36 - L’usurier de Rioz

262 Words
36 L’usurier de Rioz (Rioz) Vers la fin du XIIeme siècle, un riche usurier, nommé, ou plutôt surnommé, Écorche-Pou, mourut à Rioz. Il s’était engraissé toute sa vie en tirant profit de la misère des pauvres, et les gens du pays le croyaient presque aussi riche que le banquier Sanathiel de Besançon, qui fut un jour enlevé par le diable dans sa boutique. À l’âge de quatre-vingt-dix ans, auquel il parvint, il se confessa in extremis et le prêtre qui l’entendit lui donna l’absolution et les derniers sacrements. À peine l’eût-on communié qu’il rendit le dernier soupire. Il fut enterré dans la chapelle de l’abbaye de Bellevaux, où il avait choisi et acheté sa sépulture. On dit que l’inhumation de cet usurier dans un sanctuaire si vénéré fut un sujet de scandale dans toute la contrée ; aussi, raconta-t-on longtemps qu’environ la minuit d’après, deux hommes horribles de figure frappèrent à la porte du père gardien et le firent venir avec un ciboire à la main au droit de la fosse, où l’un d’eux ayant déterré le mort et donné de son poing au derrière de sa tête, il lui fit rendre la sainte hostie dans le ciboire, puis tous deux, à la vue de ce pauvre religieux bien ébahi, enlevèrent le corps et l’emportèrent par une fenêtre de la chapelle pour le brûler avec son âme dans l’enfer. Ce récit populaire reflète merveilleusement la sévérité des lois de l’église catholique à l’égard des usuriers. On sait, en effet, qu’ils furent condamnés par les lois ecclésiastiques, 1° à l’infamie, 2° à être privés de la communion comme excommuniés, 3° à être rejetés des confessionnaux sans absolution, 4° leurs offrandes déclarées exécrables, 5° et leur corps indignes d’être inhumés en terre sainte.
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