CHAPITRE 04

1578 Words
SCOTT Même en sachant pertinemment qu’elle n’est pas dans les parages, je continue à inspecter chaque recoin du magasin comme si elle pouvait surgir entre deux rayons. Une tension sourde me serre la poitrine, mon cœur cogne avec violence et mes tempes battent au rythme de mon agitation. Son odeur flotte encore dans mon esprit, assez pour embraser mes instincts. Tout en moi réagit, trop intensément, à l’idée qu’elle ait pu passer ici. Je referme mes mains pour tenter de contenir cette énergie qui me déborde. Elle n’est pas là… je dois me le répéter pour ne pas perdre le contrôle. Si je me laisse emporter, je risque de rater le moindre indice, la moindre trace qui pourrait me mener à elle. Et ça, je ne peux pas me le permettre. J’arrive finalement au comptoir. Le jeune homme derrière semble pétrifié. Ses yeux sont écarquillés et ses doigts agrippent le bord du meuble si fort que ses jointures blanchissent. Une simple pression sur un bouton et il pourrait déclencher une alerte. Je sens mon aura d’alpha peser sur lui, alors je m’efforce de la calmer. Je redresse légèrement ma chemise, laissant volontairement apparaître le costume coûteux et la montre à mon poignet. Son regard glisse, analyse, puis s’attarde sur ma voiture visible à travers la vitre. Je vois le moment précis où il comprend que je ne suis pas un client ordinaire. Sa posture se relâche un peu, même s’il reste nerveux. Il croise enfin mes yeux et avale difficilement sa salive. — Bonsoir… J’aurais besoin d’un service, dis-je d’une voix maîtrisée, en laissant filtrer juste ce qu’il faut de charisme pour le rassurer. Il hoche la tête prudemment, encore hésitant. — Je… je vais essayer. Que puis-je faire pour vous ? Sa voix tremble légèrement, mais je fais comme si de rien n’était. — J’étais censé rejoindre une amie. Je suis arrivé trop tard et son téléphone ne répond plus. Je pense qu’elle est passée par ici. Vous l’auriez vue partir ? C’est quelqu’un qu’on remarque facilement… Je lui adresse un sourire volontairement complice, jouant sur une solidarité masculine facile. Ça fonctionne. Il esquisse un sourire avant de se gratter la nuque, gêné. — Désolé, mec… J’ai bien vu passer une fille… vraiment impressionnante… mais je ne sais pas où elle est allée ensuite. Je serre la mâchoire. « Impressionnante ». Ma compagne. Rien que l’idée qu’un inconnu la décrive ainsi m’irrite profondément. Une part de moi voudrait réagir violemment, mais je me force à rester lucide. Je pivote déjà vers la sortie quand sa voix me rappelle. — Attends ! Essaie chez Earl. Le vieux du resto d’à côté voit tout ce qui se passe quand c’est calme. Sans perdre une seconde, je me dirige vers l’établissement indiqué. À peine entré, une certitude m’envahit : elle est passée par ici. Son odeur, même affaiblie, flotte encore dans l’air. Je la suis jusqu’à une banquette près du mur. Elle était là. Récemment. Très récemment. Mais elle n’y est plus. Rien ne reste d’elle… sauf ce parfum qui me hante. Je m’accroupis et récupère un ticket abandonné sur le siège. Je le porte instinctivement à mon visage. Elle l’a tenu. Touché. Ce simple contact me fait fermer les yeux. J’inspire profondément, cherchant à m’ancrer dans cette trace fragile pendant que mon esprit s’emballe. Et si elle n’était ici que de passage ? Et si elle était déjà loin, repartie sans jamais revenir ? Derrière le comptoir, un homme âgé m’observe sans relâche. Il fait semblant de nettoyer la surface, mais son attention est entièrement tournée vers moi. Je glisse le ticket dans ma veste et m’approche d’un pas assuré. Je tends la main. Il hésite, puis la serre brièvement, sans chaleur. — Je cherche la cliente qui était assise là-bas, dis-je en désignant la banquette. Il ne suit même pas mon geste. Il sait déjà de qui je parle. Cet homme n’est pas impressionné. Au contraire, il semble méfiant, presque hostile. — Tu bosses pour le FBI ? lance-t-il sèchement. Son regard balaie mon costume avec dédain. Je sens une tension monter en moi. Je n’aime pas être testé, encore moins de cette manière. — Non, mais… Il m’interrompt d’un geste sec. — Alors pourquoi je donnerais des infos sur une cliente à un inconnu habillé comme toi ? Je serre légèrement les dents. Chaque seconde perdue m’agace davantage. Mais je comprends son point de vue. De l’extérieur, je dois sembler suspect. Je prends une inspiration lente. L’endroit est propre, organisé, visiblement tenu par quelqu’un qui connaît ses habitués. Ce type est clairement une présence régulière ici. Il sait. Mentir ne servira à rien. — Parce qu’elle est la femme