Dans la grande pièce qui lui servait de cuisine, Anna était aux fourneaux. Elle avait sorti le grand jeu pour ce dîner avec la copine d'Hugo.
Elle consulta sa montre ; il était 18 : 35. La rencontre était prévue pour 20 : 00 et elle avait hâte.
Elle avait sorti son vieux gramophone pour détendre l'atmosphère. Comme style musical, elle avait opté pour le jazz. Pour couronner le tout, son diffuseur dans lequel elle avait versé quelques gouttes d'huile essentielle de cannelle donnait une ambiance réconfortante à la pièce.
Elle sortit la dinde du four, alla la déposer au centre de la table et joignit les mains pour admirer son œuvre. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle était satisfaite du résultat obtenu.
Elle tourna la tête vers Safira qui se léchait une patte :
-Il est maintenant temps d'aller se préparer Safira
Elle monta paisiblement les marches, suivie de son animal de compagnie.
Alors qu'elle venait de sortir de sa douche et appliquait du maquillage sur son visage, le père d'Hugo fit irruption dans la pièce.
Anna était étonnée de le voir. Lorsqu'il s'agissait de soutenir son fils, il n'était jamais présent. Elle ne voulait pas se faire d'illusion et ne commenta pas sa présence.
-Ta cuisine sent bon
En 28 ans de mariage, les compliments se faisaient rares et voilà que, pour de simples plats, il la complimentait maintenant.
-Qu'est-ce que tu me veux Alain ?
Il haussa ses épaules pour toute réponse.
-Je voulais juste complimenter ma femme, mais apparemment, elle n'est pas d'humeur
Anna eut un rire hystérique.
Après s'être calmée, elle se repositionna normalement sur la banquette devant sa coiffeuse et reprit son maquillage.
-Le temps des mascarades est passé Alain, tu n'as plus besoin de faire semblant
-Je t'aime Anna, laisse nous une chance, je te prie
-Je vois que tu as sniffé de la m*******a avant de venir ici. Je te prie de ne pas ouvrir la bouche pendant de le dîner pour ne pas faire honte à ton fils
Sidéré par la remarque de sa femme, Alain resta un moment sans voix.
-Je... je vais aller me préparer
-Tant mieux
Anna ne voulait rien laisser paraitre, mais elle était surprise par ce brusque changement de la part de son mari. À part pour lui faire l'amour, jamais, il n'avait fait preuve d'affection envers elle et maintenant, il venait lui dire qu'il l'aimait.
Qu'est-ce qu'il espérait ? Qu'elle se jette dans ses bras et qu'elle lui dise qu'elle n'a jamais cessé de l'aimer ? Qu'il aille se faire voir !
Elle était trop vieille pour ses sottises. Elle n'avait qu'une hâte : divorcer pour être libre de rencontrer quelqu'un, un vrai homme qui saura l'aimer. Elle avait encore espoir que tout n'était pas perdu, qu'elle n'était pas trop âgée pour trouver l'âme sœur.
Elle jette un coup d'œil dans son réveil : 19 : 34. Elle allait devoir se dépêcher.
Elle se dirige vers son dressing et opte pour une robe vert pomme. Son maquillage était léger et elle avait rassemblé ses cheveux dans un chignon haut qu'elle avait orné avec des perles. Elle enfila ensuite une paire de soulier à talons blancs.
C'est ce moment que choisi Alain pour sortir de la salle de bain. Il jeta un regard aguicheur à sa femme avant de déclarer :
-Dis donc, tu es magnifiquement apprêtée
-Ce serait aimable de ta part de laisser le vieux haillon qui te sert de costume de côté et de faire de même
Abasourdie par le manque de considération dont lui témoignait sa femme, Alain resta un moment interdit.
Au bout d'un certain moment, il reprit contenance et se rapprocha doucement de sa femme.
-Puis-je savoir ce que je t'ai fait pour mériter autant de mépris?
-Fiche-moi la paix Alain ! Si tu ne le sais pas, ce n'est pas à moi de le savoir
Anna fait un mouvement pour sortir de la pièce, mais son mari le retient.
-Qu'est-ce que tu me reproches exactement ?
-Ce que je te reproche exactement ? Voyons...
Elle fait mine de réfléchir.
-Je te reproche peut-être le fait de ne pas avoir joué ton rôle de père ? Ou peut-être le fait de m'avoir trompé sans prendre la peine de me le cacher ? Tu veux que je continue ? Parce que ce ne sont que les préliminaires
-Je sais que je t'ai fait du mal, mais c'est fini tout ça, c'est du passé. J'étais jeune
Anna rejette la tête en arrière pour émettre un rire guttural après quoi elle se défait brutalement de l'étreinte de son mari.
-Elle est bonne celle-là. Bon d'accord. Admettons que tu étais jeune, ce qui sous-entend que tu es vieux maintenant. Qu'est-ce que je vais faire de ta peau toute flasque moi? Tes minettes ne veulent plus de toi ? Eh bien devine quoi? Moi aussi, j'aime les belles choses par conséquent, tu ne me conviens plus. Et puis ne me touche pas, je viens de me laver
Ne sachant plus que faire, Alain se résigna à la laisser partir.
Comme tenue, il opte pour un pantalon noir et un polo blanc après quoi il chausse ses souliers vernis noir. Il plaque ses cheveux en arrière.
Dire qu'il était beau était un euphémisme. Il était d'ailleurs conscient de l'effet qu'il produisait chez la gent féminine. Il avait toujours aimé Anna, mais avoir un enfant n'était pas dans ses plans. Il aimait la diversité et savoir qu'il était lié pour la vie à une femme le rendait malade. Maintenant qu'il avait 50ans, il avait pris la décision de se poser, mais il réalisait qu'il était peut-être trop tard.
