Chapitre 3-3

2001 Words
Alex lui, s’était rapproché de son ami afin de faire front commun et plaça sur son bras une serviette pour stopper le filet de sang qui s’échappait de sa petite blessure. — Allez, arrêtez de vous plaindre, ce n’est rien à côté de ce qui vous attend ! On y retourne, Ethan, prend ton arme ! — Non ! — Comment cela non ? — Non, tant que tu ne te seras pas calmé ! rétorqua Ethan sur un ton glacial. Les yeux d’Harry s’élargirent au point qu’on aurait pu croire qu’ils sortaient de leurs orbites, ses traits se durcirent et ne laissèrent transparaître plus que de la violence. — ME CALMER ?! VOUS PLAISANTEZ ! VOUS CROYEZ VOUS EN SORTIR SANS ÊTRE PRÊTS ? hurla Harry, — Au moins, on aura une chance ! répondit Ethan très calmement. Alors qu’avec toi dans cet état on n’en a aucune ! Harry le regarda, atterré telle une bête blessée. Les mots d’Ethan l’avaient atteint comme s’il avait pris une gifle. Il laissa tomber son épée au sol, ses genoux cédèrent sous la pression et se laissa tomber dans la poussière. Ethan avait devant lui une nouvelle preuve que son oncle pouvait ressentir des sentiments, mais c’était la première fois qu’il le voyait craquer. — Harry ? demanda Ethan en s’approchant de lui tout doucement. — QUOI ? cracha-t-il sèchement. — Qu’est-ce qui t’arrive ? poursuivit Ethan. Harry se releva péniblement, ses forces semblaient l’avoir abandonné. Il chancela mais avança jusqu’à Ethan afin de lui prendre les épaules. — J’en ai assez tu comprends ?! commença-t-il dans un râle. Cela fait des années que je vois les membres de ma famille disparaître de façon dramatique. Aujourd’hui, c’est une journée particulièrement triste pour moi car j’ai lamentablement échoué dans ma tentative de sauver ce qui pouvait encore l’être. Il ne me reste que toi. J’ai pris conscience qu’avec ton départ, j’allais me retrouver seul et que je vous envoyais peut-être vers la mort. Ce soir, je doute que cela en vaille la peine. — Si tout ce que vous nous avez raconté est vrai, cela en vaut la peine Harry, lui répondit Alex. Et puis je vous rappelle que vous ne m’avez pas forcé à venir, je le voulais vraiment, je veux aider Ethan ! continua Alex avec la même assurance. De son côté, Ethan regardait son oncle tristement, comprenant que les semaines et les mois qui avaient passé n’avaient en rien atténué la douleur d’avoir perdu les siens. Il prit les mains de son oncle puis l’attira contre lui afin de le serrer dans ses bras. — Harry, je ne sais pas ce que tu as vécu avant, mais il y a deux ans, tu as fait ce que tu as pu. Tu n’as rien à te reprocher. Si tu n’avais pas été là, je serais mort à l’heure qu’il est. Souviens-toi de la promesse que tu m’as faite quelques jours après ?! — Laquelle ? demanda Harry. — Celle de veiller sur moi ! Tu as fait plus que cela, tu as été ce qui pouvait m’arriver de mieux. Je t’aime Harry, tu le sais mais je ne peux pas te laisser dire que tu nous envoies à la mort. — Et pourtant ! le coupa Harry. — Et même si c’était le cas, tu m’as enseigné que nos destins doivent s’effacer devant le bien commun. C’est notre décision à Alex et moi de partir, tu ne peux pas t’en sentir responsable. Toi, tu nous prépares du mieux que tu peux et après ce sera à nous de jouer. En se détachant de son neveu, Harry avait quelque chose de nouveau dans le regard comme s’il le voyait différemment. — Alors essayons de vous donner encore un peu plus de chance ! répondit Harry comme si ce qui venait de se dérouler n’avait jamais eu lieu. Un sourire illumina son visage, plein d’une nouvelle résolution. Il semblait calme, apaisé. Son regard brillait d’une nouvelle flamme. Il ramassa l’épée qu’il avait laissé tomber dans la poussière puis d’un geste ample, invita Ethan à le rejoindre dans le cercle. Le reste de la séance n’eut plus rien à voir avec ce qui s’était passé jusqu’alors. Chaque coup porté était d’une fluidité juste, et bien qu’acharné, le combat n’en resta pas moins correct. Toute la tension qui avait été dans l’air s’était évaporée et la leçon se déroula jusqu’à son terme sans autre accroc. Harry semblait apaisé, dégageant une nouvelle paix intérieure depuis qu’il avait extériorisé ses sentiments. Paix intérieure qui perdura les semaines suivantes, même lorsque Shepard débarqua un beau matin, au début des vacances scolaires de Noël, en leur annonçant qu’il resterait quelques semaines avec eux. Les