que je vais épouser, dis-je simplement. Si elle accepte de me faire cet honneur. Un silence. Puis il éclate de rire, se pliant presque en deux. — Toi ? Il me dévisage de haut en bas, s’attardant sur mes chaussures, avant de rire encore plus fort. Son jugement est clair : je ne suis pas crédible. Lorsqu’il finit par reprendre son souffle, il secoue la tête. — Ok… tu es sérieux en fait. Bon, parlons franchement, Roméo… pourquoi je ne t’ai jamais vu avec elle ici ? Information importante. Elle vient régulièrement. — C’est récent, réponds-je sans hésiter. Il plisse les yeux, essayant de détecter le mensonge. — Et tu ne sais pas où elle est ? — J’ai manqué notre rendez-vous. Si je la perds maintenant… je ne me le pardonnerai pas. Ce n’est pas entièrement faux. Et surtout, je ne peux pas me permettre de la perdre. Il soupire, moins moqueur cette fois. — Elle est bien. Vraiment bien. Mais je ne donne pas les infos personnelles des clients. Je reste immobile une seconde. Trop proche. Trop tard. Un frisson désagréable traverse ma peau. Elle était là. À portée de main… et elle m’échappe encore. Je suis en train de calculer mentalement combien de temps je peux me permettre de m’absenter de mon travail pour rester ici et attendre, quand une voix claire s’élève depuis l’entrée menant à la cuisine. — Scott Steel, c’est bien vous ? demande une voix féminine, douce mais assurée. Je relève la tête d’un coup. Une femme se tient là. Métamorphe, je le sens immédiatement. Elle n’appartient ni à ma meute, ni à aucune autre connue. Une solitaire. Son regard croise le mien sans trembler. Une seconde suffit. Elle a compris qui je suis… et probablement pourquoi je suis là. Sans un mot de plus, elle s’avance vers Earl et pose calmement une main sur son bras. — C’est bon… Skye m’a parlé de lui. Skye. Ce nom traverse mon esprit comme une décharge. — Skye… Je le répète, presque sans m’en rendre compte, comme si le prononcer pouvait la faire apparaître devant moi. — Skye… Earl me jette un regard incrédule, comme si j’avais perdu la raison. — Il n’a pas vraiment le profil de son genre d’homme, lâche-t-il avec méfiance. Cette simple phrase me frappe en pleine poitrine. L’idée même qu’elle puisse avoir un “genre” ou un autre homme dans sa vie me serre violemment les côtes. Mon souffle se fait plus court, mon cœur cogne plus fort. La métamorphe brune tourne légèrement la tête vers moi, comme pour me prévenir, puis adresse un sourire calme à Earl. Un sourire qui apaise la tension. Je comprends le message : si je perds mon sang-froid, je ne saurai rien. Je ravale mon agitation. — Et qu’est-ce que tu en sais ? répond-elle doucement à Earl. Elle n’a jamais amené personne ici. Cette information m’est destinée. Je la retiens immédiatement. Earl grogne, toujours méfiant, sans me quitter des yeux. — Je me porte garante de lui, Earl. C’est quelqu’un de bien. Je connais ses fréquentations, leur travail, tout ça… Ce sont de bonnes personnes. Et puis qui sait… lui et Skye pourraient être faits l’un pour l’autre. Allez… fais un effort pour ce pauvre amoureux désespéré. Elle rit légèrement en me regardant. Je cligne lentement des yeux vers elle, en silence, en guise de remerciement. Earl soupire, lève les yeux au ciel, mais un sourire discret trahit son amusement. Malgré lui, il se laisse attendrir. — T’es sûre de toi, Mandy ? Il continue de m’observer comme s’il cherchait une faille. Je prends une posture neutre, presque innocente. — Oui, répond-elle sans hésiter. Les épaules d’Earl finissent par s’affaisser. Il cède. — Très bien… Elle est à la clinique vétérinaire Shady Pines. Mais tu lui laisses la paix jusqu’à demain matin, compris ? Il pointe un doigt ferme vers moi. Je hoche la tête sans discuter. J’ai du mal à croire ce que je viens d’entendre. Demain… je vais enfin la voir. — Merci, monsieur, dis-je sincèrement. Je serre brièvement les mains d’Earl avant de me tourner vers la métamorphe. — Je vous dois une fière dette. Elle incline légèrement la tête, sans répondre immédiatement. Earl, lui, reprend d’un ton plus dur : — Si tu lui fais le moindre mal, tu le regretteras. C’est une fille en or. Mandy acquiesce doucement, mais son regard devient plus froid lorsqu’il se pose sur moi. Elle ne montre aucune soumission. Aucune hésitation. C’est rare… surtout face à un alpha. Puis elle ajoute, avec un petit rire en coin : — De toute façon, s’il fait une bêtise… Skye a l’habitude de castrer les types comme lui. Elle se tourne vers Earl comme si de rien n’était, amusée par sa propre remarque.
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