《J'suis tombé...! J'suis touché ! Bravo ma reine tu as gagné.》
Matt Pokora
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Fana-J : Ton ventre est bien rond là Oumoudily.
Ami : C'est sûr qu'elle n'en a plus pour longtemps.
Djènèbou : Ça se voit qu'il n'y a pas un seul bébé dedans.
Bintou : Ah elle rejoint Eva pour cette affaire de jumeaux.
Alima : A te bali môgô la takama gnogonw tè deh. (Ça n'étonne personne, n'est-ce pas bien des compagnes de route ?)
Jojo : O ye tchin ye deih ! (Ça c'est bien vrai.)
On rigole toutes, j'étais avec mes sœurs et notre belle-sœur Bintou sur la terrasse. On était à notre grande famille, y avait tous mes frères et leurs femmes ainsi quelques-unes de mes sœurs et deux de mes beaux-frères et sans oublier mes neveux et nièces. C'était l'Aïd el-Kebir, donc l'humeur joyeuse planait dans la famille.
.. : Tu viens ?
Bintou : Oui j'arrive.
C'était Malamine, mon frère, Bintou est sa femme. C'est l'un de mes couples préférés, ils sont tellement bien ensemble et vivent en harmonie, Malamine est très gentil et n'en parlons pas de sa femme, chaque fois que je les vois ou quand je les rendais visite j'étais contente de voir leur mode de vie si beau et exemplaire. Je souriais en les voyant prier ensemble, lui devant et elle derrière, la dévotion réside chez eux et je prie toujours qu'elle y reste. Je souris en regardant à côté et je vois Fana-J, ma sœur qui parle avec sa fille et là je me rappelle de comment j'aimais aussi la voir avec son mari, elle et Madou étaient tellement bien ensemble, ils vivaient aussi en harmonie. Fana-J (Fatoumata Jeannine) allait à l'église et lui à la mosquée, les deux s'aimaient et se respectaient dans leurs choix, elle le rappelait de prier et il l'encourageait à aller à la messe mais il a fallu qu'après plus de vingt ans de mariage Madou sous l'influence de sa mère lui demande de revoir son choix ou de quitter le domicile familial. Face à une telle demande elle ne reconnut plus son homme et décida de partir en le quittant. Ceci venait d'arriver y'a plusieurs mois maintenant. Elle a été un peu secouée mais pas plus, avec l'âge on apprend à encaisser l'inacceptation, elle disait qu'elle a vu des femmes, qui dépourvues de tout , avancées en âge et ne sachant pas où aller après avoir quitté leurs foyers dans ces conditions, changer de religions par dépit, par impuissance et qu'elle ne serait pas de ces nombres. En plus tout changement qui ne vient pas du cœur n'est pas valable, ça ne sert absolument à rien et ça ne garantit pas non plus l'acceptation de ces mêmes personnes qui te font changer. Tout ceci n'est que de l'incompréhension des choses et de l'intolérance. Ainsi va la vie.
Environ sept semaines venaient de se passer et elle disait vrai ma sœur Aminata que je n'en ai plus pour longtemps, je suis déjà à terme, bientôt j'aurais mes enfants dans les bras. Mon accouchement est prévu dans quatre jours. Ça me rend triste de devoir accoucher sans Moïse à mes côtés mais je ne peux que me résigner à cette idée. Depuis qu'il est parti il n'a plus eu l'occasion de revenir, souvent sans que je ne puisse m'en empêcher je craque pour rien, enfin pas pour rien mais de nostalgie. Mais je me ressaisis, il va revenir tôt ou tard.
Mon téléphone sonne et je réponds, c'était Farida en m'éloignant.
- Saluut jolie ! Je t'avais appelé en vain.
Farida : Oui je viens de voir, désolée j'étais occupée. Merci pour les vœux.
- Quoi merci ? C'est normal. Sinon comment se passe la fête ?
Farida : Oui trop bien. J'espère que tu ne te goinfres pas hein.
- Mais non.
Farida : Ah i sissannama ka doumouni ko ma nôgô deih. (Maintenant, tu n'y vas pas molo avec la nourriture).
- Tu sais, depuis hier je n'arrive pas à avaler grand-chose. Mais toi fais attention avec la viande de mouton sinon toi même tu sais.
Elle rigole.