fêtes se déroulèrent dans une ambiance joyeuse même si le sérieux était de mise lors des leçons qu’Harry continuait de leur dispenser sous l’œil rieur de Shepard. Durant cette période, ils sortirent peu, les seules activités qui les emmenaient en dehors de la propriété étaient les sorties pour l’approvisionnement, qui devenaient de plus en plus fréquentes lorsque Shepard était là, les randonnées en raquettes ainsi que les sorties en ville avec les copains et copines du collège. Un soir, au bout de plusieurs jours d’observation, Shepard leur proposa de venir tester leurs progrès et leur donna rendez-vous dans la grange, où avait été installée la salle pour l’entraînement au combat. Après quelques échauffements d’usage, il s’adressa aux garçons : — Avant de commencer, pourquoi voulez-vous apprendre l’art du combat ? — Pour aider Ethan ! répondit instantanément Alex. Pour rétablir l’équilibre entre le Chaos et la Fraternité. — Hum ! dit Shepard avant de regarder Ethan. Et toi ? — Parce que c’est mon destin ainsi que celui de ma famille. C’est mon héritage, je veux en être digne ! poursuivit Ethan droit comme un I. Shepard ne dit pas un mot, se contentant d’incliner la tête en signe d’acquiescement pour la justesse de leurs réponses puis il leur fit un signe de main afin qu’ils approchent. — Montrez-moi ce que ce bon vieux Harry vous a appris. Ils firent quelques prises sous l’œil avisé du géant qui leur donnait de temps à autre de précieux conseils tout en corrigeant leur positionnement. Rapidement, ils purent constater que cela améliorait leur performance tout en les fatiguant moins. Alors qu’il faisait une petite pause, Ethan en profita pour le questionner sur Atlantide. — Shepard, dis-moi à quoi ressemble Atlantide ? — C’est merveilleux, un endroit de rêve, je n’ai jamais rien de vu d’aussi beau, dit Shepard visiblement ému rien que d’en parler. Tu te feras bientôt ta propre opinion, poursuivit-il. — Où est-elle située ? — Cela, je l’ignore ! dit Shepard d’un ton maussade. — Comment ça ? poursuivit Alex très étonné par cette réponse. — Cela peut paraître étonnant en effet mais cela s’explique aisément : Atlantide est protégée par un puissant charme qui la rend indétectable. — Un charme, qu’est-ce que c’est ? — De la magie, un sortilège, Ah quel malheur d’avoir perdu ce don ? rajouta le géant visiblement attristé. — Quel don ? s’écrièrent en même temps les deux garçons. — Mais le don de magie, Harry ne vous en a pas parlé ? répondit-il l’air chagriné devant leur inculture. — Non ! dirent-ils en cœur. Prenant sa tête entre les mains, Shepard la balança de droite à gauche en marmonnant des paroles inintelligibles puis finit par s’asseoir. — Je crois qu’il serait bon que je vous en parle, mais attention, je ne vous en dirais pas plus que nécessaire, le reste attendra que vous soyez sur place. Ce qu’ils découvrirent était au-delà de ce qu’ils avaient pu imaginer. Shepard leur raconta que la magie, la vraie, était un des premiers dons qui était apparu au sein des premières familles de la Fraternité mais qu’au fil du temps, celui-ci s’était amenuisé et en particulier lors de certaines périodes de l’histoire où la magie fut considérée par les hommes comme un signe du malin. Malgré leur puissance, certains membres de la Confrérie avaient été chassés, tués ou brûlés par ceux-là mêmes qu’ils s’étaient promis de protéger. — Pfffff ! certains hommes sont des idiots ! frémit Shepard. Ils ne se sont même pas rendu compte qu’ils tuaient sans discrimination des hommes mauvais qui appartenaient à l’Ordre du Chaos et faisaient de la magie noire mais aussi des hommes bons qui œuvraient pour le bien, conclut ce dernier. Après cette remarque, il reprit son récit et leur apprit que le dernier possesseur du Don avait été tué par l’Ordre du Chaos l’année précédente. — Comme il était le dernier descendant de cette famille, le don s’était éteint avec lui. Le seul espoir, ce serait qu’on découvre une branche inconnue de la famille ou ce que l’on appelle un rejet. — Qu’est-ce que c’est ? — C’est la façon dont on appelle un DON qui a disparu mais qui renaît dans une autre famille. Il leur expliqua ensuite que les enchantements ou sortilèges lancés ne s’arrêtaient pas à la mort du mage qui les avait prononcés et qu’ainsi la magie qui préservait Atlantide restait en place pour des siècles et des siècles. — Atlantide est donc