos alors que j'étais incapable d'ouvrir les yeux plus d'une seconde. Je me sentais trahie et humiliée et surtout, j'avais le cœur brisé en mille morceaux.
– Je vous laisse, euh... j'entendais Ian derrière moi.
Je sentais Cassidy bouger les bras, sûrement pour communiquer avec Ian. J'appréciais vraiment qu'elle ne me pose pas de questions, même si je savais que j'allais avoir droit à un interrogatoire approfondi d'ici quelques minutes. Le pire, c'était que je ne savais même pas ce que j'allais lui dire. Je ne comprenais vraiment rien à ce qui était en train de m'arriver. Tout ce que je savais, c'était que j'étais maintenant seule.
***
– Tiens, tu es gelée.
J'attrapais le plaid que Cassidy me tendait. J'avais tellement froid que mes dents ne faisaient que claquer entre elles. C'était bizarre, puisqu'il devait faire au moins trente degrés. Elle me tendait aussi le paquet de mouchoirs pour la vingtième fois depuis tout à l'heure même si mes larmes avaient enfin arrêté de couler.
– Merci.
Je ne savais pas combien de temps j'avais pleuré dans ses bras, mais j'avais quand même eu le temps de tremper presque entièrement son T-shirt.
– Je suis désole. Dis-je d'une voix enrouée.
– Pour ? Elle me disait en s'asseyant en face de moi sur le canapé.
– Pour ton T-shirt.
Elle baissait les yeux sur le vêtement en question avant de hausser les épaules.
– Ian ! Criait-elle alors à travers le salon. Tu peux me ramener un haut ?
– Tout de suite ! J'entendais crier à l'étage.
Je souriais faiblement avant d'essuyer mes joues sèchent. Ça faisait du bien de ne plus pleurer, même si je savais que ça n'allait pas tarder à recommencer. Ian arrivait sur la dernière marche et je baissais les yeux pendant qu'il déposait un pull à capuche sur le dossier du canapé.
– Merci chéri.
– Si vous avez besoin, je suis dans la salle de muscu.
Il disparaissait de nouveau dans les escaliers et je levais les yeux vers Cassidy qui retirait son T-shirt.
– Waouh, c'est vrai que tu aurais pu remplir un lac.
J'éclatais de rire avant d'avaler ma salive. Je me sentais tellement bizarre. J'avais envie de hurler et de pleurer en même temps.
– Regarde ça.
Elle posait ses mains sur son bidou qui devenait de plus en plus gros. Ces derniers jours, elle avait pris beaucoup de ventre. Ça lui allait vraiment bien. Elle était radieuse. J'aimerais tellement être aussi heureuse qu'elle dans ma vie.
– Il grandit vite. Dis-je d'une petite voix.
– Oh, oui. D'ici quelques jours, je vais définitivement ressembler à une baleine.
– T'es bête. Dis-je en rigolant.
– Sans parler de mes seins qui ne font que grossir. Comme s'ils n'étaient pas déjà assez gros. Disait-elle avant de les presser entre ses mains.
Cette fille ne s'arrêtera jamais de me faire rire. Elle était intenable. Je l'adorais tellement. Je n'aurais pas choisit un autre endroit où me réfugier. De toute façon, je n'avais nulle part où aller à part ici.
– Bon, ma chérie, qu'est-ce qui se passe ? Me disait-elle en enfilant son pull trois fois trop grand.
Je prenais une grande inspiration avant de baisser les yeux sur mes mains tremblantes. On passait aux choses sérieuses, et je n'étais pas prête à dire tout ce qui s'était passé.
– Il s'est foutu de moi. Dis-je en serrant les dents pour ne pas craquer.
– Augustino ?
– Oui.
Ma jambe se mettait à bouger machinalement. Le plaid qu'elle m'avait donné quelques secondes plus tôt me tenait déjà trop chaud. Il fallait que je me calme.
– Vous vous êtes disputés ?