Farida : Sinon ça approche hein. Tu n'as pas encore commencé à te préparer pour le baptême.
- Attendons que j'accouche, le baptême ne presse pas.
Farida : En tout cas j'ai été voir le tailleur et notre uniforme est déjà presque terminé.
- Ah bien alors.
Farida : Il faut vraiment que tu penses aux habits que tu porteras.
- T'inquiète.
On a encore discuté pendant des minutes puis on s'est dit aurevoir. Une heure après le chauffeur est venu me chercher et on a pris le chemin de la maison. Je suis arrivée exténuée, comme je n'ai vu personne j'ai vite pris un bain et je suis allée m'installer devant la télé. Ma belle-mère me rejoint ensuite, elle m'assiste en ce moment en vivant ici, je l'ai donc salué et on conversait sur pas grand-chose quand j'ai abordé le sujet qui me taraudait la tête même si ce n'est pas un sujet grave juste que je ne comprenais pas.
- Au fait maman, j'ai vu un bazin qui m'a beaucoup plu. Et si Dieu le veut à l'occasion du baptême, je..
T.Odette : Tu voudrais l'acheter. _en me coupant
- Euh oui.
T.Odette : Ne t'ai-je pas dit de ne pas gâcher ton argent pour juste ça ? Pense à économiser, c'est mieux que de penser à des futilités.
Ça fait un bout de temps qu'elle ne me dise que ça. Elle m'en avait défendu et comme je le prévoyais déjà, j'ai des nouveaux habits non portés donc je les porterai à l'occasion.
T.Odette : Et pourquoi te presser ? Tu n'as pas encore les bébés et tu penses à les imposer des noms. O te kôgnômousso ye bali dilan da ye wah ? (N'est-ce pas faire son lit sans avoir vu la mariée ?)
- ..oui.
T.Odette : Voilà.
Le soir venu, je la laisse pour me coucher car j'étais très fatiguée. Les enfants lui tenaient compagnie car ils sont là pour les vacances. Mais dormir c'était sans compter sur l'appel de Moïse car aussitôt que j'avais fermé les yeux que le bruit de son appel retentit dans toute la maison, malgré la fatigue je me hâtai de le répondre.
Moïse : Tu t'apprêtais à dormir chérie ?
- Pour dire vrai oui, je suis fatiguée.
Moïse : Ah donc je raccroche po..
- Non, reste en ligne s'il te plaît.
Moïse : Si tu insistes. Alors la journée ?
- Très bien passée avec la famille.
Moïse : Sinon j'ai appelé ton père pour lui souhaiter mes vœux.
- Oui, il me l'a dit. C'est gentil.
Moïse : C'est la famille.
- Dis tu ne veux pas être là quand j'accoucherai ?
Moïse : La date c'est dans quatre jours non ?
- Oui.
Moïse : Je serai là.
- Sérieux ? _en me redressant
Moïse : Je suis du genre à blaguer ?
- À croire que oui.
Moïse : Ai-je une tête à blaguer là ?
- Mais je ne vois pas ta tête. _en rigolant
Moïse : P'tit cœur, dans trois jours tu me verras.
- Je t'aime.
Moïse : Je sais. Vas-y maintenant tu t'endors. Bonne nuit mais ne rêve pas trop de moi.
- C'est indispensable pour que je passe une bonne nuit.
Moïse : Avant je voulais juste que tu t'exprimes mais là surtout en ce moment j'ai peur quand tu parles. Tu sais toujours quoi répondre.
- Tout ça pour entendre ce que tu sais déjà.
Il rigole.
Moïse : Agréable nuit ne cœurni. Prends soin de toi love. _en raccrochant
Je l'ai dit il aime jouer avec moi, il ne veut juste pas m'avouer son amour pour encore me voir me poser des questions parce qu'il y prend un malin plaisir. Non mais quel joueur !
Je me suis vite endormie et il n'était que neuf heures du soir.
