Chapitre 4: Le mystère des émotions 2
Au même moment, au sein du couloir qui menait à la chambre de Leïla, un homme fit appel à l'agent de sécurité d'un geste de main et en guise de s'informer de la raison pour laquelle il se dirigeait vers la chambre de Leïla, bien qu'il ne soit pas encore l'heure du réveil de cette dernière, ni d'ordre demandant de déranger la pupille du sénateur.
"Bonjour Monsieur, veuillez excuser mon indiscrétion. Si cela a bien pu être la cause de ce qui vous a forcé à sortir dans le couloir."
Disait l'agent de sécurité à son interlocuteur dès qu'il eut pu s'approcher de plus près de sa personne.
"Qu'est-ce qui demandait autant d'indiscrétion ? Et pourquoi vous vous attirez autant vers la chambre de la demoiselle Leïla ? Pourtant, ne vous ai-je pas fait comprendre qu'elle ne devrait pas être perturbée ? Ni moins être réveillée avant neuf heures du matin ?"
Disait ce dernier avec un ton ferme à l'agent de sécurité qui se tenait devant lui.
"Veuillez excuser ma parfaite indiscrétion."
"Ooooooh... Ça me va! Que tu es comique toi! Tu trouves ton indiscrétion parfaite ? Que n'ai-je pas encore entendu dans ce monde! T'écoutes-tu en parlant?"
L'agent de sécurité se tenait devant lui sans dire un mot en un bref instant. Mais finissait-il par rassembler ses courage pour dire quelques mots à forte probabilité.
"Mes excuses et vos réprimandes passeront après, mais je tiens à vous faire part de l'objet qui m'amenait vers la chambre de Miss Novachek."
"Exprime-toi et gare à toi si tes excuses ne sont pas valables pour les aberrations que tu viens de sortir envers ma personne."
"C'est Miss Novachek, elle est déjà en éveil."
"C'est déjà bien pour une journée de gloire. Tellement que je suis fier d'elle. Mais cela n'explique toujours pas l'usage que vous venez de faire avec vos gros mots."
"Miss Novachek est près de sa fenêtre qui ouvre sur le petit jardin, et ces fenêtres sont ouvertes, alors qu'elle s'est de plus approchée que sa sécurité ne le permet. De plus, le chef de sécurité m'a demandé de vite l'escorter de là, puisqu'elle a l'air un peu triste, et le comble est qu'elle dialoguait avec un inconnu au-delà du mur de la concession," confia l'agent de sécurité en toute confiance.
"Je vois ! Vous êtes tous excusés, après tout, vous ne faites que votre job. Laissez-moi gérer cela. Du moins, ne partez pas, restez au niveau de la porte. Je vais gérer cela, s'il en est nécessaire, je vous ferai appel. Quel est déjà son nom ?"
"Dave Malcon, Monsieur."
"Suivez-moi," dit-il en prenant le devant.
Deux à trois pas de pieds et d'un tour de main, il ouvrit la porte qui donnait droit à la chambre de Miss Novachek, et il y pénétra.
Dans la chambre, quelqu'un passa un disque, la Deuxième Symphonie de Brahms, et le fredonna en même temps. Bruits de pas qui s'éloignent et reviennent. Ce quelqu'un était bien le tout-puissant sénateur qui venait d'entrer dans la chambre de sa fille, Miss Leïla Novachek.
Leïla le vit dans l'un des miroirs qui comportaient sa fenêtre, mais elle ne lui accorda pas d'œil. Elle venait à peine de quitter son monde de rêve et devait bien accorder un œil à son interlocuteur d'en face qui se tenait dans la ruelle.
"Dégage de là, mulâtre."
C'étaient une fois encore les mots du chef de sécurité. Et c'était à la suite de l'inconnu de s'exprimer.
"Aaah... Que cela vous suive."
"Quoi ?"
"Quoi ça ?" demanda John Scott de nouveau à l'inconnu.
"Votre tenue, la veste, elle vous va à perfection. Vous aviez l'air d'un grand macho là-dedans."
C'était bien un genre d'inconnu qui ne tenait pas sa langue.
"Et vous, l'êtes-vous ?"
"Quoi ça ?" demanda aussi l'inconnu.
"Un macho, je dis !"
"Aaaaah... Non, mais vous oui, vous ressemblez bien à ces genres de macho qui gâtent tout le luxe qui s'accorde à leur personne par simple cause qu'ils ne savent pas s'adresser poliment aux gens," dit l'inconnu.
"C'est le mot mulâtre qui te dérange autant ? Mais je ne mens pas, t'es un foutu asiatique toi ! Un c*n à la noire et jaune."
"A ce que je vois, le macho s'y connaît bien en histoire ? Et là, tu ironises grave et fort sur tes origines. Je crois bien entendre le discours d'un r*****e-là !"
"Vous dégagez où je vous mets aux arrêts pour bien des infractions que vous ne reconnaîtrez pas, mulâtre." répéta une fois de plus le chef de sécurité John.
