Chapitre 12 — La ligne invisible

850 Words
La tour abandonnée respirait le silence. Aïden était assis près d’une fenêtre brisée, observant la ville encore engourdie par la nuit. Les lumières de Néopolis pulsaient à nouveau, comme un cœur qui refuse de s’arrêter malgré les blessures. Chaque scintillement lui donnait l’étrange impression d’être observé… ou reconnu. Derrière lui, Lya dormait à moitié, adossée à un mur, son épaule bandée. Sa respiration était irrégulière. Elle essayait d’être forte, mais son corps la trahissait. Aïden ferma les yeux. Et immédiatement, le monde changea. Il sentit les lignes électriques sous les rues. Les données glissant dans les fibres optiques. Les systèmes de surveillance qui redémarraient un à un, comme des yeux qui s’ouvrent. Il se redressa brusquement. — Non… pas maintenant. Il inspira profondément, tentant de bloquer cette sensation envahissante. Il avait peur. Pas de Helix. Pas même de Vorn. Il avait peur de lui-même. — Aïden ? La voix de Lya était faible mais éveillée. — Tu n’as pas dormi, constata-t-elle. — Je n’y arrive pas. Elle s’approcha lentement et s’assit à côté de lui. — Tu écoutes encore la ville ? — Elle ne se tait pas. Un silence s’installa entre eux. Un silence lourd, presque fragile. — Lya… si la Résistance vient, dit-il enfin, je ne veux pas que tu te mettes entre eux et moi. Elle le regarda, surprise. — Pourquoi tu dis ça ? Il hésita, puis parla avec honnêteté. — Parce que s’ils décident que je suis une menace… ils auront peut-être raison. Elle secoua la tête. — Tu n’es pas une arme. — Ils ne voient pas les choses comme toi. Un bruit métallique résonna soudain dans les étages inférieurs. Puis un autre. Des pas. Lya se figea. — On n’est pas seuls. Avant qu’Aïden ne puisse répondre, les lumières de l’immeuble s’allumèrent brutalement. Des silhouettes armées apparurent dans le couloir. — Aïden Kaël, lança une voix ferme. Ne bougez pas. Le symbole de la Résistance Fantôme brillait sur leurs uniformes. Aïden se leva lentement. — Ils sont venus pour moi. Lya fit un pas en avant. — Attendez ! Il est blessé, il n’est pas stable— — Justement, coupa la voix. C’est pour ça qu’on est là. Un homme s’avança. Grand, le visage marqué par les combats, regard dur mais fatigué. — Je m’appelle Kael Morrin. Stratège de la Résistance. — Vous m’avez retrouvée rapidement, répondit Lya froidement. — Trop rapidement, oui. Il posa les yeux sur Aïden. — Tu es plus dangereux que Helix ne l’avait prévu. — Je n’ai rien attaqué, dit Aïden. Je me défends. — Sans le vouloir, tu as pris le contrôle d’un chasseur militaire, répondit Kael. Tu imagines ce que ça signifie ? Aïden baissa les yeux. — Justement. C’est pour ça que je dois rester libre. Kael secoua la tête. — Non. C’est pour ça que tu dois être contenu. Deux soldats levèrent leurs armes. Lya se plaça immédiatement devant Aïden. — Non. — Lya, recule, dit Kael. — Vous n’avez pas le droit ! — Le monde n’a pas le luxe des droits quand il risque de s’effondrer. Aïden posa doucement une main sur l’épaule de Lya. — Écoute-les. Elle se tourna vers lui, choquée. — Quoi ? — S’ils me craignent autant que Helix… alors rester ici ne fera que te mettre en danger. — Je m’en fiche du danger ! Sa voix tremblait. — Je t’ai déjà perdu une fois, Aïden. Je ne recommencerai pas. Il la regarda longuement. — Justement… c’est pour ça que tu dois me laisser partir avec eux. — Tu crois vraiment qu’ils vont t’aider ? — Non. Il sourit tristement. — Mais ils m’empêcheront de devenir ce que Vorn veut. Kael observa la scène, silencieux. — Il comprend, dit-il enfin. — Non, répondit Lya. Il se sacrifie. Aïden s’approcha d’elle, si près que leurs fronts se touchèrent presque. — Lya… si un jour je perds le contrôle… je veux que tu sois loin. Des larmes silencieuses coulèrent sur ses joues. — Je refuse. Les systèmes autour d’eux vibrèrent soudain. Les armes tremblèrent légèrement dans les mains des soldats. Kael fronça les sourcils. — Aïden… calme-toi. Il inspira profondément. Les vibrations cessèrent. — Voilà pourquoi je pars avec vous, dit-il doucement. Un silence pesant suivit. Kael fit un signe de tête. — Menotte neuronale. Niveau quatre. Un dispositif froid se referma autour du poignet d’Aïden. Instantanément, le monde se tut. Plus de flux. Plus de voix. Plus de ville. Aïden vacilla. Lya le rattrapa. — Respire, murmura-t-elle. Respire. Il la regarda, soudain vulnérable. — J’ai peur, Lya. — Moi aussi. Elle posa son front contre le sien. — Mais je te retrouverai. Les soldats commencèrent à l’emmener. Aïden se retourna une dernière fois. — Ne fais confiance à personne, dit-il. Même pas à eux. — Et toi, ne t’abandonne pas. La porte se referma. Le silence retomba. Lya resta seule dans la tour vide, les poings serrés. Au loin, Helix Corp observait. Et Elias Vorn souriait. Parce qu’il savait une chose que personne d’autre n’avait encore comprise : La seule chose plus dangereuse qu’Aïden libre… C’était Aïden brisé.
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