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Ida : Vas-y, on passe.
- Oui.
Ida : Sinon comment vont mes bébés ?
- Ils vont bien Dieu merci et les miens ?
Ida : Oui pareil. J'espère que tu ne rends personne folle à la maison.
- Mais non, je suis calme tu sais.
Ida : Oui c'est ça. En tout cas prends soin de mes jumelles.
- Oui oui. D'ailleurs elles veulent que tu viennes les voir.
Ida : Je suis en chemin.
On continue à discuter de tout et de rien puis on se dit bye. Je sors de ma chambre car je m'y étais posée pour communiquer calmement. J'arrive au seuil de la porte du salon et regarde mes hommes concentrés sur leur dessin animé, Aimé plus que mon petit Papa. Mon mari est un grand fan de dessin animé je vous assure quand je pense que c'est un directeur qui donne des ordres, j'en meurt de rire.
Je souris et m'en vais me placer à ses côtés dans le fauteuil. Je prends sa main droite dans la mienne et lui parle doucement.
- Bibi.
Aimé : Mmh.
- Je t'aime.
Il me regarde en souriant puis rapproche ma tête avec son autre main puis me fait un long bisou sur le front.
[ Farida ]
Oumou : ...ma vie est un désastre.
- Dis pas ça.
Oumou : Si..tu vois bien.
- Et la mienne alors ?
Elle me regarde avec ses yeux qui déjà brillaient.
Oumou : ..je suis désolée.
- Mais non. Je veux juste que tu réalises que ta vie est loin d'être un désastre. Tant pis s'il ne t'appelle pas, ce que tu désirais le plus c'était d'être mère donc voilà soit heureuse pour celà. C'est lui qui rate tout pas toi.
Oumou : ...
- C'est cet être qui doit être ta préoccupation. _en touchant son ventre
Oumou : ..oui.. tu as raison.
- Voilà j'aime ça.
Je comprends qu'elle soit bouleversée, c'est parce qu'elle s'est éprise de son mari et qu'elle s'imaginait vivre avec vivant une magnifique romance mais on voit tous que ce n'est pas le cas même si elle ne dit pas tout. Mais franchement je pense qu'elle doit juste se concentrer sur son enfant vu que c'est son plus grand amour.
Moi par contre je n'ai pas la chance de vivre celà, de me marier et encore moins d'être mère, je n'aurai jamais cette chance.
Je suis la quatrième d'une fratrie de sept enfant, j'ai trois frères et trois sœurs, tous mariés mais moi non pour cause mon père. Mon père refuse que je me marie, il a décliné toutes les demandes. Il dit que me marier c'est m'exposer à une mort certaine.
Je suis atteinte d'un asthme sévère depuis presque toujours, il y'a des jours où je peux faire deux crises. La vie n'est pas facile pour un asthmatique surtout de mon stade mais ce n'est pas pour autant que je me morfonds, au contraire j'essaie de vivre comme si de rien n'était, mais ça, ma famille le refuse. Mon père pense que je ne serai pas en sécurité chez un homme, il pense que je manquerai d'assistance si je vis seule avec un époux. Il trouve qu'aucun homme pourrait prendre suffisamment soin de moi, mais il oublie que je suis une femme qui sait déjà prendre soin d'elle toute seule et que je ne veux pas non plus être traitée différemment, je ne veux pas qu'on me regarde d'une autre manière. C'est lui qui rend ma maladie plus grave qu'elle ne l'est déjà car dans son regard c'est ce qui se trouve. Certes je ne dois pas faire de trop grand effort mais ça ne veut pas non plus dire que je ne peux pas en faire mais il ne comprend rien de tout ça ou plutôt il ne veut pas comprendre. Il veut tellement me protéger qu'il refuse que je vive cette étape de la vie qui me tient tant à cœur. Telle est mon histoire !
[ Fatoumata Jeanine ]
Je venais de finir de m'habiller quand ma benjamine entre dans ma chambre.
Batoma : Maman, on t'appelle dans le salon.
- J'arrive. Y'a qui ?
Batoma : Notre grand-mère et papa.
- Votre grand-mère ?
Batoma : Oui.
En vingt ans, 21 ans bientôt, de mariage, je crois que c'est la septième fois oui la septième fois qu'elle vient chez moi, lors des baptêmes de mes cinq enfants, quand Madou a fait un accident et aujourd'hui.
- Ok.
Je finis d'attacher mon moussôrô et pars répondre à l'appel.
- Aw ni tilé mah. (Bonsoir mah)
Mah : ..n'sé.
