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1905 Words
PVD d’Anna  Alain, visiblement surpris, reste scotché devant la porte d’entrée à me dévisager. -Tu n’es pas content de me voir ? Je le vois déglutir. Je souris intérieurement. Il se racle la gorge, essayant vainement de se donner contenance. Et moi qui pensais qu’il avait changé, je suis déçue. Oui, je suis déçue de moi-même, car je vaux plus que ça. Cet homme ne mérite pas mon estime et encore moins les donuts que j’ai pris la peine de lui acheter. Il a de la chance que ce soit mon argent qui les ai acheté sinon je les lui aurais déjà jetés à la figure. -Si je suis content de te voir ; seulement, je ne m’attendais pas à te voir ici, dans mon bureau -Et bien, je suis là. Tu ne me laisses pas rentrer ? Il regarde à l’intérieur de son bureau avant de reporter son attention sur moi. -Et si on allait dans le resto au coin de la rue ? -Je préfère rester ici De ma main libre, j’ouvre largement la porte et pénètre dans la pièce avant qu’il n’ait eu le temps de réagir. -Tu me sembles bien tendu Alain, il y a un problème ? -Non, non. Je n’ai aucun problème. Je trouve juste qu’il fait chaud et je voudrais aller prendre un peu d’air dehors Bon, je pense que ça suffit maintenant. Je vais lui faire comprendre que j’ai compris. Je le regarde dans les yeux et lui lance : -C’est vrai que tu transpires beaucoup, comme quelqu’un qui vient de faire une activité physique, mais il ne fait pas chaud Alain et exceptionnellement, toi qui aimes toujours être impeccable devant tes clients, ne portes pas de ceinture pourtant tu en portais ce matin Il me fixe à son tour, ne sachant que dire -Anna… C’est ce moment que choisit Diane pour faire irruption dans la pièce. Je décide alors de jouer la carte de l’hypocrisie. - Diane! Quelle surprise! Je ne pensais pas te revoir de sitôt, encore moins ici, dans le bureau de mon mari -Je… je -Hugo sait que tu es ici ? Je viens pourtant de lui parler et il ne m’a pas dit que tu serais là. Je t’aurais apporté un petit quelque chose sinon Elle se tourne vers Alain qui évite tout contact visuel avec elle. -Euh… Non, non. Il ne sait pas que je suis ici, car son père et moi avons décidé de lui organiser une surprise -Ah, et puis-je savoir quel genre de surprise ? Elle se fout de ma gueule ? Elle veut lui préparer une surprise en s’envoyant en l’air avec son père ? À part un bébé, je ne vois pas ce que ça pourrait être. -C’est une surprise pour son anniversaire Alain ferme les yeux tandis que je lui lance un regard las. Elle est bonne celle-là ! -L’anniversaire d’Hugo, c’était le mois dernier Elle écarquille les yeux. -Ah… Oui, « Ah » grosse conne. -Bon benh, je vais vous laisser. J’étais venu donner quelque chose au père d’Hugo, mais il m’a rappelé à quel point certains humains ne valent pas mieux que les animaux. Je tourne les talons. J’ai maintenant la confirmation de ce que je craignais. L’instinct maternel ne trompe jamais. Il ne me reste plus qu’à mettre Hugo au courant. Sur le chemin, je vois Karel qui s’approche. -Tu pars déjà? -Karel, je vais être franche avec toi : tu me saoules ! D’accord? Mêle-toi de tes affaires et fiche la paix aux gens ! Ce n’est pas possible d’être aussi intrusif ! Il reste choqué devant ma déclaration. Je soupire. -Je te demande pardon, mais c’est la vérité Karel, il faut que tu apprennes à la fermer. Tiens, je t’offre une boite de donuts Comme je vois qu’il ne fait aucun mouvement pour prendre la boite, j’attrape ses mains, y dépose la boîte et m’en vais. J’appréhende un peu la conversation que j’aurai avec Hugo. Depuis dimanche, on ne s’est pas parlé. C’est la première fois que cela arrive. C’est comme s'il commençait à avoir un fossé entre nous. Cela a commencé depuis que Diane est rentrée dans sa vie et je n’aime pas ça. Cette fille dégage quelque chose de toxique. Hugo m’a blessé avec ses propos lors de notre dernière rencontre, mais je suis certaine qu’il ne le pensait pas. De toute façon, quoiqu’il puisse me faire, je lui trouverai toujours des excuses, car c’est mon fils et je l’aime. Ce n’est pas une femme qui va changer cela. Dans tous les cas, plutôt je lui aurai tout dit, mieux ce sera, mais avant, j’ai quelques cadeaux à faire. Une fois à la maison, comme à son habitude, Safira vient m’accueillir. Je lui caresse la fourrure, remplis son bol et monte à l’étage. J’attrape deux sacs poubelles et les remplis avec tous les effets personnels d’Alain qu’ils peuvent prendre. Je descends avec eux, les place dans la voiture et me dirige vers l’église la plus proche. Je rentre à l’intérieur de l’église et y trouve un prêtre. -Bonjour mon père Voyant les deux sacs remplis, il me regarde d’un air perplexe. -Que puis-je pour vous mon enfant? -Eh bien, j’apporte des vêtements, du parfum, des souliers et quelques bijoux pour les pauvres, mon père Il fronce les sourcils d’avantage. -Il y a certains objets de la liste que nous n’acceptons pas ma sœur -Mon père, j’insiste pour que vous les acceptiez. Dans tous les cas, tenez ; je vous les donne. Faites-en ce que vous voulez -Mais… Madame…. Je ne peux pas…. Je dépose les sacs devant lui et part sans lui laisser le temps de terminer. J’avais l’intention de les jeter mais je n’aime pas le gaspillage. De