Chapitre Un [3/3]

2072 Words
- Mais combien de temps ça va durer ? Je ne supporte déjà plus le truc malodorant avec lequel je suis obligée de cohabiter ! Saria soupira, tentant de sourire d'un air apaisant. Le lira était immense, alors cohabiter était un terme très fort, mais il était évident qu'il valait mieux éviter de s'aventurer sur ce terrain. Elle était revenue sur le bateau pour prévenir ses amis de ce que lui avait appris Marlane, pensant devoir rester le temps de voir si elle pouvait l'aborder ou non. D'après la barmaid, l'elfe puait l'argent, sale sans aucun doute. Il était donc très compliqué d'envisager l'aborder sans précaution, cependant les elfes avaient disparu depuis des centaines d'années alors quand on en trouvait un... - C'est compliqué, il ne vient pas régulièrement, il va falloir se montrer patient et espérer qu'il revienne assez vite ! Vani soupira, n'appréciant guère l'idée de rester plus longtemps cacher, mais n'en dis pas plus. Hanori qui s'était étonnamment abstenu de tout commentaire, lui, s'approcha. - Et sinon, à part ton elfe, c'est quoi ces vêtements ? L'humaine fit la moue, les joues rougissant légèrement. Comme elle en avait parlé à Marlane, elle souhaitait aider et depuis Saria travaillait au bar. Cela faisait déjà deux jours et sa patronne lui avait donné un uniforme. C'était réglementaire avait elle laissait entendre, mais il était compliqué de le vérifier vu qu'elle était la seule employée... Mais cela semblait ravir les clients qui tentaient encore et encore de mettre en colère la chef de l'établissement histoire de provoquer une petite averse. Après tout, bien que la tenue était correcte, elle n'en restait pas moins blanche. À chaque coup de colère de Morlane et HOP Saria se retrouvait trempait dans des vêtements presque transparents. Évidement, depuis, l'humaine n'oubliait jamais de mettre une couche supplémentaire pour ne pas se retrouver a nue, mais Niga lui avait tout de même assuré qu'elle était terriblement sexy même comme ça. - J'aide au bar en attendant, ça me permet d'entendre un tas de choses ! Par exemple, j'ai appris du pécheur qui vient tous les soirs comment vider un poisson proprement ! Comme peut illustrer ce fait, elle fit un tour sur elle-même, faisant voler le tissu de sa jupe. - J'aime bien cette tenue ! Évidement ce n'est pas très pratique et c'est parfois gênant, les habitués font exprès d'embêter Marlane pour qu'elle se mette en colère. Après je me retrouve trempée de la tête au pied... Saria sourit d'un air entendu. Elle tira sur son haut, illustrant le geste qu'elle répétait lorsque le tissu lui collait à la peau. Elle ne lâcha pas le dragon des yeux le dragon qui fit la moue et soupira d'un air mécontent. Il la jauge un instant, ses yeux examinant chaque détail de sa tenue. - Après ce n'est rien de très grave, après tout, qu'ils regardent ce qui ne leur appartient pas... Hanori grogna. Il se souvenait parfaitement de cette fois ou Saria lui avait dit cette phrase, mais à présent qu'ils n'étaient plus aussi proches, c'était bien difficile, même si c'était sa décision, de comprendre qu'il n'avait pas de droit non plus... - Bon, je suis désolée, il va falloir que j'y aille ! J'aimerais envoyer un télégramme à Cyril avant de repartir travailler ! À nouveau, l'humaine sourit et adressa un signe à Vani avant de partir sans demander son reste, bien qu'il était certain qu'elle savait parfaitement ce qu'elle venait de faire. Provoquer la jalousie du dragon n'était sans doute pas très glorieux, mais le voir réagir n'en restait pas moins jubilatoire... Les jours passèrent, et toujours aucune nouvelle de l'elf. Cela semblait normal cependant, apparemment, ils prenaient donc leur mal en patiente. La seule chose qui avait changé, c'était le spectateur alias ninja qui se planquait sur les toits... L'architecture de l'Ouest était assez spécifique. Les bâtiments étaient principalement faits de sable dur, pouvant donc résister aux trois averses et demie annuelles de la région. Si les bâtiments n'étaient cependant pas haut, c'était aussi pour la trappe du toit. Chaque bâtiment en possédait une, une fenêtre de plafond qu'ils ouvraient une fois le soir