***FAMEUX MAX***
—Alors, RamCess, tu as tout enregistré ? Lui demandai-je une fois que nous étions arrivés chez moi.
—Ouais, ouais ne t'en fais pas, répliqua-t-elle d'un ton nonchalant.
Elle sortit son téléphone et appuya sur le bouton play du Dictaphone. J'entendis alors la voix d'Amina et la mienne.
Eh bien, j'avais fait croire à Amina que Rama était partie, mais en réalité, elle se cachait derrière le bâtiment, enregistrant toute notre conversation, comme je lui avais demandé.
—Maintenant, qu'est-ce que tu comptes faire avec ça ? Après tout, elle est censée être ton amie, non ? Me questionna-t-elle d'un air curieux.
Je me mis à rire brièvement avant d'avaler d'un trait mon verre d'alcool.
—'Xarit deum la boula diéko dalay thiop (Je n'ai pas d'amis, juste des connaissances). Et la preuve est là, juste devant tes yeux, lui répondis-je en pointant du doigt son téléphone, faisant référence à l'enregistrement. Grâce à cet enregistrement, je vais la faire chanter pour obtenir sa part des bijoux.
Elle sourit en secouant la tête.
—Tu me fais bien rire. À première vue, on dirait que tu as peur d'elle, et pourtant tu parles déjà de mettre la main sur ses bijoux. Tout à l'heure, elle ne t'a dit qu'un mot et hop ! Tu lui as rendu le sac, ajouta-t-elle en riant.
—Arrête de dire n'importe quoi ! Tu sais très bien que je suis loin d'être un trouillard. Je ne voulais simplement pas qu'elle se doute de quelque chose, répliquai-je d'un ton hautain.
—Ouais, c'est ça. Bon, il est temps de passer à la livraison, annonça-t-elle.
Elle tendit sa main, me demandant ainsi de lui remettre la marchandise. Je saisis mon sac et le lui donnai. Elle le cacha habilement dans sa mini sacoche, qu'elle attacha à sa hanche.
Puis, elle se leva et me devança. Je ne pus m'empêcher d'admirer sa démarche à la Kim Kardashian, surtout ses fesses rondes qui se balançaient avec une grâce exceptionnelle.
« Niaff !? » M'extasiais-je derrière elle.
Elle n'était pas l'égale de cette gamine d'Amina, chétive comme pas possible, n'ayant plus d'os sous ses vêtements que de la chair.
*****^*****
*Une semaine plus tard...*
***SOKHNA DIARRA TAVARÉZ***
La tension était palpable dans la salle d'audience, où chaque murmure semblait résonner avec le poids de la vérité à venir. Maître Fall, l'avocat de la partie adverse, se tenait debout, scrutant ma cliente avec une intensité qui frôlait l'intimidation.
—Mme Niane, pouvez-vous affirmer devant cette cour que c'est sur les conseils de votre mère que vous avez agi de la sorte ? Interrogea-t-il, sa voix résonnant dans le silence soudain.
Je me levai d'un bond, l'indignation colorant mes mots d'une teinte de fermeté.
—Objection, votre honneur ! M'exclamai-je, ma voix tranchant l'air comme un éclat de vérité. La partie adverse outrepasse les limites en persécutant ma cliente sur un sujet qui n'a aucune pertinence avec l'affaire présente.
Le juge, un homme d'âge mûr aux yeux perçants, hocha la tête avec gravité.
—Objection accordée. Maître Fall, je vous prie de vous en tenir strictement à l'objet du dossier, répliqua-t-il d'une voix qui ne souffrait aucune réplique.
Maître Fall acquiesça, un sourire contrit effleurant ses lèvres.
—Je comprends, M. le juge. Mes questions ici se terminent, conclut-il, non sans lancer un dernier regard appuyé vers ma cliente.
Le juge se tourna alors vers moi, son regard empreint d'une neutralité professionnelle.
—Très bien. Maître TAVARÉZ, la parole est à vous pour la défense de Mme Niane, annonça-t-il.
Je pris une profonde inspiration, rassemblant mes pensées avant de m'avancer. Devant l'assemblée attentive, je pris la parole avec une assurance inébranlable.