toute façon, je suis sûre que les personnes qui porteront ces choses valent plus qu’Alain. Je retourne chez moi et vais dans mon dressing où il y a mes tiroirs contenant quelques papiers importants. J’ouvre une grande enveloppe jaune et y sort les papiers du divorce. Je m’étais déjà préparé à ce moment ; de toute façon, je savais que tôt ou tard, il arriverait. J’attrape mon stylo et signe le bas de la page. Lorsque mon ex-mari viendra, il n’aura qu’à faire de même et on en restera là. C’est grave de ne pas pouvoir autant estimer la personne qu’on avait promis d’aimer jusqu’à ce que la mort nous sépare, mais le comportement d’Alain a été plus efficace à cette tâche que la mort. Ma dernière tâche consiste à téléphoner à Hugo pour prendre rendez-vous avec lui afin de lui annoncer la nouvelle, mais lorsque j’attrape mon téléphone, on sonne à la porte. Qui ça peut bien être? Je n’attendais personne et les connaissances d’Alain ne viennent presque jamais ici, car il préfère les retrouver dans une chambre d’hôtel. Je descends les escaliers lorsque je vois Safira gratter la porte. Ça doit alors surement être Alain, car malgré tout ce que j’ai pu faire pour que le contraire arrive, elle s’est attachée à lui. Lorsque j’ouvre la porte, je suis surprise de tomber sur Hugo. Je suis surprise de le voir, car à cette heure, il devrait être au bureau ; après tout, nous sommes aujourd’hui mercredi et il n’est que 11:48. Safira court vers lui et se frotte à ses pieds. -Hugo?! Il se gratte nerveusement la tête et m’offre un faible sourire. -Bonjour maman. Je te dérange? -Mais non, viens, entre Je me décale pour le laisser passer. Une fois à l’intérieur, il me fixe en jouant nerveusement avec ses doigts. -Tu as faim? Tu veux que je te prépare quelque chose ? -Non, non. Je devrais être au bureau à l’heure qu’il est, mais il fallait que je te voie. J’avais besoin de te parler -Alors, allons dans le salon dans ce cas. On sera confortable là-bas -D’accord Nous marchons côte à côte sans rien dire, Safira a nos trousses. Nous nous installons, mais malgré tout, Hugo me fixe toujours en silence, en jouant avec ses doigts. -Comme je vois que tu peines à trouver les mots, je vais commencer… -Non, tu n’as rien à dire. C’est à moi de m’excuser maman. Je suis tellement désolé ! Je regrette ce que je t’ai dit, je ne sais même pas d’où ça sort. Depuis lundi, j'aurais dû venir, mais j’avais tellement honte -Oh, Hugo! Tu n’avais pas à avoir honte. Tu es mon fils et je t’aimerai toujours -Pardonne-moi maman -Mais c’est déjà fait depuis longtemps. Viens par là Je lui ouvre mes bras et nous nous levons chacun de nos sièges pour nous enlacer. Que ça fait du bien ! Il m’embrasse sur mon front puis me sourit. -Je ne sais pas ce qu’elle a inconsciemment fait qui ne t’a pas plu, mais je m’engage à te prouver que Diane est une bonne personne maman. Laisse-lui une dernière chance. Organise un autre dîner et tu verras que c’est une bonne personne -En parlant de Diane… J’ai un aveu à te faire Hugo Il fronce ses sourcils et je me dégage doucement de son étreinte. -Installe-toi sur le canapé, car ce sera dur à encaisser Il s’exécute alors que moi, je reste debout. C’est à mon tour d’être nerveuse, j’espère que je choisirai les bons mots afin qu’il ait le moins mal que possible. -Alors, je t’écoute. Tu me fais peur, qu’est-ce qu’elle a Diane? C’est ça le problème mon chéri, elle n’a rien ; elle se porte à merveille cette g***e! -Aujourd’hui j’ai été au bureau de ton père. Je ne sais pas ce qui m’a pris, mais j’ai voulu croire qu’il avait changé -Quel rapport avec Diane -Eh bien, Diane était dans son bureau et selon ce que Karel m’a dit… Elle était là depuis environ 1h. -Et? -Lorsque je leur ai demandé ce qu’ils faisaient ensemble depuis tout ce temps, elle m’a dit qu’ils préparaient une surprise pour ton anniversaire ! -Donc? -Depuis quand ton père se soucie de ton père se soucie de ton anniversaire?! J’ouvre les bras en écarquillant les yeux en prononçant cette phrase. -Je ne vois toujours pas la nouvelle que tu voulais m’annoncer au sujet de Diane maman -Eh bien, c'est évident, non ? Elle te trompe avec ton père Hugo -J’espère que tu te rends compte de la gravité des propos que tu avances -Mais enfin Hugo, ton père ne reste jamais aussi longtemps avec une femme sans lui sauter dessus -Diane est une femme respectable et je lui fais confiance -Diane est une g***e Hugo ! -Ça suffit ! Je ne veux plus rien entendre et comme je ne souhaiterais plus me disputer avec toi, je vais partir Il se lève et se dirige vers la sortie, mais je fais une dernière tentative et le retiens par le bras. -Quitte-la tant qu’il en est encore temps Hugo sinon tu souffriras -Je vois que tu as décidé de t’acharner contre elle. Je ne te croyais pas capable de juger les gens sans les connaitre maman. Tu me déçois Mes épaules s’affaissent. -C’est ce que tu penses de moi à présent Hugo ? -C’est ce que tu laisses paraitre en tout cas -Ne la laisse pas nous séparer Hugo -C’est toi qui nous sépare maman -Hugo, je ne… -Je dois partir maman. Au revoir Il se défait de mon emprise et part. Je ferme les yeux et me laisse choir sur le canapé. Mon Dieu, préservez mon fils.
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