VIII C’est une étonnante passion que l’amour. Étonnante pour un homme de vingt ans, je veux dire. Puisqu’on nous donne en philosophie un professeur pour nous expliquer ce que c’est que l’âme, on devrait bien nous en donner un pour nous enseigner les lois de l’amour. L’âme ! combien parmi nous meurent sans savoir s’ils en avaient une, tandis que l’amour, qui n’apprend à ses dépens à le connaître ? Je rencontre madame Obernin et, pendant six ou huit mois, je ne sais si malgré mon amour je pourrai m’approcher d’elle. Tout à coup le hasard nous met en présence et, en quelques jours, je vais assez vite pour en arriver à lui faire savoir que je l’aime ; sans trop de présomption, je peux tout espérer. Depuis ce moment jusqu’au jour où nous sommes, près d’une année s’est écoulée, et j’en suis

