Prologue
Deux Ans Plus Tôt, La Photo
Étretat, août.
La falaise était blanche. Le vent était fort. Et Chloé riait trop fort.
Damien avait installé l’appareil sur le retardateur.
-« Serrez-vous, les filles. Plus près. »
Je me suis collée à Chloé. Son épaule contre la mienne. Son parfum, toujours. Coco et mensonge. Je ne le savais pas encore.
Damien a couru vers nous. Il m’a attrapée par la taille. Sa main, chaude, possessive, juste au-dessus de ma hanche. L’autre main sur l’épaule de Chloé.
-« Souriez. »
Clic.
Dix secondes plus tard, on regardait la photo sur l’écran de l’appareil.
Moi au centre. Chloé, la tête penchée vers moi. Damien, qui me regardait moi, mais dont le corps était tourné vers elle.
-« On est beaux », j’ai dit.
-« On est une famille », a répondu Chloé.
Damien n’a rien dit. Il a juste embrassé ma tempe. Et par-dessus mon épaule, ses yeux ont croisé ceux de Chloé. Une seconde.
Je n’ai rien vu.
Je cadrais le bonheur. Je ne savais pas encore que je cadrais un meurtre.
Ce soir-là, Damien m’a demandé en mariage. Avec la bague de sa grand-mère. À toi pour toujours, Léa.
Chloé a pleuré. Elle a dit que c’était les plus belles larmes de sa vie.
Deux ans plus tard, j’ai retrouvé cette photo.
Sur la table de nuit.
Derrière eux.
Pendant qu’il la baisait dans notre lit.
Ils ne l’avaient même pas retournée.
C’est ce jour-là que j’ai compris :
La trahison ne commence pas avec le sexe.
Elle commence avec un regard qu’on ne voit pas.
Et une photo qu’on prend en croyant immortaliser l’amour, alors qu’on immortalise déjà sa fin.