C'est ainsi qu'elle laissa ses deux précieux amis à bord, suivant la Louve qui ne tenait plus en place. Même si tous ses souvenirs de son enfance n'étaient sans doute pas bons, Niga semblait sur un nuage plein de nostalgie. Bien qu'elle avait expliqué à Saria que son passage au capital fut très bref, elle regardait dans tous les sens, remettant ses souvenirs à jour.
Elle s'agitait à la manière dont l'avait fait Christila il y a fort longtemps. La chaleur n'aidait pas à ne pas associer ces deux souvenirs, aussi Saria les chassa vite. Ce n'était pas le moment de se morfondre...
La chaleur de Ouestia était éreintante à bien des niveaux. Si dans le Sud, le temps était chaud, mais apaisant, la ville balayée par une brise fraiche, offrant une multitude de refuges parmi les immenses arbres, c'était tout le contraire ici ! L'air était ignoblement lourd et les bâtiments étaient bien trop petits pour offrir une oasis d'ombre. Même si Niga lui répétait que les températures étaient pareilles ou presque dans l'une ou l'autre région, Saria ne pouvait dignement y croire, il était clairement impossible de marché pied nu ici...
En plus de la chaleur, l'horrible pauvreté de la région agressait sa morale. Si Saria avait pu apercevoir tout cela de loin lorsqu'ils longeaient les côtés, elle avait bien du mal à ignorer les regards avides et désespérer des personnes vivant par ici. Il était sans aucun doute facile pour elle de les percevoir comme malheureux sans les connaitre, mais il était clair que tous ces gens ne pouvaient dignement pas manger a leur faim. Il n'y avait pas d'enfant qui courait joyeusement dans les rues, non tous ceux qu'elle croisait baissaient les yeux, le regard tourmentait par des questions qu'ils n'étaient pas en âge de se poser.
- C'est comme ça partout ?
- Ne t'inquiète pas Doc, il y a aussi de bons endroits ! Assura le Capitaine en pressant le pas.
Niga ne lui avait pas prêtait pas attention, continuant de sourire face à cette ville qui éveillait en elle plein de souvenirs et Saria se fit violence de la plaindre.
Après une longue et étouffante marche, ils arrivèrent dans ce qu'ils appelaient l'Arrière. L'Arrière était en réalité la basse ville, la ou il les passants plus résignés a leurs sorts. Et en plein centre de l'Arrière, se trouvait une petite auberge sans prétention, mais qui apparemment semblait attirée pas mal de monde. Le capitaine soupira et pénétra comme dans un bâtiment en feu et les deux matelots avec lui ricanèrent doucement.
Saria ne comprenait pas réellement le pourquoi du comment, bien qu'elle devinait parfaitement qu'ils étaient arrivés à destination. Mais lorsque la femme derrière le bar croisa le regard du capitaine, tout changea.
Si seulement l'humaine avait réfléchi un peu, elle aurait couru avec les trois marins pour s'abriter... Niga, elle, ne s'était pas posé la question. Mais elle ne fut pas assez rapide et surtout elle fut assez surprise de voir un Hamas de nuage se former prés du plafond de la grande salle et une pluie torrentielle en tomber. Les quelques clients présents ne mouftèrent pas, plaçant simplement leurs mains au-dessus de leurs verres comme ci tout était normal...
- TU OSES ENCORE TE POINTER LÀ ? TU NE TE FOUTRAIS PAS UN PEU DE MOI ?
- Il faut qu'on parle Marlane
- JE T'AI ENVOYÉ CES FOUTUES MERDES À SIGNER IL Y A DES MOIS !
Il était clair que la femme était dans une colère noire et cela ne semblait préoccuper que la pauvre humaine, misérablement trempée. Si seulement l'eau serait fraiche, mais loin de là, l'eau qui tombait toujours à verse semblait chauffer à mesure de la fureur de celle qui le provoquait...
- Non, on ne divorce pas Marlane !
- MAIS TU N'AS PAS TON MOT À DIRE ! DES MOIS ! JE NE SAIS MÊME PAS SI TU ES VIVANT... Mais je vois que oui... plus pour longtemps !
Saria poussa un petit cri quand la dénommée Morlane passa par-dessus le bar, ses cheveux semblant ondulés d'un léger reflet bleuté derrière elle malgré l'eau. Encore une fois personne ne réagit, bien qu'elle sauta littéralement au cou du capitaine, cherchant plus que visiblement à l'étrangler.
- Voyons calmons... nous ?
Mais la raison pour laquelle personne ne daigne porter de l'attention à la situation fut soudainement très claire. Si L'humaine fut certaine des intentions meurtrières de la femme de pluie, elle constata que c'était loin d'être le cas.
Le torrent s'arrêta peu à peu et les trois marins soupirèrent d'aise, s'avançant vers le bar d'un pas décidé, ignorant la scène qui se jouait à la vue de tous.
- On se sert Marlane ! annoncèrent-ils de concert, joignant le geste a la parole en se servant eux-mêmes une boisson.
La patronne se fichait bien de ce qui pouvait arriver derrière elle. Scotchée au bourru Capitaine, elle ondulait contre lui, leurs lèvres dansant fiévreusement aux rythmes de leurs baisers. C’est au moment ou les mains du capitaine glissèrent sous les fesses de la propriétaire que Saria détourna le regard en rougissant.
"Était-ce à cela qu'elle ressemblait quand elle se perdait dans les bras de Hanori ? " se demanda-t-elle
La question avait fusé dans son esprit et aussitôt elle la chassa. Elle ne ressemblait plus à rien maintenant. Elle se dirigea à son tour vers le bar, prenant place à côté des marins et de Niga. Plus loin, une prote claqua et elle ne pouvait que comprendre que les deux amoureux étaient partis profiter de leurs ébats à l'abri des regards.
