[ Moïse ]
Bip.
- Elle a coupé !
L'infirmière me regarde et ne dit rien. C'est quand-même de sa faute vu que je n'avais plus le téléphone à l'oreille pour lui parler à elle bon bref ce n'est pas important. Marie ne devait juste pas raccrocher si elle avait réellement besoin de moi.
Maintenant que j'y pense, ça faisait vraiment longtemps entre cette femme et moi, hum sûrement depuis les premières semaines de mon retour. Après je la contacterai, si j'ai le temps.
L'infirmière : Elle vous attend dans le hall.
- Pourquoi elle n'est pas allée dans mon bureau ?
L'infirmière : Vous n'y étiez pas.
- Ah oui c'est vrai.
Je visitais un patient dans sa chambre et j'ai sans doute oublié mon portable dans mon bureau. Elle a dû m'appeler.
- Merci.
Je quitte l'accueil et avance vers la salle puis me dirige vers elle.
- Qu'est ce qui se passe ?
Cynthia : Ah t'es là, je n'arrivais pas à te joindre.
- Quelque chose ne va pas ? Ce sont les enfants ? C'est l'école qui t'a appelé ?
Cynthia : Non, l'école ne m'a pas appelé et rien ne se passe avec les enfants et ça tu dois mieux en savoir que moi.
- Ok, qu'est ce qui t'amène ?
Cynthia : Allons dans ton bureau non ?
Elle s'est mise en chemin pour mon bureau et je l'ai suivi. Elle s'arrête devant la porte, j'ouvre la porte et elle rentre.
Cynthia : J'ai besoin que tu m'aides.
- Pour ?
Cynthia : J'ai besoin que tu m'héberges pendant quelques temps.
- T'héberger ? Tu blagues ?
Cynthia : Non, c'est juste le temps que je trouve un appartement. Le propriétaire de la maison où j'habite a repris sa maison pour loger des membres de sa famille. S'il te plaît, en plus ça ferait plaisir aux enfants.
- Justement je ne veux pas qu'ils se fassent des idées surtout Ana donc je ne préfère pas.
Cynthia : Je ne vais pas te déranger, en plus on ne se verra pas tout le temps. Arrêtes d'être méchant.
- Pourquoi tu ne vas pas habiter avec l'homme avec qui tu sors ?
Cynthia : Je suis célibataire depuis deux semaines.
- Pars chez une amie.
Cynthia : Tu ne veux pas m'aider c'est ça ?
- Oui.
Cynthia : Pourquoi ? Tu as peur qu'en m'hébergeant un moment ça se termine comme la fois dernière ?
- Non, mais j'ai peur que tu donnes des faux espoirs à notre fille et pour finir par en avoir toi aussi car cette fois ça ne se terminera pas comme d'il y'a dix ans.
Il y'a plus de 10 ans quand Isaac avait 6 ans, on s'était séparé puis j'ai voulu l'héberger quand elle avait des problèmes d'argent et c'est de là qu'on s'est remis ensemble d'où est né la petite Ana. Maintenant ça fait plus de deux ans qu'on est séparé.
Cynthia : Ah oui t'es marié cette fois ! Ne t'inquiètes même pas car moi non plus je ne compte plus retomber dans tes filets. T'es l'homme d'une autre.
Marie, oh là je dois vraiment souvent penser à elle, en plus elle vient de m'appeler. Je me demande comment elle se porte maintenant. Elle est tellement délicate cette femme. Malheureusement pour elle, je suis trop pris ici. Et c'est dans ces quelques moments que j'arrive à me souvenir d'elle. J'avoue que les semaines que j'ai passé avec elle était plutôt agréable. Le problème c'est qu'elle ne se lâche pas, elle n'ose rien. Même qu'elle ne m'appelle pas. Trop réservée.
Cynthia : D'ailleurs elle est où ton alliance ?
Elle doit sûrement être quelque part dans ma chambre. Je n'étais pas habitué à l'avoir donc je l'ai enlevé.
- Je t'en pose des questions ?
Cynthia : La pauvre, elle est mal tombée ta femme.
- Ah tu crois ?
Cynthia : Parce que tu ne le sais pas ?
- À toi de me le dire vu que tu sembles mieux en savoir sur ma personne que moi-même.
Cynthia : Malheureusement oui. Les enfants m'ont dit qu'elle est très jeune. Elle a quel âge ?
- Bref, tu peux partir maintenant, mon prochain rendez-vous doit pas tarder.
Cynthia : Ok.
Elle se lève et s'en va près de la porte.
Cynthia : Merci, on se voit chez toi après. _en sortant
[ Emmanuel Seyba ]
- Dina !
J'arrive près d'elle et elle était entrain de mettre son fils sur le siège enfant.