indétectable et comme vous n’êtes pas porteur du secret, je ne peux pas vous le dévoiler. Je sais m’y rendre, je peux en parler avec vous, mais mon cerveau m’interdit d’en dire l’emplacement à quiconque n’est pas un porteur, vous comprenez ? Cela nous protège en cas de torture. — Comment fait-on pour devenir porteur du secret ? demanda timidement Alex. — C’est une bonne question, mais la réponse devra attendre, beaucoup de choses doivent encore rester secrètes. — Pourquoi ? dit Ethan. — Parce que tu ne peux pas dire ce que tu ignores même sous la torture, n’oubliez pas que vous êtes menacés, même si cette lutte peut vous paraître lointaine, vous n’êtes pas encore à l’abri. Les deux garçons ne dirent plus un mot, ils se regardaient, pesant gravement les paroles que venait de prononcer Shepard. — Nous allons arrêter là notre discussion, commença Shepard, et mes compliments, vous êtes à la hauteur de la tâche qui vous attend, Harry peut être fier de lui, c’est très étonnant ! dit-il en éclatant de rire. Allez, remettez-vous en place. Le reste de la séance fut consacré aux perfectionnements de quelques prises que leur avait montrées Harry sous l’œil avisé de leur nouveau professeur. Les jours suivants, les leçons continuèrent pour leur plus grand plaisir, mais elles durent s’espacer lorsque l’école reprit. La belle période avec Shepard s’arrêta à la fin de mois de janvier par un beau matin glacé mais ensoleillé, lorsqu’il vint faire ses adieux à la petite tribu. — Je vous laisse, annonça simplement Shepard lors du petit déjeuner. — Déjà ? demanda Alex étonné. — Et oui ! Tout à une fin ! Mais on se retrouvera vite, le moment des sélections approche à grands pas pour vous. — Tu seras présent ? demanda Ethan. — Oui, je fais partie du jury des observateurs ! — Du jury ? s’exclama Alex. — Oui du jury Alex, celui qui va valider les épreuves que vous aurez à affronter lors des sélections. — M… Shepard leva la main vers Alex lui coupant la parole. — Alex, cesse de poser des questions veux-tu ! Je ne peux pas vous en dire plus. — Où cela aura-t-il lieu ? demanda Harry. — Je ne sais pas encore car chaque année nous changeons d’endroit. Tu y viendras, Harry ? demanda Shepard en le regardant droit dans les yeux. — Évidemment ! Ils auront besoin d’encouragements mais je te vois venir et ne compte pas sur moi pour rester. Après les épreuves, je repartirais, rétorqua Harry d’un ton sec et sans appel. — Et que comptes-tu faire après ? continua Shepard. — Je reprendrais le cours de ma vie ! Tout simplement. — C’est-à-dire ? demanda Ethan un peu inquiet par cette perspective. — Eh bien, tu n’auras plus besoin de moi, répondit-il en se tournant vers lui. Alors je pourrais de nouveau me retirer dans ma vraie maison et surveiller de loin tes exploits. — Mais l’ordre a encore besoin de toi ! dit Shepard. — Nous en avons déjà parlé. J’ai assez donné, je me suis retiré du jeu. Ce qui m’en a fait sortir, c’est ma famille, le reste ne m’importe plus et je te demanderais de ne plus revenir sur ce sujet ! Harry se leva et sans dire un mot vint serrer la main de son ami avant de sortir. Il avait le visage fermé, celui des mauvais jours. La porte d’entrée claqua lourdement et ils le virent s’éloigner dans les champs bordant la propriété. — Pourquoi il a réagi ainsi ? demanda Ethan mal à l’aise. Shepard haussa les épaules sans rien répondre. — Avant de partir, continua Ethan devant le silence de Shepard, peux-tu nous dire qui sont Danessa et Yasmina ? — Des questions, toujours des questions ! commença Shepard. Comment connais-tu leurs existences, Harry t’en a parlé ? lui demanda-t-il en poursuivant sur un ton inquisiteur. — Non ! Nous avons lu cela dans un livre, répondit Alex mal à l’aise. — Ce genre de curiosité peut être très malsaine les garçons. Évitez d’avoir ce genre de comportement à Atlantide, c’est compris ?! Seul Harry peut décider de vous en parler, conclut Shepard sur un ton sans appel. Les deux garçons hochèrent la tête en signe d’assentiment sans ajouter un mot. — Allez, je dois vous laisser ! dit-il en venant les serrer contre lui. Après une franche étreinte, il se détacha des garçons puis fila vers le salon afin de récupérer sa valise. Alors qu’il avait la main sur la poignée de la porte d’entrée, prêt à l’ouvrir, Shepard marqua un temps d’arrêt et se tourna vers Ethan.
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