– Je me suis rendu chez lui comme tu me l'avais dit et il n'était pas là, alors je suis rentrée...
Je me refaisais le film dans ma tête, cherchant un indice qui me prouverait que ce n'était pas vraiment fini, que Gus ne m'avait pas quitté de la plus ignoble des manières, mais je ne trouvais rien. Je ne voyais que son visage fermé et n'entendais que sa voix dénuée de toute émotion.
– Il était chez moi et j'ai...
– Il était chez toi ? Elle répétait, surprise.
– Oui, avec son père. Apparemment, ma mère et lui se connaissent.
– Quoi ? Attends, son père était là aussi ? Il habite ici ?
– Non, je criais presque. Il est venu du Mexique. Ma mère et lui viennent de la même ville.
– Et ça, tu le savais ?
– Non. Dis-je en secouant la tête.
Je prenais une grande inspiration avant de reculer contre le dossier du canapé. Je sentais le regard de Cassidy sur moi alors que j'essuyais mes mains sur mes cuisses.
– Gus m'a dit que s'il m'avait séduite, c'était pour s'approcher de ma mère. Apparemment, ils ont besoin d'elle.
J'aspirais ma lèvre inférieure entre mes dents. Je sentais que mes larmes n'allaient pas tarder à remonter, et je ne voulais plus pleurer. Je détestais être aussi faible.
– Quoi ? Je n'y comprends rien.
– Je ne comprends rien non plus. Tout ce que je sais, c'est qu'il s'est foutu de moi et qu'il va rentrer au Mexique.
Mes larmes commençaient à me brouiller la vue. Je m'empressais d'essuyer mes yeux qui refusaient de retenir mes larmes.
– Mais attends, c'est un grand malade ! Tu es en train de me dire qu'il est sorti avec toi tout ce temps seulement pour parler à ta mère ? Mais pour quelle raison ?
– Je n'en sais rien. Il m'a dit qu'il faudrait que je lui parle, mais je ne retournerais pas chez moi. Elle me ment depuis qu'elle a croisée Gus avant qu'on parte pour ton mariage.
– Et tu sais pourquoi elle te ment ? Qu'est-ce qu'elle ne t'a pas dit ?
Je haussais les épaules, sentant ma gorge se serrer. Mon cœur ne s'était toujours pas calmé, il était aussi affolé que moi.
– Je peux t'emprunter tes toilettes ?
– Bien sûr, va te rafraîchir. Me disait-elle d'une voix douce.
Je me levais difficilement du canapé. Un vertige me faisait presque basculer sur le côté. Le temps que j'arrive jusqu'aux toilettes, une envie de vomir me saisissait les tripes. Je me dépêchais d'ouvrir la porte et de m'agenouiller pour expulser mon déjeuner dans la cuvette des toilettes. Je me dépêchais d'appuyer sur la chasse d'eau avant de m'asseoir par terre. Cette fois, impossible de retenir mes larmes. J'étais tellement à bout que j'avais même du mal à reprendre mon souffle. Calme-toi, calme-toi !
– Elia, ça va ?
J'entendais Cassidy marcher dans le couloir.
– Oui.
Je levais la tête en voyant ses pieds apparaître sur le carrelage foncé. Elle s'agenouillait aussitôt pour me prendre dans ses bras.
– Je suis désolé. Je pleurais dans son oreille.
– Mais ne t'excuse pas. C'est un gros fils de p**e et je te jure que si je le revois, je lui coupe les couilles.
Elle arrivait à m'arracher un rire.
Heureusement qu'elle était toujours là pour moi. C'était une vraie amie et je ne savais pas ce que je ferais sans elle.
***
Le lendemain, je me réveillais avec un énorme mal de crâne. Je n'avais presque pas dormi. J'avais tellement pleuré que j'avais été obligée de tourner mon coussin dans tous les sens pour ne pas dormir sur le tissu trempé à cause de mes larmes. Heureusement que je n'avais plus de forces pour pleurer.