Hugo était aussi beau que lui, mais moins audacieux ; c'est ce qui avait été son erreur. Sa mère l'avait ramolli.
Après avoir enfilé sa luxueuse montre, il jette un dernier coup d'œil vers le miroir. Satisfait du résultat, il se résout à rejoindre sa femme en bas.
Perfectionniste comme elle seule, il la retrouve en train de fixer son décor, à l'affut de la moindre erreur : elle déplace un plat à droite puis le remet à sa place, elle va vérifier s'il y a assez d'huile dans le diffuseur, elle lisse à plusieurs reprises sa robe.
Ayant mare de devoir supporter la nervosité de sa femme, Alain lève les yeux en l'air et intervient :
-C'est bon Anna, tout est parfait
-La ferme!
Étant habitué à ce genre de réaction de la part de sa femme, il ne réagit pas.
C'est ce moment qu'Hugo, accompagné de sa petite amie, choisit pour sonner à la porte.
Anna s'empresse d'aller ouvrir tandis que son mari attend au milieu de la pièce, les mains enfoncées dans les poches, les nouveaux venus.
En ouvrant la porte, Anna découvre Hugo accompagné d'une magnifique jeune femme. Elle était brune au regard envoutant et au physique qui ne laissait pas indifférent. Ses cheveux mi-longs encadraient avec perfection sa mâchoire carrée. De fins sourcils surmontaient ses yeux bruns. Son nez était plutôt droit et ses lèvres étaient fines.
Anna ne pouvait le nier, elle était très belle. Tout en souriant, elle jeta un regard rempli de sous-entendu vers Hugo.
Hugo : Bonsoir maman
Anna : Hugo! Que je suis contente de te voir.
Ils se font la bise après quoi Anna se tourne vers l'inconnue.
Anna : Vous devez être Diane, je suis ravie de rencontrer celle qui fait perdre la tête à mon fils
Diane sourit, le regard étincelant.
Diane : Bonsoir maman. Je peux vous appeler maman?
Prise de court, Anna ne réagit pas immédiatement à la suite de cette question. Même Hugo semble gêné.
Anna : Euh... Non, ne m'appelle pas comme ça amis si tu veux, on peut se tutoyer
Diane : D'accord
Anna : Mais enfin, entre
Diane ne se fait pas prier et traverse le seuil de la porte.
Diane : J'ai apporté du vin
Anna : C'est très aimable de ta part
Diane : ta maison est magnifique
Anna : Merci. C'est ici qu'Hugo a grandi. Si tu veux, je te montre l'album d'Hugo après avoir mangé
Hugo rejette la tête en arrière en grognant.
Hugo : Non, pas l'album maman!
C'est ce moment que choisit le père d'Hugo pour faire son entrée.
Alain : Eh bien, eh bien... Qui vois-je là?
Hugo tourne la tête vers sa mère en voyant son père débarquer et Anna baisse automatiquement la tête. Elle avait oublié de dire à Hugo que son père allait être de la partie.
Alain : Hugo, tu ne me présentes pas ?
À contre cœur, Hugo s'exécute.
.
Hugo : Papa, je te présente Diane, ma petite amie. Diane, voici mon... humm géniteur
Toute souriante, Diane s'avance vers le père d'Hugo.
Diane : Ravie de faire votre connaissance
Alain s'empare de la main de Diane qu'il b***e, geste qui sidère Anna.
Alain : Le plaisir est partagé. Je suis Alain, le père d'Hugo
Anna : Bon benh... Je pense qu'il est temps de passer à table
Tout le monde acquiesce.
À table, la disposition est ainsi faite : Diane à côté d'Hugo en face d'Anna à côté d'Alain. Diane est en face d'Alain tandis qu'Hugo est en face de sa mère.
Alain : Félicitations mon fils, je vois que tu as pris mon gout car ta copine est magnifique
Hugo : hum
En portant un verre d'eau à ses lèvres, Diane jette un bref regard affriolant au père d'Hugo que seul ce dernier remarque mais il décide de l'ignorer pensant qu'il est victime d'hallucination.
Anna : Je suis tout à fait d'accord avec Alain car s'il avait pris mon goût, je crois qu'il ne se serait pas trouvé avec une aussi belle créature. La preuve, regardez ce qui me sert de mari
Diane s'étrangle en buvant son eau après avoir entendu la pique d'Anna. Elle fait de son mieux pour ne pas laisser paraître son sourire mais c'est peine perdu.
Le reste du repas se déroule dans le calme et Alain à bientôt fini avec son plat lorsqu'il sent un pied caresser le sien sous la table.
Il lève la tête et croise le regard de Diane qui le fixe. Cette fois, le message est clair.
Alain : Excusez-moi. J'avais complètement oublié que j'avais rendez-vous avec un client à l'hôtel près de l'aéroport
Anna : A cette heure!
Diane : A l'hôtel près de l'aéroport? C'est sur la route de chez moi. Tu pourrais me raccompagner, n'est-ce pas Hugo ?
Hugo : euh, oui... En venant ici ma voiture est tombée en panne. Ce serait gentil de ta part de raccompagner Diane papa. Même si je sais que lorsqu'il s'agit de moi, tu n'es plus disponible
Alain : Tu es sûr de toi Hugo?
Hugo : Si tu ne veux pas me rendre ce service, tu n'as qu'à me le dire papa!
Alain : Très bien, allons-y
Et c'est ainsi qu'en voulant fuir Diane, Alain va se retrouver coincé avec elle dans sa voiture, laissant Hugo seul avec Anna.