- On peut juste parler ne serait-ce que deux minutes quand-même ?
Eva : Non, ne me prends pas la tête s'il te plaît.
Elle ferme la portière de son fils et se met en route pour contourner la voiture mais je l'arrête.
- Tu ne penses pas que tu n'as pas besoin de me traiter comme ça ? Je veux juste échanger quelques mots avec toi.
Eva : Dis ce que tu veux mais lâche mon poignet je t'en supplie.
- Si je te lâche, tu ne m'écouteras pas.
Eva : Déjà je ne suis pas obligée de t'écouter et en plus tu n'as aucun droit de me retenir et encore moins de me toucher.
- Bien-sûr.. je ne suis plus ton mari.
Eva : Exactement !
Je lâche son poignet et me mets à la regarder.
Eva : Merci.
- Tu sais tu as toujours été belle mais tu l'es encore plus aujourd'hui qu'avant. Tu sembles avoir grandi mais je vois toujours la gamine que j'ai épousée et elle me manque, j..
Eva : Tu n'as aucun respect, ça se fait de parler à la femme d'un autre de cette manière ?
- Si cette femme était ma femme, Oui !
Eva : Tu as tout dit était !
Elle contourne et se met à monter dans sa voiture. Je la suis et me mets à sa vitre.
- Six ans qu'on s'est séparé, tu trouves normal de t'emporter en me voyant si tu ne sens plus rien pour moi ?
Elle tourne le regard vers moi.
Eva : Comment ne rien sentir ?
Je souris.
- Je savais que..
Eva : Du dégoût, voilà mon ressenti pour toi. À chaque fois que je te vois c'est ma stupidité qui me remonte à la tête. Tu n'imagine pas à quel point j'aurais voul..
... : Tonton !
L'expression de mon visage se transforme, je me redresse en la fixant, elle regarde un moment Fily puis démarre sans plus attendre.
Fily : Tonton.
- ...
Fily : Tont..
- Oui.
Fily : On a fini.
- Ok.
Je regarde la voiture s'éloigner puis rentre dans la boutique avec Fily. Je les paie leurs trucs et on prend la route.
Mon esprit est complètement ailleurs, il est juste figé sur elle. Celle que j'ai aimée tant et que j'aime toujours même si je ne le dois pas car elle a refait sa vie, elle semble maintenant bien plus heureuse et apaisée que quand on était marié. Il suffit toujours que je la revois pour que mes sentiments remontent car ils n'ont pas changé.
Combien de fois ai-je tenté de la recontacter ? Ce n'est pas la première fois qu'on se croise mais cette fois ça faisait très longtemps, plus d'un an je crois, elle refuse de me donner son numéro, je veux juste qu'on soit en bon terme même si je ne dois pas l'appeler ni la contacter car si j'étais à la place de son mari, je ne l'aurais pas permis. Pour elle je ne vaux plus rien, elle a épousé un plus jeune, elle a un fils et voilà qu'elle est de nouveau enceinte.
J'essaie de me concentrer au maximum sur la route mais je n'arrive pas et la conversation des enfants ne m'aide pas non plus.
... : Tantie Eva.
Sira : Qui ?
- Quoi Fily ?
Fily : La dame c'était tantie Eva non ?
Mais elle se souvient d'Eva ? Dès la première année de notre divorce, Fily l'avait oublié alors qu'au début de son départ elle la réclamait tout le temps, il lui arrivait même de pleurer pour Madina. Les enfants oublient vite.
Fily : Elle était chez mami l'autre jour et elle disait que je l'avais oublié. C'est là qu'elle m'a dit son nom.
- Elle était chez maman ?
Fily : Oui.
Sira : C'est qui ?
...
Nous : Bonsoir.
Maman : Bonsoir, vous allez bien ?
Fily est allée s'asseoir à côté d'elle et Sira collée à moi.
- Oui et toi ? La santé, ça va aujourd'hui ?
Maman : Oui ça va Dieu merci. Mes jolies on se promène ?
Fily : Oui. Ils sont où les autres mami ?
Maman : S'ils ne sont pas dans la cour, ils doivent être sur la terrasse en haut.
Fily : Allez viens Sira.
Sira : Non.
Fily : Viens on va jouer.
- Vas-y chérie.
Fily prend sa main et elles s'en vont rejoindre leurs cousins.
- Tu as pris tes médicaments ?
Maman : Oui.
Je ne dis plus rien et regarde la télé. Aucun de nous ne parlait mais au bout de deux minutes je brisai le silence.
- J'ai vu Eva aujourd'hui.
Maman : Qui ?
- Eva Madina.
Maman : Où ça ?
- On faisait nos achats dans la même boutique. Elle était avec son fils.
Maman : Ah.
- Fily m'a dit qu'elle était passée l'autre jour.
Maman : ...