L'inconnu ne voulait toujours pas tenir sa bouche dans sa poche. Il ne pouvait s'empêcher de s'exprimer puisque de ces deux agents de sécurité qui se tenaient à ses côtés, celui de sa face lui manquait largement de respect et par ces mots, il portait atteinte à sa personnalité et son identité, alors l'inconnu ne pouvait se laisser faire. Alors, il se permit de lui citer Alexandre Dumas.
"Mon père était un mulâtre, mon grand-père était un n***e, et mon arrière-grand-père était un singe. Et bien Monsieur, je ne sais trop qui vous êtes et non plus comment vous vous appelez, mais vous voyez, ma famille commence là où la vôtre finit."
Cela mit tellement John en rogne qu'il ne pouvait s'empêcher de se jeter face à l'inconnu et de le garder bousculé, en le prenant par le col. En ce même moment;
"Père, demande-leur de le laisser, demande-leur de ne pas lui faire du mal. Je ne le connais point, il avait sûrement un problème quand il s'est arrêté là et a voulu me porter son attention, comme t-il m'entendit émettre des mots sans que je n'aie la moindre attention de ce que je faisais. Considère que s'il s'est adressé à moi, c'était pour me sauver d'un incident qu'il craignait vu l'état dans lequel j'étais et de ma position fort inquiétante au seuil de la fenêtre. Cela aurait bien inquiété n'importe qui, père !"
Le sénateur d'un regard et d'un hochement de tête fit signe à l'agent Dave qui se trouvait au bout de la porte de faire passer le message aux autres agents qui étaient avec l'inconnu de le lâcher.
L'inconnu quelques secondes plus tard, leva une fois encore les yeux vers la fenêtre où se tenait Miss Novachek, et cette fois-ci, l'inconnu comprit que si l'agent de sécurité venait de le lâcher et s'est mis en retrait à peine à deux mètres (2 m), en ne faisant que l'observer, c'était sûr, sur ordre du monsieur qui se tenait juste à côté de la jeune dame. Il fléchit le genou et imita un geste d'inclination pour remercier son bienfaiteur qui se tenait là à l'observer.
"Mon Cher Ami !" Dit l'inconnu en s'adressant à John.
"Veuillez faire passer le message au proprio que si je longe le long de son mur, c'est bien parce que je suis en surchauffe avec ma bécane, et il me fallait le refroidir avec une source d'eau. Et comme tu peux bien le constater, je venais à peine de vider un bidon d'eau minérale dessus bien avant que vous m'agressiez."
Il le dit accompagné d'un sourire, cela devait bien énerver John, mais il ne pouvait rien contre lui, ce dernier était dans ses droits et n'avait encore commis aucune infraction au sens propre du mot.
"Mes Chers Chéris, je vous aime bien, mais je me préfère."
À ces mots, l'inconnu démarra sa bécane et s'envola de suite dans la nature après avoir emprunté le carrefour.
Le sénateur raccompagna sa fille à l'intérieur de la chambre, et Dave se précipita pour fermer les fenêtres. D'un geste de tête, le sénateur demanda à Dave de le laisser seul avec sa fille. Dave prit la porte en prenant soin de la fermer et d'attendre au seuil de la porte au besoin que le sénateur pourrait le solliciter à nouveau.
Dans la chambre, le sénateur et sa fille s'assirent au bout du lit. Le sénateur tenait sa fille par les mains avec Miss Novachek qui avait la tête baissée et le visage recouvert de larmes.
"Qu'as-tu mon ange ? Pourquoi coules-tu autant de larmes ?"
"Comme aujourd'hui était bien un grand jour dans notre vie, j'aurais aimé que ma mère soit là, qu'elle soit présente, comme quand j'avais l'âge de douze ans (12 ans), par exemple pour l'audition du disque que tu venais de mettre."
"oooh... Ma puce, je te comprends, elle me manque aussi, elle nous manque à tous."
"Ne t'inquiète pas, ma puce, elle sera présente dans nos cœurs ce soir et toujours ! Sèche tes larmes et fais-moi un bon sourire."
"T'inquiète aussi, père, ça va."
Elle le dit ainsi accompagnée d'un sourire, bien sachant que c'était une comédie pour ce passé de son père.
"Prépare-toi et rends-toi belle pour moi ce matin, car on sortira après ton déjeuner pour aller faire du shopping, car ce soir, tu dois être la plus belle. Et promets-moi que tu ne verseras plus de larmes."
"Promis ! Je m'apprête et on y va pour les magasins !"
Il sonnait bien huit heures moins quatre (7 h 56) quand Miss Leïla décida de prendre sa journée en main et de laisser les émotions dans leur monde, car d'après tout, un monde la réclamait bien pour ce soir. Un public qui méritait aussi de vivre des émotions, une émotion dont elle ne devrait pas avoir peur. Car la peur est bien aussi en elle une émotion non gérée. Les émotions, comme le disait Albert Einstein, "le plus beau sentiment du monde, c'est le sens du mystère. Celui qui n'a jamais connu d'émotion, ses yeux sont fermés."
Et bien, la belle Miss Leïla Novachek ne sait encore que ces émotions de ce matin et celles qu'elle produira ce soir étaient tout un mystère qui s'ouvrait à elle avec l'inconnu de ce même matin.
À suivre...
Sidoine BDH Atanya