—Bonjour, M. le juge, Mesdames et Messieurs les jurés, M. le procureur. Avant de procéder à l'interrogatoire de ma cliente, je souhaiterais convoquer à la barre un témoin crucial : M. Daouda Niane, l'époux de Binetou Niane, déclarai-je, mon regard balayant l'auditoire.
Le juge acquiesça solennellement, et l'homme en question, un individu à l'allure austère, se leva lentement pour se diriger vers la barre des témoins.
—M. Daouda Niane, est-il vrai que vous avez surpris votre épouse en flagrant délit d'adultère sur le lit conjugal avec votre voisin ? Demandai-je, ma voix claire et posée contrastant avec la tension ambiante.
—Je l'ai affirmé à plusieurs reprises. Ils entretenaient une liaison, et ce n'était pas la première fois que je les surprenais en plein acte, répondit-il, sa voix chargée d'une amertume palpable.
—Et pouvez-vous nous préciser l'heure de cette supposée découverte ? Insistai-je, mon regard ne quittant pas le sien.
—Entre 22h et 23h, lâcha-t-il, son assurance semblant vaciller sous mon interrogation.
—Êtes-vous en train de supposer, ou pouvez-vous attester de la véracité de cette affirmation ? Poursuivis-je, ma question pénétrante comme une flèche.
—J'en suis certain, rétorqua-t-il, tentant de retrouver une contenance.
—Pourtant, j'ai ici les preuves irréfutables que votre épouse s'est endormie seule ce soir-là. Votre voisin n'était pas présent dans la chambre, à l'exception de votre fils de quatre ans, révélai-je, feuillets à l'appui.
Il ouvrit la bouche pour répliquer, mais je levai la main, le réduisant au silence.
—Je n'ai pas encore terminé, M. Niane. Depuis combien de temps êtes-vous rentré de votre voyage ? Demandai-je, ma voix trahissant une pointe de défi.
Il hésita, son regard fuyant le mien avant de finalement se fixer avec détermination.
—Il y a exactement deux semaines, avoua-t-il, sa voix ébranlée par l'évidence de son mensonge.
—Quel culot ! M. le juge, cet homme nous berne de ses mensonges. Il n'a jamais quitté Dakar, et je l'ai délibérément piégé avec ma question. Les rapports que j'ai en main démontrent clairement la supercherie. Alors, M. Niane, cessez vos tromperies et dites-nous la vérité : pourquoi avez-vous feint un voyage à Paris ? Pourquoi avez-vous choisi de vous terrer chez un proche, laissant tous les autres dans l'ignorance de vos agissements ?
Maître Fall tenta d'intervenir, mais fut rapidement interrompu par le juge.
—Objection rejetée. Continuez, Maître TAVARÉZ, trancha le juge.
Je me tournai à nouveau vers M. Niane, attendant sa réponse avec une patience calculée.
—Je reconnais avoir simulé mon départ pour Paris. La raison en est simple : je voulais m'assurer que les rumeurs concernant l'infidélité de ma femme étaient fondées, et ce, à partir des photos et vidéos compromettantes qui m'avaient été envoyées, avoua-t-il, la résignation teintant ses mots.
—Ainsi, vous admettez que vous n'étiez pas certain des accusations portées contre votre épouse ? Demandai-je, ma question résonnant comme le coup de grâce.
—Initialement, non. Mais ensuite... commença-t-il, avant d'être interrompu par ma réplique cinglante.
—C'est tout ce que je souhaitais clarifier. M. le Juge, vous avez entendu les aveux de cet homme. Il nous égare avec des allégations incertaines et des preuves douteuses. 'Da mélni rék ay léb ak lépone' – il ne fait que nous bercer avec des propos mensongers. Et que dire de ces 'photos et vidéos' qu'il prétend avoir reçues ? M. Niane, pouvez-vous identifier l'expéditeur de ces éléments compromettants ? Demandai-je, mes doigts formant des guillemets dans les airs pour souligner l'absurdité de ses dires.
—Elles m'ont été envoyées de manière anonyme... balbutia-t-il, sa crédibilité s'effritant comme du sable entre ses doigts.
—Anonymat ? Permettez-moi de douter de la fiabilité de ces preuves. À l'ère de la technologie avancée, n'importe qui peut fabriquer un montage vidéo ou photo, rétorquai-je, ma voix empreinte de scepticisme.
—Ce n'est pas un montage ! J'ai reconnu sa voix, leurs visages... tenta-t-il de se défendre, désespéré.