venu. C'était pareil pour le bar et depuis quelques jours, l'humaine se sentait épiée. Au début elle s'était montrée prudente, mais un soir ou Morlane s'était violement disputé avec le capitaine et s'était donc énervé contre la terre entière, elle avait vu. Si pour beaucoup une ombre avec un regard rougeâtre caché sur le toit pouvait effrayer, Saria l'avait reconnu tout de suite ! Il n'était pas du tout prudent de savoir que son ami ne suivait pas du tout le confinement, mais elle ne pouvait pas nier que sa présence la rassurait. De plus, depuis elle laissait sa fenêtre ouverte la nuit, juste au cas ou... Mais rien n’a signalé, Hanori se tenait à carreau, se tenant juste dans l'ombre, continuant de la surveiller de loin. C'en était dépitant et plus le temps passait, plus l'humaine perdait pied. Ses sentiments pour lui étaient intacts, mais d'un autre côté elle ne pouvait que se souvenir de ce qu'elle avait vu cette fois la... pouvait-elle réellement espérer qu'il change d'avis si c'était pour s'approprier celui qu'elle aimait tant, l'enfermant dans une une folie dont il pourrait sortir ? Leur petit "couple" avait fonctionné pendant un temps, mais était-ce réellement envisageable sur du long terme ? Était-ce si égoïste ? Elle avait bien conscience de tout cela, des risques... Mais plus que tout, elle se disait que ce serait le plus gros regret de sa vie ! Mais d'un autre côté, le temps suivait son fil et lui ne changeait pas. Devait-elle réellement attendre, encore et encore ou bien devait-elle suivre une autre voie ? Elle n'était pas contre les nouvelles rencontres, mais dans tous les scénarios possibles, seul Hanori pouvait se prétendre être à ses côtés. - Saria, tu viens ? L'humaine sursauta, totalement perdue dans son monde imaginaire. - Oui j'arrive, désolée ! De loin, elle entendit clairement le soupir orageux de la patronne et Saria se reprit aussitôt, après tout, elle venait à peine de faire sécher ses vêtements... Deux semaines s'écoulèrent avant qu'enfin, la porte s'ouvre sur le très attendu client Elf. Une très chaude journée venait à peine se terminer et nombre des habitués étaient encore plus harassés et abattue qu'a l'accoutumée. Mais passé le temps de s'acclimater, Saria était une pro à présent ! Souriante, elle dansait presque entre les tables, souriant d'un air rafraichissant chaque client, sachant qui voulez quoi ? Lorsque l'elfe entra, la mine renfrognée, Saria retint un sursaut de surprise. Cependant elle se souvint très rapidement des nombreuses discussions qu'ils avaient eues à son sujet "Agis normalement, laisse-le venir à toi, tente d'attirer naturellement son attention..." Elle reprit donc sa tournée, tentant d'ignorer sa presque proie. L'elfe s'installa au bar et Marlane le servit de suite, sans poser de questions bien qu'elle resta à proximité de l'homme. Marlane le connaissait un peu, du moins elle savait que l'homme se plongeait bien souvent dans son décolleté. Elle savait donc comment faire pour attirer son attention sans forcer... - Tu as embauché une recrue ? demanda l'homme grognon - Oui ! Je l'ai trouvée en train d'errer dans les rues, la pauvre... Enfin depuis ça anime ! Elle danse très bien, tu verrais ! L'elfe fit la moue, se tournant vers Saria qui continuait de prendre les commandes un peu partout, l'air de rien. Un fin sourire apparu sur ses lèvres, le regard vicié par des idées déplacées. - Et comment on doit faire pour la faire danser ? Marlane haussa les épaules, retenant un frisson colérique. La femme n'était en aucun cas habituée à se retenir. Elle était d'ailleurs connue pour cela dans toute la ville... Elle savait aussi qu'ils devaient attirer l'attention de cet homme là pour voir s’il avait des informations intéressantes. Mais ce sourire rempli de stupre la dégoutait au plus haut point. Était-ce réellement une bonne idée de diriger cet homme-là vers l'humaine ? Mais Marlane n'eut pas le loisir de réfléchir à la question plus longtemps. Un mouvement attira son regard et elle le vit... Si l'élémental de pluie avait des difficultés a garder son calme, elle ne pouvait dignement pas l'envisager lorsqu'il s'agissait de son mari. Alors quand elle vit Hanri