***Trente-trois heures plus tard***
J'ai regardé l'heure et il venait d'être six heures du matin. Ça fait un moment que je suis réveillée et que je déambule dans la chambre ne sachant pas quoi faire, assaillie de chaleur. Je faisais encore les cents pas quand j'ai reçu une contraction, je me suis serrée les dents. Quand elle s'estompe je m'avance difficilement hors de ma chambre, j'arrive à peine à la porte de celle de ma belle-mère qu'une autre m'assaille, je m'appuie contre la porte attendant qu'elle passe. C'est évident c'est le moment je vais accoucher, je vais accoucher aujourd'hui alors que c'était prévu dans deux jours et Moïse qui doit venir demain. La contraction passe et cette fois j'hésitais à ouvrir la porte, elle dort je ne sais pas comment la réveiller, je n'ai pas envie. Et si je me débrouillais ? Me tordant de nouveau de douleur suite à de nouvelles contractions, limite je me laissais tomber.
... : Qu'est-ce qui se passe ? (endormie)
J'arrive à me redresser, la porte venait de s'ouvrir sur Ana.
-..les bébés.
Elle s'avançait vers moi puis retourne vers tantie sur le lit et la réveille pour l'informer. Celle-ci prenant connaissance de ce qui se passait vint vers moi et je reçois de suite d'autres contractions et sans plus tarder je perdis les eaux.
***Une heure plus tard, 07h24***
T.Odette : Si tu veux pleurer, tu peux le faire.
Je ne parlais pas, étant saisie de douleur. Je prenais incroyablement sur moi en serrant les dents. Je ne pleurais ni ne criais. Elle me tenait la main dans la sienne que je pressais tellement sans prendre garde à elle.
T.Odette : N'i ma kassi o kôrô k'i kissèyara nka n'i kassira fana o kôrô te fougariya. (Si tu ne pleures pas ça veut dire que tu as été forte mais si tu pleures aussi cela ne signifie en rien la faiblesse) Donc ma fille ne te retiens pas si ça peut t'aider, oublie tout et tout le monde, je suis passée par-là aussi.
Je tourne le regard vers elle, toute essoufflée, les contractions étaient de plus en plus régulières et douloureuses, je n'en pouvais plus. Je croyais mourir.
Depuis qu'on est là, à l'hôpital, elle me rassure en me disant que ça va vite passer, que bientôt je serai libérée.
- ..je vais...je vais mourir maman. (essoufflée)
T.Odette : Mais non. Ça finira bientôt, reste forte.
- ..c'est dur.
T.Odette : Je sais.
**09h49**
... : Dily ! _en ouvrant la porte
T.Odette : Tu es en retard.
Je parlais encore avec ma mère quand je tourne la tête vers lui et un sourire s'affiche sur mon visage.
- Comment ça se fait ?
T.Odette : Il avait avancé sa venue d'un jour, personne ne te l'a dit vu que vos jeux de surprise commencent à déteindre sur nous. Normalement il devait nous trouver en plein petit-déjeuner aujourd'hui.
Elle rigole avec ma mère et Ami aussi était là avec Eva. C'est pour ça donc que mon beau-père m'avait dit qu'il prendrait le petit-déjeuner avec nous ce matin. Il s'avance vers moi en me regardant un moment puis se met à regarder les bébés à côté, j'ai accouché il y'a juste trois quarts d'heure. Il finit par me regarder de nouveau d'une manière que je ne saurais décrire.
Moïse : Vous nous excusez un moment ?
Il avait toujours les yeux sur moi. Je n'y crois pas, il était entrain de les mettre à la porte sans-gêne. Il ne sait pas que ce ne sont pas des manières ici mdrr. Heureusement que personne ne l'a pris mal.
Maman : On attendra à la porte.
- Pas de problème.
T.Odette : Bon moi je rentre direct à la maison me reposer. Aurevoir Marie.
- Oui aurevoir maman.
Elles sortent toutes de la chambre, nous laissant que deux. Moïse s'en va fermer la porte et vint de suite me donner des bisous sur le front avant de me donner des smacks. Je sentais mon cœur s'emballer. Il m'a susurré un je t'aime au creux de l'oreille, je l'ai relevé et fixé droit dans les yeux sous le choc.
Moïse : Je t'aime, ça y est tu as gagné, je t'aime Dily. Ma femme je t'aime fort.
Il l'a dit ? Quoi ? Il me l'avoue enfin ? Il ne me laisse pas répondre qu'il m'embrassait encore puis continuait de le dire encore et encore sans cesse. Le monde, mon monde venait de s'arrêter sur ses révélations. Ces mots me pénétraient dans tout le corps, mon cœur battait la chamade, ma respiration devenait lourde, tout mon être était dans un état indescriptible et là une larme s'échappait de mon œil.