—CE N'EST PAS VRAI ! S'écria soudain ma cliente, se levant avec une émotion brute. Ça fait des mois qu'il ne m'approche plus. Je ne le vois même plus dans la maison. S'il vient, c'est uniquement pour me soutirer de l'argent, et si je refuse... il devient v*****t, même envers les enfants. Il n'a aucun cœur... je suis à bout...
Un silence lourd s'abattit sur la salle, seulement troublé par ses sanglots et les murmures compatissants de ses proches.
—Vous avez entendu cette déclaration poignante. Comment un homme peut-il se montrer aussi cruel envers sa propre épouse et ses enfants ? Interrogeai-je, ma voix portant le poids de l'injustice.
Maître Fall, décontenancé, tenta une dernière fois de prendre la parole sans l'aval du juge.
—Pourquoi n'a-t-elle pas alors demandé le divorce plus tôt ? Pourquoi a-t-elle attendu jusqu'à présent pour se présenter devant nous et faire semblant d'être innocente, plutôt que de dénoncer les actes abjects de son mari comme vous l'avez dit ? Lança-t-il avec une pointe d'accusation dans la voix.
Je lui répondis avec une sérénité calculée, mon regard plongé dans le sien, dévoilant la force de ma conviction.
—Même si nous avons tous le choix de revenir sur nos décisions, nous devons comprendre que chaque personne a sa propre raison de rester ou de partir d'une relation. Les motivations de Mme Niane ne devraient pas être remises en question, Me Fall.
Les murmures des femmes dans la salle montèrent en crescendo, créant un bruit assourdissant qui reflétait leur désaccord avec les insinuations de l'avocat.
—Silence dans la salle ! Tonna le juge, son marteau frappant le pupitre avec autorité.
Je repris la parole, ma voix portant la vérité de milliers de femmes à travers le pays.
—Maître Fall, ici au Sénégal, nos traditions encouragent souvent les femmes à endurer, à rester stoïques face aux épreuves du foyer. On nous enseigne que, une fois mariées, nous devons obéir à notre mari, comme s'il était notre gardien, notre frère. Mais à quel prix ? Ces attentes archaïques ne justifient pas les abus. Dans notre pays, les lois protègent chaque individu, et aucun homme n'a le droit de lever la main sur une femme ou sur des enfants innocents. Ce n'est pas la première fois que Mme Niane subit de tels traitements, mais cette fois-ci, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase.
Je me tournai vers le jury, ma voix s'élevant pour atteindre chaque cœur et chaque esprit dans la salle.
—Je vous pose donc la question, M. le juge. Qui est réellement sur le banc des accusés aujourd'hui ? Une femme qui a été abandonnée, isolée, et maltraitée, mais qui reste néanmoins une battante, une courageuse, une mère dévouée ? Comment pouvons-nous tolérer que cet homme, qui a eu la chance d'avoir une telle épouse, la traîne devant nos tribunaux sur la base d'une accusation de tromperie sans fondement, qui n'est qu'un prétexte pour lui ? Mesdames et messieurs les jurés, la maltraitance infantile est un fléau grave. Et pourtant, cet homme, méprisable et manipulateur, n'en a cure. Pour lui, l'éducation se résume à des coups, pas à des mots tendres. Oui, vous avez le droit d'être interloqués, choqués, horrifiés. Cette femme méritante élève seule ses trois petits garçons, je dis bien seule. Ils ont un père, certes, mais un père qui ne se soucie guère de ses enfants, qui ignore même leur âge.
Je fis une pause, laissant mes mots imprégner l'atmosphère de la salle.
—Un homme qui pense que les femmes au foyer ne font "rien de leurs journées", qui délaisse ses enfants le week-end, qui considère que donner de l'amour à ses fils est une corvée, n'est pas un père. C'est un homme qui a laissé sa femme se débattre seule pour élever trois garçons pleins de vie. Un homme qui, par un concours de circonstances, a conduit ces enfants aux urgences un soir, parce qu'il les avait battus sans pitié. Je me demande s'il comprend ce que signifie être père, ou même époux d'une jeune femme de 27 ans.
Je fixai le jury, mon regard implorant leur empathie et leur justice.