- C'est vrai ? Elle vient te voir ?
Maman : Oui, avec Maria(sa mère), elles sont venues pour prendre de mes nouvelles vu que je suis malade.
- Tu ne m'as rien dit.
Maman : Parce que ça ne te concerne pas. Je ne suis pas en mauvais terme avec Maria, ni avec Eva.
- Moi non plus.
Maman : Tu sais Emma, c'est vrai qu'il n'est pas bon de remuer le passé mais sache que je regrette beaucoup l'issue de votre mariage. Je ne te l'ai pas dit mais depuis des années maintenant que les quelques fois qu'Eva accompagnait sa mère venir me voir pendant ma convalescence, il ne se passe pas plus de deux mois sans qu'elle m'appelle pour prendre de mes nouvelles.
- ...
Maman : Elle était bien mais on la jugeait pour rien de vraiment valable.
- Tu me donnes son numéro ?
Maman : Non Emma. Personne ne doit plus la déranger. C'est l'épouse d'un autre. Elle est heureuse dans son foyer. Elle va bientôt être mère à nouveau.
- Oui j'ai vu ça.
Maman : Donc s'il te plaît, éloigne-toi d'elle.
- ...je vais rentrer maman. Fily ! Sira !
[ Oumou Marie ]
Eva : Tu me comprends ?
- Oui, ce n'est pas grave.
Eva : Merci, demain je viendrai passer la journée.
- Ok.
Eva : Aurevoir.
- Oui bye.
Elle raccroche et je nettoie mes larmes. Je faisais tout pour qu'elle ne sente rien dans ma voix. Je suis contente qu'elle ne vienne plus sinon elle m'aurait vu dans cet état que je ne veux que personne voie.
Je dis à mon mari que je porte nos enfants et il ne trouve rien à me dire. Il n'a même pas pris le temps de me dire un mot. Suis-je si insignifiante à ses yeux que même le fait de porter son enfant lui soit indifférent ? "Le contraire de l'amour ce n'est pas la haine mais bien l'indifférence". L'indifférence fait plus de mal que la haine car au moins quand la personne te hais tu sais qu'elle te considère assez pour pouvoir t'haïr tandis que quand elle t'es indifférente, toute sa considération pour toi est multipliée par zéro. C'est en pensant à ceci que mon cœur est meurtri.
Je ne peux m'empêcher de pleurer. Quelle est cette vie ? Je veux juste un peu d'amour et de considération est-ce trop demander de la part de son époux ? S'il savait qu'il se comporterait ainsi pourquoi m'avoir séduit ?
... : Oumou !
Je me nettoie vite le visage et sors de mon lit en me dirigeant vers la salle de bain.
-..Oui. ..qu'est-ce.. qu'il y'a ?
Wandé rentre sa tête dans la chambre.
Wandé : Y'a ton amie Farida.
- Dis lui que j'arrive.
Wandé : D'accord.
Je passe vite de l'eau sur mon visage dans la sdb puis le nettoie avec la serviette avant d'y passer un peu de pommade et descends trouver Farida devant la télé.
- Ça va Rida ?
Farida : Oui et toi ma belle ?
- Ça va. _en m'asseyant
Farida : Ouh là ! Ça commence à prendre de la forme.
- Arrêtes. Tu as bu ?
Farida : Oui, Wandé m'a servie.
- Bien. Pourquoi tu m'as pas dit que tu venais ?
Farida : Je l'ai décidé à la dernière minute. Mais toi t'es sûre que ça va ?
- Oui.
Farida : Tu as l'air d'avoir craqué. Tu déprimes ?
-...
Farida : Il ne t'a toujours pas appeler ? Tu lui as dit pour ta grossesse ?
Je hoche la tête en signe de oui tout en me forçant de ne pas faiblir. Farida se lève et viens à mes côtés en me caressant le dos.
- ...ma vie est un désastre.
Farida : Dis pas ça.
- Si..tu vois bien.
Farida : Et la mienne alors ?
[ Eva Madina ]
Ida : Tu ne vas pas te sentir mal à chaque fois que vous vous croiseriez quand-même ?
- Non.
Ida : Alors pourquoi je sens que tu te prennes la tête ?
- Tu te trompes c'est juste parce que des souvenirs bouleversants sont remontés.
Ida : Il faut que tu arrives à surpasser tout ça. Tu ne vas pas gâcher ta vie pour ces souvenirs. Tu es plus épanouie maintenant donc ne gâche rien. Tu as été chanceuse d'avoir un célibataire sans enfants et sans engagement pour reconstruire ta vie donc tout ce qui a trait à cet épisode de ta vie. Tu l'oublies en passant ton chemin quand tu le vois, ça ne doit plus t'importer et tu te concentres sur ton homme et vos enfants.
________________