Moïse : Je t'aime ma belle, oui ne bi fè.
Ces mots me caressaient doucement et je pleurais de joie car ça faisait des mois que je n'attendais que ça, que d'entendre ces mots venant de lui. Il m'essuyait les larmes et me souriait mais mes larmes n'en faisaient qu'à leur tête, elles refusaient de s'arrêter.
Je finis par rire ayant toujours ces eaux salées qui me glissent sur le long du visage, il l'avait enfin dit et pas qu'une fois. Comment pouvais-je donc me contrôler face à ceci ? C'était impossible, c'est comme s'il avait décroché la lune pour me l'offrir.
- Je t'aime aussi.
Je passe mes mains sur son visage le soutenant, je lui souris jusqu'aux oreilles puis le smack.
***Trois heures plus tard, 12h53***
Je venais de sortir de la douche quand ma belle-mère entre dans notre chambre, Moïse était en bas avec les bébés et d'ailleurs tout le monde, ça faisait un moment qu'on était rentré de l'hôpital. Elle m'aide à m'attacher le ventre et je la remercie.
T.Odette : Où as-tu rangé la valise ?
- La valise ?
T.Odette : Celle que ton mari t'avait offerte.
Je l'avais tellement bien cachée pour ne pas l'avoir sous les yeux au cas où la petite curiosité, que je possédais, me ferait défaut.
- Ah oui !
T.Odette : Va la chercher, voici les clés, tiens les.
- Merci maman.
Je prends les clés, pars chercher la valise et l'ouvre près d'elle.
T.Odette : Voilà pourquoi je ne voulais pas que tu achètes quoique ce soit.
Je regardais stupéfaite, la valise était remplie de getzner de toute couleur, des bazins merveilleusement teintés et y'avait quelques wax, deux chaussures avec leurs pochettes et trois parures.
T.Odette : Tu as de quoi pour rayonner lors de la cérémonie. Dès demain ma couturière vient prendre tes mesures et tu lui diras quoi faire comme modèle.
- Merci pour toute cette gentillesse maman.
Elle me surprenait de jour en jour maintenant.
T.Odette : C'est ton mari qu'il faut remercier. En plus je suis du côté de mon fils, tant que tu le rends heureux et qu'il t'aime, je ne peux que t'aimer aussi ma fille.
Je lui souris.
T.Odette : C'est quoi ça ?
- Quoi ?
Elle me montre et on voit une lettre qui était mi-cachée dans la valise. Maman la retire puis me la donne ne voulant pas savoir ce qui était écrit.
T.Odette : Je comprends maintenant pourquoi à sa dernière venue il avait insisté pour que je lui remette les clés. Décidément il s'est épris de toi. Je sors, fais vite et viens allaiter les bébés.
- Oui.
Elle sort et je me suis mise à lire la lettre, je fus chamboulée, c'était sa déclaration. Il me déclarait son amour dans cette lettre. Et dire que ça fait près de trois mois qu'il m'avait avoué ses sentiments sur ce bout de papier qui était là, caché à quelques mètres de moi dans notre chambre. De la joie tressaillit en moi et j'avais la chair de poule tellement que j'étais émue. J'avais donc atteint mon but de le faire avouer avant mon accouchement, j'avais gagné, même si c'était écrit dans une lettre que je n'avais pas encore reçu enfin tenu dans mes mains.
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À partir de ce jour, avec mon mari, on commença à vivre pleinement notre amour. Il était resté pendant un mois entier, nos enfants avaient été baptisés enfin pas baptisés à l'église car l'église ne l'a pas voulu car nous ne sommes pas mariés religieusement, ça m'avait blessé mais j'ai confiance qu'un jour nous nous marierons à l'église devant Dieu. Moïse a pris la résolution de venir tous les deux mois même si c'est pour deux jours.
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Les jours heureux étaient là en abondance pendant plus de six mois, on avait même fêté nos un an de mariage ensemble y'a de cela quatre mois, je nous croyais heureux pour le reste de nos vies mais il a fallu que je traverse ce moment de peine qui m'empêche de tout et commence à me détruire depuis deux semaines maintenant. Comme quoi la vie est faite des hauts et des bas.. et que ni maa ma sa i kounko te ban.. tant que tu ne meurs pas tu n'en finiras pas avec les problèmes..
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