Je ne fais pas attention à comment elle m'a répondu et lui apporte de l'eau à boire. Elle prends le verre puis le dépose.
Mah : Fatoumata.
- Oui mah.
Mah : Assieds toi.
Je m'exécute.
Mah : Tu ne penses pas qu'il est enfin temps ?
- ...
Je la regarde puis mon mari. Elle veut quoi encore ?
Mah : Tu sais que j'ai été contrainte de t'accepter. Je ne voulais pas de toi et encore moins de ta religion. Déjà un enfant est censé suivre la religion de son père et une femme adhérée à celle de son mari mais toi ce n'est pas le cas et je vois que tu n'es toujours pas prête à changer celà.
Oui je ne suis pas prête à changer celà car c'est mon choix et je compte pas y renoncer pour quelqu'un. Si même mon père est d'accord avec moi, qui d'autre vais-je écouter ? Je suis la quatrième d'une fratrie de seize enfants et l'unique fille de ma mère, ma mère avait mes deux frères et moi, elle était chrétienne et c'est d'elle que j'ai découvert cette religion. Mon père est un polygame, il avait quatre femmes, avait parce qu'on vient de perdre ma mère y'a juste deux ans, mon plus grand soutien. J'ai deux frères et treize demi-frères et sœurs. Notre famille à elle seule regorge des deux religions, je ne suis pas la seule à être chrétienne dans la famille même si mes deux frères ne le sont pas, j'ai mon autre frère et ses trois sœurs qui le sont, elles par contre sont toutes mariées à des hommes qui partagent leur foi mais la dernière qui vient de se marier, ma petite sœur Oumou est la seule d'entre nous qui ne s'est pas encore mariée à l'église, car avec mon mari on a fait tous les mariages religieux, il a signé la monogamie. Il est m******n et il respecte ma religion et voilà ce qui dérange ma belle-mère. Mon beau-père de son vivant n'y posa aucun problème mais ma belle-mère a toujours tout fait pour que Madou me laisse tomber car je suis têtue d'après elle. On prend tous de l'âge, maintenant j'ai 41 ans et elle s'obstine toujours avec cette affaire.
Mah : Ça fait longtemps maintenant, il est temps que tu deviennes m*******e.
- ..mah, on ne va pas en revenir la dessus.
Mah : Bien-sûr que si. Je ne reposerais pas en paix tant que mon fils est marié à une femme qui ne le respecte pas en n'adhérant pas à sa religion. Tu as deux choix et Madou me soutient.
Je tourne mon regard vers mon mari qui pour la première avait un autre regard à mon égard.
Mah : Ce n'est pas la peine de le regarder. Tu as le choix, soit tu changes de religion soit tu prends tes affaires et quitte cette maison sur le champ.
[ Moïse ]
- Ana viens ici !
Elle s'arrête avec Isaac. On venait de rentrer à la maison. Je pousse la porte pour la fermer derrière moi et m'approche d'elle.
Ana : Qu'est ce qu'y'a ?
- Tu peux me dire c'est quoi ça ?
Ana : Quoi ?
- Ça ! _en lui montrant mon téléphone
Ana : ...
- Tu as bloqué le numéro de Marie ?
Ana : Qui t'a dit que c'est moi ?
- Je ne te connais pas peut-être ?
Ana : Je l'ai pas fait exprès papa puis je voulais l'enlever mais je ne savais plus comment.
Isaac : Tu as sans doute fait exprès.
Ana : Toi on ne t'a pas demandé.
- Ne parles pas comme ça à ton frère.
Ana : Mais c'est lui.
- Je ne veux plus que tu recommence ok.
Elle tourne la tête vers la porte puis..
Ana : Maamaan !
Je tourne la tête et voit Cynthia, Ana saute dans ses bras.
Isaac : Maman ?
- Tu..
Cynthia : La porte n'était pas bien fermée. Isaac vient m'aider avec mes affaires.
Isaac : Tes affaires ?
Ana : Vous retournez ensemble ?
- Non, je l'aide juste à l'hé..
Je me fais couper par mon téléphone. Je vois l'appel de ma mère. Je réponds en me dirigeant vers le couloir.
Maman : Tu lui as demandé ?
- Pas encore, je m'apprêtais à l'appeler.
Maman : Vas-y demande la. Nous ne sommes pas proche elle et moi.
Ana : ..donc je dors avec toi maman.
Elle venait dans le couloir avec sa mère et ses affaires.
- T'inquiètes maman, je vais l'appeler.
Cynthia : Bien-sûr ma puce, on dort ensemble.
Maman : C'est mie.. Y'a qui chez toi ? C'est Cynthia là ?
- Oui.
