4.

2720 Words
[ Oumou Marie ] - J'ai perdu le fil, nous sommes encore loin ? Aimé : On arrivera dans une heure. - Encore une heure ! Eva : Tu vas bien ? - J'ai la tête qui tourne. Maman : Tu ne devais pas venir je t'ai dit. Déjà que tu sembles souffrante et en plus tu es une jeune mariée. Y'a personne chez toi. Aimé : Tu n'as pas de médicaments avec toi ? - Ça va passer. Maman : On s'arrête une minute pour que tu prennes l'air. - Non ça va. Eva : J'ai des comprimés avec moi. - T'inquiètes, c'est passager. Eva : Tu es sûre ? - Oui. Maman : Et toi Eva ? Tu tiens le voyage. Eva : Oui maman. Nous sommes en voyage pour le cercle de Kita, nous y allons pour le pèlerinage national, chaque année des milliers de personnes et pas que les catholiques s'y rendent afin de prier ensemble, d'aller à la colline mariale faire des prières d'intercessions. Et ça fait des années maintenant que j'y suis au rendez-vous donc sous aucun prétexte je ne voulais rater pour cette année car c'est l'une des rares occasions de prier en communauté étant des milliers et des milliers de croyants. Prier est l'un des principes fondamentaux de toute religion, le faire seule ou en communauté est toujours bénéfique. Toute personne se voulant être près de Dieu, demeurer dans son amour et sa crainte devrait s'adonner à la prière, pour ma part. La prière est une guérison de l'âme et c'est ce qui nous permet de nous lier avec le Tout-Puissant, de partager et de communiquer avec lui. Aujourd'hui plus que jamais je dois me ressaisir dans ma prière car par mon mariage maintenant je n'ai qu'une seule pensée, celle d'être avec cet homme qui est mon mari alors que je dois l'oublier. Je dois l'enlever de ma tête je dois juste penser à : Comment être une meilleure personne ? Comment plaire à Dieu en faisant le bien ? Et non : Comment chercher à avoir les faveurs d'un homme qui m'est indifférent ? Comment faire pour qu'il me recontacte ? Qu'il réponde aux quelques appels que je lui lance malgré moi ? Comment lui faire savoir qu'il a une femme qui pense jour et nuit à lui ? Au lieu de penser à mon Dieu, je pense à un homme qui ne se demande même pas si je vis ou pas, je pense sans cesse à lui même si je refuse de l'admettre, de le manifester et ceci me fait me rappeler de ce verset biblique : 1 Corinthiens, 7:34 - : celle qui n'est pas mariée s'inquiète des choses du Seigneur, afin d'être sainte de corps et d'esprit; et celle qui est mariée s'inquiète des choses du monde, des moyens de plaire à son mari. J'ai honte de l'admettre mais c'est ce qui veut à tout prix se passer chez moi mais je refuse, je refuse de faire de cet homme le centre de mes pensées. S'il est bien capable de partir sans se retourner sachant bien qu'il a fait de moi sa femme, je dois me ressaisir et l'oublier. Dans ma vie, je voulais un homme qui m'aimera et qui me rapprochera plus près de Dieu en accomplissant ma religion. Un homme aimant, respectueux et pieux était ce que je voulais mais voilà que la vie a voulu me donner un homme indifférent. Eva : Oumou. - Mmh. Eva : Tu es sûre que ça va ? Tu ne m'entends plus. - oui ça va. Tu disais ? Eva : Je te demandais si tu voulais de l'eau ? - Non, merci bien. Eva : Ok bon fais comme ton papa et dors. Je le regarde dormir et souris, il est mignon ce petit quand il ne fait pas de bêtises c'est à dire quand il dort. - Je vais essayer. *** Nous sommes actuellement en route pour l'église. Celà fait déjà trois heures que nous sommes arrivés. Je me suis bien reposée ce qui m'a permis d'aller beaucoup mieux, de prendre des forces et de vouloir à tout prix faire le chemin de croix qui s'apprête à commencer. ... : Je t'avais dit de le laisser là-bas, il ne peut pas rester tranquille mais toi tu n'écoutes personne. Aimé : Le laisser tout seul quoi ? Eva : Je