se servir dans SON bar comme si de rien n'était, elle éclata. - Espèce d'imbécile et de gras double ! D'où tu te permets de fourrer tes sales pattes là-bas toi ! D'instinct, les clients déplacèrent leurs verres, un sourire naissant malgré tout sur les visages. Tous levèrent les yeux vers le plafond, regardant doucement un semblant de nuage prendre forme. - RETIRE CE QUE Tu AS DIT ! JE NE T'APPARTIENDRAIS JAMAIS ! IL VA FALLOIR SIGNER CES FOUTUS PAPIERS DE DIVORCE ! Hurlait plus fort la propriétaire. Et c'est lao que vint la première goute d'eau, très vite suivie par des jumelles. Une averse prit possession des lieux et Saria déglutit, sachant ce qu'elle devait faire. Marlane et son mari s'étaient rapprochés dangereusement, mais à présent plus personne ne se préoccupait d'eux. - Allez Saria, à toi ! La jeune femme souffla, lançant vaguement un coup d'oeil vers la fenêtre du toit. Courage ! Elle avait dansé plusieurs fois devant tout le monde, mais sans attendre quoique ce soit. Ce soir était spécial et elle avait le trac, elle aurait rêvé pouvoir avoir son partenaire préféré avec elle, mais ce n'était évidemment pas possible. Elle sourit d'un air assuré, tentant de berner sa propre appréhension. Jouant des épaules, elle leva la tête vers le nuage, se prenant de plein fouet la pluie qui goutait encore à flot. Elle soupira d'aise, ça avait au moins le mérite de rendre supportables les chaudes journées ! Passant ses doigts dans ses cheveux noirs, elle détacha rapidement son chignon, libérant ainsi ses cheveux et se déchaussa, en bonne apprentie du Sud qu'elle était. Gênée par sa jupe qui lui collait déjà les jambes, elle attrapa alors un bout et l'attacha naturellement avec sa culotte, dévoilant alors une partie de sa cuisse gauche. Elle attrapa ensuite son plateau, prête pour le show. Les réguliers commencèrent a hué, impatient. Certains battant des pieds pour donner un rythme, d'autres claquant des mains. Le tempo était là, c'était à elle d'assurer . Semblant glisser entre les tables, la demoiselle arriva bien vite au milieu, ondulant d'un air vif, suivant le rythme qu'on lui imposait sans mal. Elle finit par se lâcher, oubliant presque son rôle en cet instant. Elle aimait danser et cela se voyait. Ses gestes étaient surs d'eux, calculés et pourtant tout semblait naturellement fluide. Loin de se vouloir sensuelle, elle espérait plutôt donner de l'énergie positive à tous ceux qui la regardaient, comme pour rendre supportable la vie de l'Ouest. Un sourire enivré naquit sur ses lèvres et elle grimpa sur une des tables centrales sous l'acclamation des clients. Les poings tapaient en rythme et Saria suivait parfaitement leurs tempos, tapant elle-même des pieds avec eux tout en tournant sur elle-même. Sa jupe mouillait tournait lourdement en même temps qu'elle laissant ses jambes totalement mise a nue, mais Saria s'en fichait, ayant perdue toute trace de pudeur depuis bien longtemps. Ce qu'elle avait dit et répété a Hanori était réellement un fait qu'ils regardent ce qu'il ne leur appartient pas... Et c'est en tournant doucement que son regard vairon croisa celui bleu électrique de l'elf qui ne la quittait pas du regard, semblant la dévorait goulument. En cet instant, la jeune femme sut instantanément ce qu'elle devait faire et elle lui lança un sourire rempli d'invitation sans pour autant s'interrompre. Elle tapa d'ailleurs son pied nu face à l'elfe, le provoquant sans aucune pudeur d'un sourire charmeur. Elle finit par se détourner, lâchant son regard pour reprendre sa danse enivrante sans plus ne jamais lui prêter de l'attention, se rendant totalement inaccessible... La pluie cessa enfin, Marlane et son mari ayant disparus dans une autre pièce pour s'expliquer plus que bruyament. À nouveau elle leva les yeux vers le plafond, fixant la fenêtre toujours ouverte, reprenant sa respiration. Elle jura l'avoir vu, ce regard flamboyant de colère braqué sur elle. Bien... Qu'il en soit ainsi ! Que le dragon soit rouge de colère et l'elf noir de désir, c'était parfait ! On ne pouvait pas dire qu'elle avait échoué, elle avait à présent l'attention de tous...
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