—Cette femme a fait de son mieux pour sa famille. Elle a travaillé dur pour élever ses enfants et les aider à grandir, malgré les difficultés. Elle a été courageuse face à la violence de son mari, mais elle a finalement dû chercher refuge dans la justice pour mettre fin à son calvaire. Je demande donc que cet homme soit condamné à une lourde peine, pour coups et blessures, pour maltraitance envers sa femme et ses enfants, et pour ses mensonges éhontés. Je vous remercie.
Je retournai m'asseoir auprès de ma cliente, dont les bleus et les blessures camouflés derrière ses vêtements témoignaient de son épreuve. En la voyant ainsi, ma colère s'intensifia, et je sentis une haine viscérale monter en moi, une haine contre l'injustice et la cruauté qu'elle avait endurées.
(....)
Quelques minutes plus tard, le silence de la salle d'audience fut rompu par le retour solennel des membres du jury, accompagnés du procureur. Tous les regards étaient tournés vers eux, anticipant le verdict final.
—Après délibération, et au vu des nombreux témoignages et des preuves irréfutables présentées par la défense, le jury a pris sa décision. Mr Niane est condamné à deux ans de prison ferme avec travaux forcés, et devra verser une amende de cinq millions à Madame Niane, à ses enfants et à son voisin mis dans un sacré état . L'audience est levée, déclara le juge.
Le coup de marteau retentit, marquant la fin de cette épreuve. Un soupir de soulagement s'échappa de ma poitrine.
« Un malfaisant de moins en liberté ! »
—Maître Tavarez, m'interpella une voix féminine alors que je rassemblais mes affaires.
Je me retournai pour faire face à l'Ex-Madame Niane.
—Je tenais à vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour moi et mes enfants. Du fond du cœur, merci, dit-elle, les larmes aux yeux.
—S'il vous plaît, mademoiselle Mbow, ne pleurez pas car oui vous n'êtes plus Madame Niane. J'ai simplement accompli mon devoir. Sans votre courage, nous n'aurions pas pu y arriver. Nous devons célébrer cette victoire ensemble, répondis-je avec un sourire réconfortant. Et souvenez-vous, si vous ou l'un de vos proches êtes confrontés à une situation similaire, n'hésitez pas à me consulter avant que les choses ne s'enveniment. Il est temps de briser le silence face à un homme qui ne mérite pas votre souffrance. Un homme qui se permet de frapper ne s'arrêtera pas tant que vous ne serez pas hors de portée.
—Vous avez raison, je m'en souviendrai, insha'Allah. Merci encore pour tout, dit-elle en essuyant ses larmes.
Alors que je m'apprêtais à lui répondre, une voix masculine m'interrompit.
—Maître Tavaréz !
Je me retournai pour voir Maître Fall s'approcher avec une démarche déterminée.
—Excusez-moi un instant, dis-je à Mademoiselle Mbow avant de me tourner vers lui. Oui, Maître Fall ?
—Non, appelez-moi Papis. Vous avez été une adversaire redoutable, dit-il avec un sourire conciliant.
—Et cela vous a surpris ? Ou peut-être n'attendiez-vous pas une telle issue ? Répliquai-je, un brin provocatrice.
—Je dois admettre que vous m'avez impressionné. Je ne pensais pas qu'une avocate aussi jeune et novice que vous puisse remporter cette affaire. Mais vous m'avez prouvé le contraire, me dit-il, me scrutant de la tête aux pieds. Vous m'avez vraiment bluffé.
Je lui offris un sourire mesuré avant de rétorquer avec confiance :
—Vous savez, Papis, les apparences sont souvent trompeuses et la vie regorge de surprises. J'ai étudié le droit avec assiduité et je maîtrise mon métier, ce qui me permet de tenir tête à n'importe quel adversaire.
Je m'éloignai, prête à partir, mais me ravisai et me retournai vers lui.
—Et pour la prochaine fois, Maître Fall, assurez-vous de bien connaître votre dossier avant de plaider. Choisissez de défendre une cause juste, pas un homme indigne. À bientôt, peut-être, concluais-je en lui adressant un signe d'adieu.
Je quittai le tribunal, la tête haute, et montai dans ma voiture.
Al-hamdoulilah, après une semaine de labeur intense, j'avais remporté une nouvelle victoire.
Il était temps de me consacrer à d'autres affaires, notamment celle de Yama, pour l'aider à retrouver le droit chemin.
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À suivre....