ne sais pas, fallait pas le ramener c'est tout. Aimé : Ne tena n'yèrè bila e fè. (Je ne vais pas me prendre la tête avec toi) - Viens mon papa. Il vient près de moi, je prends sa main, Aimé continue son chemin et je me tourne vers Eva. - Tu n'as pas dit que t'es souvent trop désagréable ? Eva : C'est ton neveu qui m'énerve en plus ton frère aussi. Papa (c'est son surnom) lâche ma main et s'en va rejoindre son père. - Tu t'énerve toute seule à vrai dire. Eva : ... - I yèrè ba don. (Toi-même tu sais). Eva : Comprends moi toi aussi. J'y peux rien. - Si, essaies de ne pas trop t'énerver pour rien même si on sait tous que mousso kônôma doussouman mago. (Une femme enceinte est désagréable). Eva : Pas moi. - Toi tu es pire. _en rigolant Eva : Eh. - Tu crois qu'on a oublié les scènes que tu nous faisais quand tu étais enceinte de Papa. Tu deviens même folle toi. Eva : Arrêtes. - Je vais arrêter oh parce que je risque de me ramasser une dispute. Eva : En tout cas deih. - Oui. Eva : Mais tu vas mieux maintenant ? - Je tiens mais après tu me passes de l'aspirine au retour à la maison. On a une maison à Kita. Eva : Pas de problème. **Le lendemain, 17h35** - Oui tonton. T.Jo : N'oublie pas de prier pour nous aussi hein. - C'est même déjà fait. T.Jo : Ah bien. Tu salues ta mère de ma part. - Je n'y manquerai pas. T.Jo : Donc aurevoir et bon pèlerinage. - Merci, aurevoir. Il raccroche et je range mon sac en allant rejoindre les autres. Aimé : On va tous en voiture. - Non, je préfère faire la procession. On va à la colline pour la cérémonie de prière, comme le lieu est très éloigné, que maman et notre tante ne peuvent pas marcher tout ce chemin et qu'Eva aussi appréhende de faire cette longue marche, ils ont décider d'aller en voiture. Aimé : Toi-même tu es souffrante. - Ça va maintenant. Je vais marcher. En plus y'a les autres aussi. Aimé : Bon tu conduis. Je vais avec Oumou. (à Eva) Eva : ..ok..donne moi la clé. - Mais Aimé tu peux partir avec eux. Papa : Je vais avec vous tantie. Aimé : Tiens la clé. On se retrouve là-bas et garde des places pour nous. Eva : Oui. ..Vingt minutes plus tard.. Aimé avait son fils Papa sur ses épaules, nous étions entrain de marcher en retrait parce que je commençais à perdre le souffle. Mon frère le constate et me demande de prendre une pause, je ne sais pas ce qui m'arrive, d'habitude je ne suis pas comme ça mais là j'ai l'impression de ne plus tenir, de m'affaiblir. - Je ne me sens pas bien Aimé. Aimé : C'est maintenant que tu y crois ! Bon vas-y, on s'assied une minute là-bas. Il me soutient par le bras, on s'avance vers des gens assis au bord de la route et les demande la permission de nous asseoir sur leur banc avant de le faire. On passe deux minutes sans que personne ne parle, le temps que je reprenne mon souffle. Aimé : Et dans ta maison ? Ça va ? - oui. Aimé : Ton mari, il t'appelle souvent ? - ..oui. Aimé : Il rentre quand ? - ..il ne m'a rien dit. Aimé : Mais il revient quand-même vivre ici. - oui ..dès qu'il réglera.. certaines affaires. Que Dieu me pardonne pour ces mots qui ne sont que des mensonges car je ne sais rien de mon mari depuis fort longtemps. Je me lève et regarde autour de moi en avançant vers un coin. Papa : Tantie ! Aimé : Qu'est ce qu'il y'a ? - J'ai..envie de vomir. À peine que je finisse ces mots, je m'exécute en rejetant le peu que j'avais dans le ventre. Aimé : Là c'est bon on va chercher un médecin. - .. [ Aimé Binafou Sanogo 31 ans Malien Marié avec un enfant Directeur Commercial et Clientèle ] Voulant toujours faire la forte, elle essaie de me persuader de continuer le chemin. - Tu arrêtes ok. Je ne veux pas me disputer avec toi. Il ne manque plus que tu tombes. Mon téléphone se met à vibrer dans ma poche, je le prends et c'est ma femme qui m'appelle. Je