Je me relevais en poussant un grognement qui me faisait mal à la gorge. J'étais sûr que je n'avais plus de voix tellement ma trachée me brûlait. Je sentais que cette journée de travail allait être la pire de toute ma vie, et il fallait encore que je tienne jusqu'à vendredi soir. C'était couru d'avance. Mon envie d'appeler Christian pour prendre des jours de congé était à son maximum. Je n'avais aucune envie de sortir dehors pour aboyer sur tout le monde.
– Elia ? J'entendais alors que je me levais sur le parquet chaud de la chambre.
– Oui ?
Je portais immédiatement une main sur mon cou pour frotter ma peau. C'était horrible comment ma gorge me brûlait.
– Je voulais être sûr que t'étais réveillée. Je descends. Prends une douche si tu veux, ça te fera du bien.
– Oui, merci.
C'était à ce moment-là que je percutais. Je n'avais aucun habit à part ceux que j'avais porté hier. Mon cœur commençait à s'emballer alors que je cherchais une solution en regardant mes pieds. A part demander à Cassidy de me prêter des vêtements, je ne voyais rien du tout. Il était hors de question que je repasse chez moi. Je ne voulais pas risquer de retomber sur ma mère. D'ailleurs, qu'est-ce qui s'était passé hier soir, quand j'étais partis ? Est-ce qu'ils étaient partis tout de suite après ? Est-ce qu'ils étaient déjà repartis au Mexique ? Si seulement je pouvais le savoir. Je ne pouvais pas croire que notre relation – qui n'en était pas une – se termine comme ça. J'avais besoin d'explications, mais il était hors de question que je fasse quoi que ce soit. En plus, je n'avais aucune nouvelle de sa part depuis qu'il m'avait jetée comme une merde.
Je prenais une grande inspiration en sentant mes yeux s'humidifier. Sois forte, sois forte. Je marchais maladroitement sur le parquet pour sortir de la chambre. Je ne portais qu'un mini short que Cassidy m'avait prêté et un débardeur fin.
– Salut. Me disait Cass' quand j'entrais dans la cuisine. Tu as réussi à dormir ?
Elle était en train de préparer le café, et je ne serais pas contre trois bonnes tasses pour essayer de me motiver, même si c'était couru d'avance.
– Mouais. Dis-je en haussant les épaules.
– Wow, ta voix. Me disait-elle en grimaçant.
Je soupirais avant de prendre ma tête entre mes mains.
– J'essayerai de ne pas trop te faire parler aujourd'hui. Me disait-elle en posant justement une tasse devant moi.
Je m'asseyais sur un tabouret haut avant de prendre la tasse fumante entre mes doits.
– Merci. Et... merci pour hier soir.
– Je t'ai déjà dit d'arrêter de me remercier. Je suis ton amie, Elia. Et je vais t'aider à oublier ce connard.
Oublier ce connard. Cette phrase me faisait frissonner. Il était hors de question qu'on aille sur ce terrain là de bon matin. Il fallait absolument qu'on parle d'autre chose ou j'allais me remettre à pleurer.
– Est-ce que tu crois que tu pourrais me prêter des vêtements pour aujourd'hui ?
– Mais oui, je t'en ai déjà sortis. Prends-les sur le canapé.
Je me tournais et découvrais un jean plié avec un chemisier noir.
– D'ailleurs, tu pourras garder le jean. Je ne rentre plus dedans depuis longtemps. Me disait-elle en grimaçant.
– Ah oui ?
– Oui, et je risque encore moins de rentrer dedans maintenant.
Elle me montrait son ventre bien visible dans son haut moulant et je haussais les épaules. Ces vêtements allaient parfaitement faire l'affaire. De toute façon, je n'avais aucune envie de faire des efforts sur mon apparence aujourd'hui. Je savais déjà que je n'allais faire que me cacher dans les toilettes pour pleurer sur mon sort.