Je rentre dans la chambre.
Maman : Moï ça va chez toi ?
- Oui pourquoi ?
Maman : Tu me le demandes ? Comment ça elle va dormir chez toi ?
- Je l'héberge quelque temps.
Maman : Je préfère ne rien dire parce qu'après je vais passer pour une méchante en plus ça ne sert à rien de te parler vu que tu n'en fais qu'à ta tête. Tchrr.
- Maman.
Maman : Bref appelle l'autre pour qu'on sache si elle est enceinte ou pas.
Ma mère pense que Marie est enceinte, elle dit avoir remarqué des signes de grossesse chez elle depuis son retour au pays donc elle veut en savoir plus. Si elle est enceinte ça serait trop rapide oui, donc dès la nuit de noce elle serait tombée en état. Un troisième enfant, moi, maintenant ? En plus dans un autre continent ? Je ne sais pas comment je ferai.
Elle raccroche. Je sors de ma chambre et tombe nez à nez sur Cynthia.
- Qu'est ce que tu veux ?
Cynthia : Il y'a un problème ?
- Non.
Cynthia : Ok. Je voulais te demander si je peux cuisiner quelque chose.
- Toi me demander la permission pour quoique ce soit ?
Je rigole et m'en vais me prendre un verre d'eau dans la cuisine.
.. : T'as dit à ta femme ce qui se passe ici ?
- ...
Isaac : Ah j'ai oublié qu'elle ne comptait pas pour toi ! Je lui avais dit que tu ne pensais qu'à toi tel un égoïste mai..
- Isaac !
Isaac : ..
- C'est la dernière fois que tu me manques de respect ok ! Je n'ai pas de temps pour supporter ton mauvais comportement.
Isaac : La vérité blesse hein !
Il s'en va et je me mets à le suivre. Je ne sais pas pourquoi il m'en veut, il est tout le temps remonté contre moi, ça je peux accepter mais de là qu'il me manque de respect ? Non !
- ISAAC !
Il ne se retourne pas et je me presse vers lui, Cynthia se précipite et se met entre nous.
- Vas-y, ne t'en mêles pas.
Cynthia : Qu'est ce qui se passe ?
- C'est entre nous.
Isaac : Pas moi.
Cynthia : Arrêtes Isaac !
- Tu..
Cynthia : Laisses je vais lui parler.
Franchement je suis fatigué. Je vais dans ma chambre me prendre une douche.
Il me voit toujours comme un égoïste, mais je ne vois pas ce que je fais de mal. Avec Marie par exemple, dites-moi ce que j'ai fait ?
On me l'a donné en mariage, je l'ai marié voilà. J'ai des obligations ici, mon travail c'est ma vie donc je ne pouvais pas rester quand-même près d'elle comme ça alors que mes devoirs m'attendaient. Je n'ai pas que ça à faire.
***
... : Tu viens manger ?
- Plus tard.
Cynthia : Je savais que tu dirais ça. Je t'ai fait ton assiette.
Je relève la tête et elle dépose le plat près de mon ordinateur, j'étais entrain de faire un travail.
- Merci.
Cynthia : Normal.
Mon téléphone sonne et je vois afficher le nom de Marie. Ça tombe bien je devais l'appeler. Et au moment où je m'apprêtais à répondre ça à couper.
[ Oumou Marie ]
Je suis sur mon lit devant ma tablette censée regarder Maîtresse d'un homme marié, une série sénégalaise sur YouTube mais en vrai ma pensée n'y était pas. Il ne peut pas rien dire, en plus c'est un homme qui aime ses enfants, je dois le rappeler, je ne peux pas rester comme ça, je crois que je n'arriverais pas à dormir si je n'ai pas de réponses claires de sa part.
Je prends mon téléphone et lance l'appel, à ma grande surprise ça a sonné et j'ai pris peur car je ne m'y attendais pas. J'ai donc raccroché. Enfin je disais n'importe quoi, je ne sais pas comment l'aborder pour l'appeler ou même l'affronter.
Bon sang Dily ! De quoi as-tu peur ? Mais que vais-je dire ? Bah que tu existes et qu'il doit s'acquitter de ses obligations envers toi. Meme s'il ne vient pas au moins un appel ou un message par semaine ne tue personne quand-même ? On fait quoi il m'appelle. Quoi on fait? Tu es seule !
- ..a.allô.
Moïse : Oui allô, ça va ?
- oui et toi ?
Moïse : Pareil. Tu m'a appe..
- Je suis enceinte.
Moïse : ...
... : Je vais manger avec les enfants. Tu ramènes l'assiette quand tu finis.
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