décroche. Eva : Vous êtes où ? - On ne va plus venir, Dily est malade. On va chercher un hôpital aux alentours. Eva : Tu veux que je vienne avec la voiture. - J'aimerais bien mais c'est impossible pour toi de trouver un chemin maintenant. La procession n'est pas encore terminée. Eva : Bon vous restez là où vous êtes en attendant que ça finisse. Aimé : Ok, on fait comme ça. Eva : J'arrive de suite. Elle raccroche et je me tourne vers ma sœur. Je crois qu'elle est en état mais on va dire que ce n'est pas parce qu'une femme vomit qu'elle est forcément enceinte alors que je vois bien comment elle est. C'est la deuxième fois aujourd'hui. Papa : Tu es malade tantie ? Oumou : Un peu. Papa : Tu as la maladie de maman ? Oumou relève la tête et le regarde. Papa : Elle vomit aussi. Elle tourne son regard vers moi, je crois qu'elle a compris maintenant de quoi elle souffre enfin façon de parler. Papa : N'est ce pas papa ? - Je t'ai pas dit d'arrêter de trop parler. On attend encore une vingtaine de minutes et ma femme arrive au bord de mon Pick-Up Toyota Hilux. Si ce n'était pas dans les conditions d'aujourd'hui elle ne l'aurait pas fait, elle n'aime pas conduire cette voiture, elle dit que c'est une voiture d'homme et sans mentir je n'aime pas non plus la donner à quelqu'un. C'est ma préférée. Eva descend de la voiture, me passe mes clés et s'avance vers Oumou. Eva : Je t'avais dit de prendre des médicaments. Oumou ne dit rien et s'empresse dans la voiture. ..Une heure plus tard.. - Tu sais quelque chose ? Eva : Pas vraiment. Elle vit juste dans la solitude chez elle. - Vas-y, vas à côté d'elle. Je vais retourner pour maman. Eva : Oui, je vais tenir compagnie à mon vrai mari. - C'est qui le faux alors ? Eva : Je ne sais pas deih. Elle, elle ne vit que de ça, faire des taquineries et me fatiguer. Et dire qu'elle m'a fait traîner pendant plus d'un an pour m'accepter dans sa vie. Ça paye toujours la persévérance, je n'ai pas baissé les bras malgré tout ce qu'elle faisait pour me décourager. Depuis le jour où je l'ai croisé en compagnie de Pinda, son amie et l'épouse de mon ami, j'ai su que c'était elle ma femme. Et si ce n'était pas son réticence qui m'aurait fait lâché l'affaire ce n'était nullement pas le fait qu'elle était divorcée, en plus on ne pouvait même pas l'imaginer. Je suis bien content moi car je l'ai dans ma vie et ça pour ne jamais la laisser partir. [ Eva Madina ] Je trouve Oumou sous la couverture sur le lit. Je pose ma main sur elle. - Dily ? Oumou : ... - Tu pleures ? Oumou : ..non. - Ta voix dit le contraire. Oumou : ..tu te trompes. - Dis-moi pourquoi tu pleures ? Tu n'es pas contente ? Oumou : ..si. - Alors ? Elle ne dit rien, j'enlève la couverture de sur sa tête. Elle se redresse en essuyant ses larmes. - Ça y est tu vas avoir ton bébé à toi, soit pas triste. Oumou : ..un bébé sans père. - Qu'est ce que tu dis ? Il est bien vivant ton mari même s'il n'est pas là. Oumou : Tu te rends compte qu'il ne me donne pas signe de vie. Il n'est pas loin de ne pas être en vie. - Arrêtes ça ne fait que six semaines, ne te démoralise pas pour ça. Tu ne l'appelles pas non plus. Oumou : Ça ne sert à rien, ça ne passe jamais. - Tu ne l'as jamais eu depuis qu'il est parti ? Oumou : Si. - Alors ! C'était quand la dernière fois que tu l'as eu ? Oumou : Un mois je crois, en plus c'est sa fille qui avait répondu et elle n'a pas voulu me le passer. - Ce genre d'enfant je te dis ! Oumou : .. - On l'appelle et tu lui dis que t'es enceinte. Oumou : Non, pas maintenant. - C'est maintenant qu'il faut. Oumou : Il ne va pas répondre. - On l'appelle juste voir. Il faut que tu le prévienne Dily. Oumou : Après Eva. Pour l'instant j'ai juste envie de me reposer. - Repose toi mais pense à le faire après. Elle se recouche et je reste à son chevet. C'est dur ce qu'elle vit, si j'étais à sa place j'aurais péter les plombs depuis très longtemps mais elle supporte malgré elle. En plus de cette solitude il faut aussi qu'elle supporte les mauvaises langues qui ne trouvent d'autre mots que de dire qu'elle s'est mariée à un tounkarankè juste par nata.