7 - Le château de Quincey

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7 Le château de Quincey (Vesoul) Le château de Quincey, situé à une petite heure de Vesoul, appartenait avant la révolution au sieur de Mesmay, conseiller au parlement de Besançon. Pendant la nuit du 19 au 20 juillet 1789, alors qu’un certain nombre de soldats et de citoyens de Vesoul et des villages voisins se trouvaient réunis dans ce château, où on leur avait servi à boire et à manger, en l’absence du sieur de Mesmay, un baril de poudre de mine qui se trouvait dans une dépendance du château étant venu à éclater, par l’effet d’une imprudence, il y eut quatre soldats de tués avec six bourgeois et un certain nombre de blessés. À l’instant on cria à la trahison et le peuple mit le feu au château, dont l’embrasement dura depuis une heure jusqu’à neuf heures du matin. Cet évènement, tout accidentel, produisit le plus fâcheux effet sur les esprits ; il fut dénoncé comme un crime atroce à l’Assemblée constituante, et y excita, ainsi que dans la France entière, une immense indignation. Des poursuites contre le sieur de Mesmay furent décrétées par l’assemblée dans sa séance du 24 juillet. C’est en vain que son innocence a été reconnue par la justice. Le peuple qui, dans l’aveuglement de sa colère, est toujours disposé à voir un coupable dans un accusé, n’a pu être détrompé jusqu’à ce jour. Il faut l’entendre dans les récits variés qu’il fait de cet évènement. En vain la vérité historique a été établie sur l’incendie du château de Quincey, le populaire redira toujours que le sieur de Mesmay avait invité dans son château de Quincey la garnison et les bourgeois du pays ; qu’ils s’y rendirent en grand nombre et que pendant qu’ils s’abandonnaient à la joie, ce seigneur farouche fit sauter son château avec tout ce qui se trouvait dedans, au moyen de tonneaux de poudre dont il avait rempli ses caves : de sorte qu’après l’explosion, on voyait épars de tous côtés des pieds, des mains et des cadavres tout brûlés. La tradition s’enrichira en ajoutant que les survivants ont vengé les morts en brûlant tous les bâtiments du château qui avaient échappé à l’explosion. Quant à l’innocent propriétaire qui, en cette circonstance, éprouva une perte de près d’un million, on persistera à affirmer qu’il était coupable et qu’il est demeuré impuni, grâce à la complicité du gouvernement de Louis XVI. De semblables récits, appartenant plus à la fable qu’à la vérité, doivent figurer dans notre recueil, où ils ne sont point posés comme des faits historiques incontestables, mais bien comme exemples de la manière dont les évènements se transforment quand du domaine de l’histoire, ils tombent dans celui des traditions populaires.
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