- Faut s'habituer doc, ils sont toujours comme ça... annonça l'un des hommes, riant. Et ce n’est pas finis, attends que Capitaine lui dise qu'ils partent !
Les deux autres éclatèrent de rire et Niga souriait d'amusement. La louve avait toujours montré de l'intérêt pour les histoires de coeurs des autres et Saria se demanda soudain si elle-même en avait déjà vécu une. Niga devait avoir entre trente et quarante ans, c'était donc possible.
- Y a-t-il quelqu'un dans ta vie Niga ? demanda-t-elle sans préambule
Mais aussi enfantine pouvait elle avoir, elle savait contrôler parfaitement ses émotions. Elle ne se laissa donc pas surprendre, répondant d'un ton ferme.
- Je ne crois pas en ces trucs-là ! Tout le remue-ménage, très peu pour moi ! Trop de bêtises pour moi
- C'est une plaisanterie ? s'éberlua ouvertement l'humaine, tu m'as regardé avec ... comme ci nous étions une représentation de théâtre !
- Mais j'aime bien quand les autres ont l'air bêtes ! Ça, c'est amusant ! sourit-elle comme ci cela ne pourrait jamais la concernée.
La jeune humaine aurait pu s'attarder sur cette drôle de façon de voir les choses, mais Niga ne donnait pas l'impression de penser autrement. Elle était pourtant ce qu'on pouvait appeler une belle femme. Musclée à n'en pas douter, mais ses formes n'en restait pas moins féminine même si elle ne semblait pas en avoir conscience.
Plus loin, une voix tonitruante refit irruption, interrompant Saria dans ses pensées. La voix de Morlane résonna partout et beaucoup reposèrent leurs mains sur leurs verres, mais cette fois-ci, il ne plut pas. Elle était sans doute trop loin, et c'était sans doute tant mieux, car elle semblait bien plus en colère qu'ont leurs arrivées.
- PARTIR ? IL EST HORS DE QUESTION QUE JE PARTE ! HANRI MOI VIVANTE CECI N'ARRIVERA ...
On entendit un bruit sourd, visiblement un quelque chose de gros venez de tomber. Un meuble ou un... corps ? L'héritière bondit ses pieds, pensant à ce qu'elle avait apporté avec elle comme instrument médical et espérant que cela suffise.
- T'inquiètes doc, tout va bien...
Un autre rire gras retentit et Saria commençait à s'exaspérer de leur comportement. Rien de tout cela n'était normal, et s’ils leur étaient arrivées quelque chose ? Elle ne voyait pas le capitaine faire du mal à sa femme, mais après tout pouvait-elle en être sure ?
Un gémissement retentissant se fit entendre et Saria soupira. Ces deux-là semblaient avoir une relation bien particulière et elle devrait sans doute prendre le même mal que ses camarades...
Ce ne fut qu'une bonne heure plus tard que le Capitaine et Marlane revinrent vers eux, les cheveux en bataille et couvert de plumes.
- Tout est OK Doc ! Annonça fièrement le Capitaine.
- Pousse-toi, je n'ai pas besoin de toi pour parler !
Elle se planta devant Saria, fière et droite malgré le spectacle qu'ils avaient offert un peu plus tôt.
- Je suis Marlane, ravie de vous accueillir chez moi !
La femme lui tendit une main qu'elle serra sans mal.
- Venez je vais vous montrer votre chambre !
Sans attendre, la femme ne lui lâcha pas les doigts, l'emmenant vers les escaliers. Les Bâtiments de Ouestia n'étaient pas bien haut et la plupart ne possédaient pas d'étage. Mais L'auberge en possédait une, rendant l'endroit sans aucun doute riche aux yeux des autres. Pourtant il était certain que Marlane bricolait à droite et à gauche pour le maintenir debout !
Il était évidemment prévu qu'ils restent sur place quelques jours au minimum, histoire de voir s’ils ne pouvaient rien apprendre d'intéressant en ville. Mais Saria ne souhaitait pas recevoir de traitement de faveur... Elle avait bien l'intention de travailler pour mériter sa place ! De toute façon ce n'est pas comme ci elle pouvait encore se permettre de faire des excès au vu de ses maigres revenus actuels.
- Madame Marlane, j'aimerais vous aider si possible ! Je ne peux pas accepter que vous nous égorgiez tous comme cela...
Il était clair que la vie ici était un calvaire et même si Marlane semblait sortir son épingle du jeu, il ne fallait pas être un poids pour elle.
- Oh ne vous inquiétez pas, c'est un plaisir pour moi !
- Je vous remercie énormément, mais je vous pris d'entendre qu'il me tient a coeur de me rendre utile !
La femme de pluie ouvrit la porte sans lui répondre, la laissant entrer avant de refermer la porte à son tour. Elle se tourna vers l'humaine, la toisant à présent.
- Je ne suis pas un cadeau ! Va falloir bosser !
Un large sourire rassurant apparut sur ses lèvres pleines. Mais bien qu'elle dégageait une pointe de sadisme, la bienveillance qu'elle dégageait rassurait grandement l'humaine. Aussi elle lui sourit en retour.
- Ce serait avec un immense plaisir !
- Entendue alors ! Ça tombe bien... j'ai des infos qui pourraient t'intéresser ! J'ai un client régulier, il ne vient pas tous les jours, mais je le vois régulièrement...
Saria ne dit rien, fronçant simplement les sourcils en décortiquant tout ce qu'elle pouvait bien dire, cherchant sans aucun doute l'info juteuse qu'elle pouvait détenir. Mais le barman marqua une pause, appuyant sur son suspens et la toise avant de finir.
- C'est un elf ! lança-t-elle, visiblement très fière de son petit effet