Le silence de l’appartement était insupportable.
Éloïse était assise sur le sol depuis des heures, le dos contre le canapé, les yeux fixés sur la petite clé USB posée sur la table basse. Elle n’avait pas encore trouvé le courage de la toucher. Comme si ce simple geste rendrait l’absence d’Adrien définitive.
Si jamais je ne reviens pas.
Ces mots tournaient en boucle dans sa tête.
Elle se leva enfin, les jambes engourdies, et s’approcha lentement. Ses doigts tremblaient lorsqu’elle prit la clé. Elle inspira profondément, puis alluma son ordinateur.
— D’accord… murmura-t-elle. Je suis prête.
L’écran s’illumina. La clé contenait un seul dossier, protégé par un mot de passe.
Elle fronça les sourcils.
— Évidemment…
Puis elle tenta quelque chose, presque instinctivement.
Elle tapa son prénom.
Accès refusé.
Son cœur se serra. Elle essaya autre chose.
Éloïse.
L’écran clignota.
Accès autorisé.
Ses yeux s’embuèrent.
Les vérités d’Adrien
Le dossier contenait plusieurs fichiers : des documents, des vidéos, des enregistrements audio… et une lettre.
Elle ouvrit la lettre en premier.
Éloïse,
Si tu lis ceci, c’est que j’ai échoué à te protéger comme je le voulais.
Ce que tu vas découvrir n’est pas seulement mon histoire, mais celle d’un empire bâti sur la peur.
Je ne t’ai jamais menti sur mes sentiments, mais je t’ai caché l’ampleur du danger.
Si tu choisis de refermer cette clé, je comprendrai. Si tu continues… alors sache que tu ne pourras plus faire demi-tour.
Quoi que tu décides, souviens-toi d’une chose : t’aimer a été la seule décision qui m’a rendu libre.
— Adrien
Les larmes coulèrent sans qu’Éloïse tente de les retenir.
— Idiot… murmura-t-elle. Tu crois vraiment que je vais abandonner maintenant ?
Elle ouvrit le premier fichier vidéo.
Le monde caché des Delacroix
Les images étaient floues au début, puis plus nettes.
Des réunions. Des hommes en costume. Des signatures. Des échanges discrets.
Des noms revenaient sans cesse.
Delacroix Holdings.
Victor Delacroix.
Sociétés écrans.
Éloïse comprit rapidement : ce n’était pas juste une famille riche. C’était une organisation. Un réseau.
Elle passa aux enregistrements audio. Une voix familière s’éleva.
Celle d’Adrien.
— Je refuse de reprendre le contrôle de ces sociétés.
— Tu n’as pas le choix, répondit une autre voix, plus âgée, glaciale.
— Je ne sacrifierai pas des innocents.
— Alors quelqu’un d’autre sera sacrifié à ta place.
Éloïse porta une main à sa bouche.
Elle comprenait maintenant. Adrien n’avait pas fui par lâcheté, mais par révolte.
Un nom inattendu
Dans les documents, un détail attira son attention.
Un dossier marqué : Projet Atlas.
Elle l’ouvrit.
Son souffle se coupa.
Des photos.
Des rapports.
Et un nom.
Lucas Morel.
— Non… murmura-t-elle.
Lucas n’était pas juste un étudiant inquiet. Il était lié à tout ça. D’une manière ou d’une autre.
Elle continua de lire. Lucas n’était pas un ennemi direct… mais un informateur. Quelqu’un qui travaillait pour une branche secondaire du réseau, chargé d’observer Adrien à distance.
Éloïse recula, choquée.
— Alors tout ça… ce n’était pas un hasard.
Une colère froide s’installa en elle. Plus de peur. Plus d’hésitation.
Seulement une certitude.
Le premier pas
Éloïse passa la journée à étudier les fichiers. À comprendre. À apprendre.
Quand la nuit tomba, elle n’était plus la même personne.
Elle prit son téléphone.
Un message non lu clignotait.
Numéro inconnu.
Tu as 48 heures. Après ça, il sera trop tard.
Elle tapa une réponse. Lentement. Calmement.
Je ne suis plus un levier. Je suis un problème.
Elle envoya le message.
Puis elle en écrivit un autre, à Lucas.
On doit parler. Tu m’as menti. Et maintenant, tu vas m’expliquer pourquoi.
Face à la vérité
Ils se retrouvèrent dans un café discret, en périphérie de la ville. Lucas semblait tendu, nerveux.
— Tu n’aurais pas dû me contacter, dit-il à voix basse.
Éloïse le fixa sans ciller.
— Tu travailles pour eux.
Lucas baissa les yeux.
— Au début, je devais juste observer Adrien. Rien de plus.
— Et moi ? demandat-elle. J’étais quoi ? Un dommage collatéral ?
— Non… dit-il rapidement. Tu n’étais pas censée exister dans l’équation.
Elle sourit, sans joie.
— Mauvais calcul, alors.
Lucas la regarda longuement.
— Tu ne sais pas dans quoi tu mets les pieds.
— Si. Et je sais aussi que tu as peur.
Il ne répondit pas.
— Aide-moi, Lucas. Ou écarte-toi.
Un long silence.
— Victor ne laisse jamais les choses inachevées, dit-il enfin. Si Adrien est retourné avec lui… c’est qu’il prépare quelque chose de très sale.
— Alors je ferai partie de la préparation, répondit Éloïse.
Lucas secoua la tête.
— Tu es folle.
— Non, corrigea-t-elle. Je suis amoureuse.
La promesse
De retour chez elle, Éloïse ouvrit un dernier fichier sur la clé USB. Une courte vidéo.
Adrien apparaissait à l’écran. Fatigué. Mais déterminé.
— Si tu regardes ceci, c’est que je ne suis pas revenu, dit-il doucement.
— Ne me cherche pas… à moins d’être prête à tout perdre.
Éloïse ferma l’ordinateur.
— Désolé, Adrien, murmura-t-elle. Mais je suis déjà prête.
Elle se dirigea vers la fenêtre. Au loin, une voiture noire était de nouveau stationnée.
Elle ne détourna pas le regard.
Cette fois, elle n’avait plus peur.
Parce qu’elle savait désormais une chose essentielle :
leurs destins étaient croisés…
et aucun des deux ne comptait rompre ce lien.