(non-residant juste par intérêt). Et ces mauvaises langues ne sont autres que certaines employées de son cabinet financier, si j'étais elle j'aurais viré ces pimbêches. J'étais très irritée quand elle m'a raconté ça. Ma Dilika n'a rien à envier à personnes car elle possède tout ce qu'elle veut. C'est une femme battante qui a su construire son monde sans s'oublier soi-même, et très peu savent que c'est elle la propriétaire du centre dont beaucoup parlent, en dehors des personnes du centre la plupart pense qu'elle y travaille juste à temps partiel. Je suis contente pour sa grossesse car elle va connaître le bonheur d'être mère, de porter son enfant et surtout qu'on passe ensemble notre grossesse. Je suis en avance sur elle de plus de deux mois. Je dois la rassurer même si moi-même c'est ce dont j'ai le plus besoin en cette période. Heureusement pour moi qu'Aimé comprend celà, je crois que je n'aurais jamais mieux tomber si ce n'était pas sur lui. **Deux mois plus tard** [ Emmanuel Seyba Keïta 39 ans Malien Marié avec un enfant Architecte] Fily : Tonton, après on va au parc. Sira : Oui papa, dit oui. - La prochaine fois. Sira : S'il te plaît papa. - Après les boutiques on doit aller voir votre grand-mère donc une autre fois. Sira fait la tête en entrant dans la boutique suivit de Fily. - Si tu fais la tête, on n'achète plus de jouets. Ok ? Sira : Oui. - Voilà, Fily aide la à trouver ce qu'elle veut. Fily : Oui tonton. Je m'arrête une seconde en prenant mon téléphone quand un petit gars court près de moi tout en rigolant et en me tournant une dame me percute, je la rattrape pour pas qu'elle tombe et ma main atterrit sur son ventre, c'est une femme enceinte. - Attention. Je fus surpris de voir qui c'était quand elle releva la tête. Je la regarde intensément. Elle retire direct ma main de sur son ventre et s'éloigne. Je l'attrape par la main. C'est ma femme enfin la femme que je regrette d'avoir laissé partir. - Attends Eva. ... : Maman ! Je regarde le petit à côté qui s'accroche aux habits de sa mère et c'était celui qui courait. Donc c'est lui son fils, je ne l'avais pas bien vu. Ça faisait extrêmement longtemps qu'on ne s'était pas croisé avec Eva. Elle fait toujours tout pour l'éviter, quand j'essaie tout le temps de la contacter, elle me ferme toutes les portes. Je la contemple du regard et mes yeux finissent par rester poser sur son ventre bien rond. Eva : Tu me lâches. - Oui.., tu vas bien ? Eva : Oui, je vais bien merci. Maintenant lâches ma main je suis pressée. - Je ne savais pas que tu étais enceinte. Eva : Parce que ça te regarde ? - Bref ça te va bien la grossesse. Ton mari il doit.. Eva : Toi ça suffit, laisse moi partir. Elle me pousse en se retirant et attrape la main de son fils pour partir. Ils sortent, je les regarde partir.. puis vas-y il faut que je la rattrape... - Dina ! [ Oumou Marie ] - allô. Moïse : Oui allô. C'est qui ? - c'est moi.. Marie. Moïse : Marie ? Quelle Marie ? - ... Moïse : Vous dîtes ? - C'est Marie, ton épouse. Moïse : ..Ah ! Pourquoi tu m'appelles à l'hôpital ? Appelle-moi sur mon personnel. - Ça ne passe pas. Moïse : Attends je vais voir, raccroche. - non..attends. Moïse : Qu'est ce qu'il y'a ? - Je...je suis en état. Moïse : ... - ... Il ne m'a pas entendu c'est ça ? Encore deux secondes s'il ne dit rien je raccroche. - ..tu es là ? Moïse : ... Ok, j'ai compris. - Aurevoir. _en raccrochant [ Moïse ] Bip. ______________
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