Chapitre 7: Mon sauveur.
Miss Novachek se dépêcha d'aller coordonner avec l'équipe chargée du déroulement du concert et rejoignit le podium une vingtaine de minutes plus tard. Leïla se plaça devant son instrument pour montrer son talent de Mozart. Devant elle se tenait le chef d'orchestre, chargé de diriger l'équipe artistique dans l'interprétation des symphonies, afin qu'il n'y ait pas de raté dans le rythme, même si chacun d'entre eux avait sa fiche de notes et savait ce qu'il avait à faire. Le chef d'orchestre, d'un geste de main en agitant sa baguette magique dans l'air, fit entendre dans la salle une première note de musique, puis une deuxième note, puis rien. Leïla devait à son tour jouer sa passion, mais rien ne sortit pour une première fois.
La salle, comportant qu'une soixantaine de personnalités les plus importantes et gradées du gouvernement, pouvait observer le silence qui régnait. Ils restaient tous perplexes face à la situation. Le sénateur James n'arrivait pas à se résoudre face à ce qu'il voyait, sa fille incapable de jouer une note musicale qui ne lui était pas inconnue. Le schéma reprit une nouvelle fois avec le chef d'orchestre qui agita sa baguette une fois de plus dans l'air.
Une, deux, trois notes se firent entendre de nouveau, mais rien ne se fit entendre dans la salle pendant les deux secondes qui suivirent. Alors que le désespoir se planait dans la salle et que le jeu des instrumentistes des orchestres symphoniques et d'harmonie risquait de se gâter par cette absence de symphonie musicale, un individu parmi l'orchestre eut l'audace d'envoyer des notes musicales précises et strictes avec son célesta. Quel génie ! Les notes de son célesta avaient besoin d'un accompagnement, et c'était celui que Leïla seule pouvait émettre. D'un regard suivi d'un sourire sympathique entre l'inconnu qui tenait le célesta et Leïla, une nouvelle note musicale se fit entendre, celle-ci venait de l'instrument musical de Leïla.
Le chef d'orchestre n'avait nul choix puisque sur le volet technique, il était là pour rendre cohérent le jeu de l'ensemble des musiciens par sa gestuelle, notamment en leur imposant une pulsation commune. Et des différentes notes émises par l'homme qui tenait le célesta et Leïla, il y avait une symphonie parfaite, cohérente, et cela révélait de l'extraordinaire. Il ne pouvait que se conformer à eux avec sa gestuelle pour gérer le reste des artistes composant l'Orchestre, car il venait d'être témoin d'une composition que seul Mozart lui-même n'aurait sûrement composée. Toute la salle était stupéfaite. Il aurait tellement aimé les ovationner juste tous les deux, mais il n'était qu'au début de leurs compositions. Les notes musicales s'enchaînaient l'une après l'autre, ainsi de suite jusqu'à ce que la salle finisse par percevoir l’allegretto de la Septième Symphonie de Beethoven.
Cette symphonie est l'éloge de la danse selon les connaisseurs de la musique harmonieuse, pourtant il n'y a rien de dansant ici. Tout le monde dans la salle était là sans geste, tous figés à entendre ce qui se jouait. On aurait plutôt dit une marche funèbre au rythme implacable et au caractère grave et solennel. Deux caractères qui font de ce mouvement lent de la septième symphonie de Beethoven un morceau de choix pour les enfants de Mozart, les amoureux du vrai art musical, dit-on.
Les deux magiciens de la soirée avaient joué impeccablement la note avec leur touche personnelle, dès le début, et la salle explosa de joie.
À la fin de leurs compositions, le président demanda à prendre une vue avec Leïla et le jeune homme qui avait manié le célesta. Ce qui fut fait. Mais la stupéfaction de Leïla était que ce jeune homme la laissait plus perplexe à sa vue de proche que sur la scène quand il maniait le célesta. Ce jeune homme était celui qui se tenait devant sa fenêtre ce matin, celui qui lui tenait des propos du bout de son mur, ce même jeune homme que son père avait gracié ce matin.
"J'espère que vous n'aviez toujours pas les yeux qui piquent ma chère demoiselle."
Leïla ne faisait que sourire, cela la réjouissait tellement de revoir son interlocuteur du matin.
"Non," finit-elle par répondre, avec un visage composé d'un air surpris et d'un sourire emphatique.
"A ce que je vois, votre visage exprime bien une grande joie, même s'il contient un brin de stupéfaction."
Leïla se contentait de sourire puisqu'elle ne réalisait pas. Lui ici ? Se disait-elle sûrement.
"Ce n'est juste pas possible. Je n'en crois pas mes yeux."
"En quoi je sors du non-ordinaire pour vous, gent dame ?" demanda son interlocuteur.
"Non, rien d'anormal, mais à réaliser... Vous le matin, vous étiez juste là devant moi en train de me mater. En plus, sorti de nulle part, et là vous revoilà ce soir devant moi. C'est juste un peu difficile à réaliser. Juste là, tout me paraît divin venant de vous, et même si cela est un peu difficile d'y croire."
"Divin ? Dites-vous ? Je suis flatté là... Je ne savais pas que j'avais marqué autant de points jusqu'à la limite du monde divin ?".
"Mais que dites-vous, cher ? Chaque fois que vous avez fait votre apparition, c'était dans des moments où j'étais presque à me perdre dans un monde émotionnel, dans un monde où je n'avais plus autant le contrôle de ce monde-ci."
"Suis ravie d'être gratifié d'un tel honneur, même si je n'en suis pas autant digne. Je peux bien accepter le fait que j'ai essayé de gagner votre attention deux fois aujourd'hui."
À suivre....
Sidoine BDH Atanya