Le silence sur le pont était devenu insupportable.
L’air semblait plus lourd, chargé d’électricité. Éloïse sentait son cœur battre si fort qu’elle avait l’impression que les deux hommes pouvaient l’entendre.
Adrien fixa Lucas, le regard dur, protecteur… presque menaçant.
— Ce ne sont pas tes affaires, dit Adrien d’une voix basse.
— Tout ce qui touche à elle devient mes affaires, répliqua Lucas.
Éloïse serra les poings.
— Arrêtez tous les deux ! cria-t-elle. Je ne suis pas un objet qu’on se dispute !
Les mots claquèrent dans la nuit. Lucas détourna légèrement le regard, surpris. Adrien, lui, la fixa avec une intensité troublante.
— Éloïse… murmura Adrien, tu devrais rentrer.
— Non, répondit-elle aussitôt. Pas avant d’avoir compris ce qui se passe vraiment.
Lucas ricana nerveusement.
— Tu vois ? Tu l’entraînes déjà dans ton chaos.
Adrien s’avança d’un pas.
— Et toi, tu la manipules avec la peur.
Les deux hommes n’étaient plus qu’à quelques mètres l’un de l’autre. Éloïse s’interposa instinctivement.
— Stop. Maintenant.
Ils s’immobilisèrent.
— Lucas, dit-elle plus calmement, je te remercie de t’inquiéter pour moi. Mais c’est ma vie.
— Et si tu te fais briser ? demanda-t-il, la voix serrée.
Éloïse baissa les yeux une seconde, puis releva la tête.
— Alors ce sera mon erreur.
Ces mots furent comme un coup de poing pour Lucas.
— Très bien, dit-il froidement. Mais quand tout s’effondrera, ne viens pas me demander de réparer les dégâts.
Il lança un dernier regard à Adrien, puis s’éloigna sans se retourner.
Après la tempête
Le pont retrouva son calme. Seuls les pas de Lucas résonnaient encore au loin.
Éloïse tremblait légèrement. Adrien s’approcha, hésitant.
— Je suis désolé… je ne voulais pas que tu te retrouves au milieu de ça.
— Trop tard, répondit-elle doucement.
Elle croisa les bras, cherchant à se protéger.
— Dis-moi tout, Adrien. Plus de demi-vérités.
Il inspira profondément.
— Ma famille ne tolère pas la faiblesse. Ni l’attachement.
— Et moi ? demanda-t-elle.
— Toi… tu es exactement ce qu’ils utiliseraient contre moi.
Éloïse sentit une boule se former dans sa gorge.
— Alors je suis un danger pour toi ?
Adrien secoua la tête.
— Non. Tu es la seule chose qui me fait encore croire que je peux être quelqu’un de différent.
Leurs regards se croisèrent. Le monde sembla se réduire à cet instant.
— Mais si tu restes près de moi, continua-t-il, tu risques d’être observée. Suivie. Peut-être même menacée.
Éloïse frissonna.
— Et si je pars ? demanda-t-elle.
Adrien détourna le regard.
— Alors tu seras en sécurité… mais je te perdrai.
Une nuit agitée
Chez elle, Éloïse tourna dans son lit pendant des heures.
Les paroles d’Adrien se mêlaient à celles de Lucas.
Tu pourrais être en danger.
Il va te détruire.
Elle regarda le plafond, le cœur en conflit. Elle n’avait jamais connu ça. Jamais ressenti cette attraction, cette peur mêlée à l’envie irrépressible de rester.
Son téléphone vibra.
Je comprends si tu veux t’éloigner. Dis-le-moi simplement.
Elle resta longtemps sans répondre.
Puis elle écrivit :
Je ne fuis pas quand j’ai peur. Pas cette fois.
La réponse arriva presque immédiatement.
Alors je ferai tout pour te protéger.
Éloïse ferma les yeux, une larme silencieuse glissant sur sa tempe.
Le premier signe
Le lendemain matin, en sortant de l’immeuble, Éloïse remarqua une voiture noire stationnée de l’autre côté de la rue. Moteur éteint. Vitres teintées.
Elle ralentit.
La voiture démarra lentement… puis s’éloigna.
Un mauvais pressentiment s’installa en elle.
Quelques minutes plus tard, un message d’Adrien arriva.
Tu n’as rien remarqué d’étrange ce matin ?
Son cœur se serra.
Pourquoi ? répondit-elle.
Trois petits points apparurent… puis disparurent… puis réapparurent.
Parce que je crois qu’ils savent.
Éloïse sentit le sol se dérober sous ses pieds.
Elle comprit alors que son choix était fait.
Et que le danger venait d’entrer dans sa vie pour de bon.