L'ARRIVÉE DE YANN

1125 Words
Maella demande à Joeresse, les yeux plantés dans les siens : — *Pendant combien de temps tu vas continuer à me rejeter, Joeresse ? Je suis là pour toi. Depuis toujours.* Elle s’approche, le séduit, pose sa main sur sa joue et finit par l’embrasser. Joeresse, d’abord figé, sent son cœur battre trop fort. Il ne la repousse pas. Lola et Rigo ont perdu espoir. Les jours passent, les nuits aussi, et aucune nouvelle de Rafiou. Ébènezere les rejoint, affichant un visage faussement compatissant, la voix pleine d’une inquiétude calculée. — *Ne perdez pas espoir. On le retrouvera bientôt, j’en suis sûr. Il faut garder la foi. Rafiou est fort.* Franck, à côté de lui, regarde son ami d’un air de mépris. Il serre les poings. Il connaît la vérité, et chaque mot d’Ébènezere lui donne la nausée. Darus, avant d’aller à l’école, chante dans sa chambre, joyeux, presque léger. Yvan entre, surpris de voir son fils si gai si tôt. — *Mon fils, quelle est la raison de ta joie très tôt ce matin ?* Darus se retourne, un grand sourire éclaire son visage. — *Papa, je vais bientôt voir mon demi-frère Yann ! Il arrive ! Je vais enfin le rencontrer !* Joeresse repousse Maella, mal à l’aise, le souffle court. — *Maella, non… ce n’est pas une bonne idée. Pas maintenant. Pas comme ça.* Mais elle insiste, se blottit contre lui, l’embrasse dans le cou, murmure son nom. La solitude, la douleur, la colère… tout se mélange. Et ils finissent par aller dans la chambre faire l’amour. Darina, au club, fait le compte de leurs capitaux économiques ce mois-ci. Les chiffres s’alignent sur l’écran, bien élevés, en nette hausse. Elle hoche la tête, satisfaite malgré elle. — *Xavier sera très content. Les recettes ont explosé ce mois-ci. Les filles ont bien travaillé.* Elle se tourne vers Polo, son homme de main le plus fidèle. — *Polo, je veux que tu te renseignes. Je veux savoir exactement où ma fille a eu cet accident de bus. L’endroit précis. Le jour. L’heure.* Polo hésite, le front plissé par l’inquiétude. — *Darina, ça va te rendre plus malheureuse. À quoi bon remuer le passé ? Ça ne la ramènera pas.* Mais elle insiste, le regard dur, la voix qui ne tremble pas. — *Fais-le. C’est un ordre. Je dois savoir.* Polo soupire et finit par accepter. — *D’accord. Je vais voir ce que je peux trouver. Mais promets-moi de ne pas t’effondrer.* Xavier, à table, tape du poing sur le bois massif. Les verres tremblent. — *Domestique ! Fais descendre ma femme. Tout de suite. Le dîner est servi.* La domestique monte, frappe doucement, mais redescend seule, tête baissée. — *Monsieur, Madame Astride refuse de descendre dîner avec vous. Elle dit qu’elle n’a pas faim.* Xavier se lève, furieux, la mâchoire contractée. Il monte lui-même les escaliers quatre à quatre et l’oblige à venir de force, en lui tordant le bras avec brutalité. — *Tu descendras. Que tu le veuilles ou non. Tu es ma femme.* Yann arrange ses affaires pour rentrer au Bénin. À l’aéroport, il prend un avion, voulant leur faire la surprise car il avait dit deux jours, mais il arrive plus tôt. Il imagine déjà le visage de sa mère, de Junior, de Karmelle, d’Astride. Joeresse, après, est encore au lit, allongé avec Maella. Il fixe le plafond, le goût amer de la culpabilité dans la bouche. — *Maella… ce qu’on a fait, ce n’était pas une bonne idée. Je ne suis pas prêt. Je ne devrais pas.* Maella se redresse et pose sa tête sur son torse, essayant de le convaincre, sa main caressant sa peau. — *Joeresse, s’il te plaît. Donne-moi une chance. À nous. À notre relation. Je peux te rendre heureux.* Joeresse soupire, perdu. — *Je vais réfléchir. Mais je dois être honnête avec toi : j’aime encore Ronisia. Je ne l’ai pas oubliée. Peut-être que je ne l’oublierai jamais.* Ébènezere rôde toujours autour de la plantation de Joeresse. Il se cache derrière les palmiers, observe les ouvriers, les camions, les tonnes de coton récoltées. Tout se passe normalement. Trop normalement. La rage monte en lui, brûlante. — _Malgré tout ce que j’ai fait, malgré l’usine fermée, malgré Rafiou… il lui reste encore un moyen de s’en sortir. Mais on verra bien. Ce n’est pas fini. Je te jure que ce n’est pas fini._ Le soir, Maella et Arianne sont dans un restaurant et discutent à voix basse, complices. Maella lui raconte comment tout se passe avec Joeresse, un sourire en coin. — *Je l’ai eu, Arianne. On a couché ensemble. Il est perdu, il est faible. Il doute.* Arianne sourit, voyant déjà la vie de sa sœur détruite, en miettes. Soudain, le téléphone d’Arianne vibre. C’est Joeresse. Il appelle Arianne et lui dit d’une voix brisée, fatiguée : — *Arianne… je me sens tellement seul. Tu peux venir chez moi ? S’il te plaît.* Yann arrive au Bénin, à l’aéroport de Cotonou. Il récupère sa valise, le cœur léger. Il décide de prendre un taxi pour rentrer chez lui, dans la maison familiale. Il veut faire la surprise à tout le monde. Il imagine les cris de joie. Ébènezere parle tout seul dans le champ, marmonnant sa haine entre les plants de coton. — *Je vais te détruire, Joeresse. Complètement. Toi, tes terres, ton nom. Tout.* Franck arrive derrière lui et le regarde, inquiet, presque effrayé. — *Ébènezere… tu es fou ? Tu parles tout seul maintenant ? Tu fais peur.* Yann arrive chez eux. Il frappe à la porte, le cœur battant, un bouquet de fleurs à la main, dans l’espoir de voir sa famille et surtout Astride. Mais il ignore tout ce qui s’est passé en son absence. Il ignore le divorce, la mort du bébé, le mariage forcé. Tata Soni ouvre la porte. Elle est surprise de voir Yann. Elle le prend dans ses bras, tout heureuse, les larmes aux yeux. — *Yann ! Mon fils ! Tu es là ! Mon Dieu, quelle surprise !* Mais Yann remarque que Tata Soni a l’air un peu triste, lointaine, son sourire ne monte pas jusqu’à ses yeux. Cela l’étonne. — *Tata Soni, tu n’es pas heureuse de me voir ?* Soni joue l’hypocrite et force un sourire, plus large cette fois. — *Si, si, mon chéri. Je suis très heureuse. Quelle surprise ! Entre, entre !* Sonia court dans les escaliers chercher Ronisia en criant. Ronisia descend, le visage défait, marqué par la douleur et les larmes. Elle tombe sur son fils. Elle éclate en sanglots et le serre contre elle, comme si sa vie en dépendait. Yann, perdu, ne comprend pas. — *Maman ? Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi tu pleures ?*
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