Chapitre I-1

2043 Words
Chapitre I La fin d’un monde Des siècles plus tard, en France, dans les derniers jours du mois d’août 2011, la famille Dullac se préparait pour le pique-n***e qui venait traditionnellement clôturer la fin de leurs vacances. La mère, Estelle, préparait les sandwiches tandis que le père, Henry, veillait à ce que toute la petite tribu n’oublie rien : serviettes, raquettes, casquettes et tout ce qui était nécessaire pour passer une superbe journée. Quelques instants plus tard, à l’appel de leur mère, les enfants s’engouffraient dans la voiture et bouclaient leurs ceintures tout en se chamaillant. Ils prirent la direction d’un lac situé à quelques kilomètres de là puis, après avoir garé la voiture sur le parking qui surplombait le petit village de Saint-Christophe, il leur fallut faire une randonnée d’une heure trente à travers une magnifique forêt et un immense pierrier afin de rejoindre le lieu qu’ils avaient choisi. Le lac du Lauvitel, puisque c’est là qu’ils se rendaient, était fantastique à cette période de l’année. La journée se déroula merveilleusement bien. Si bien que même les marmottes acceptèrent de se laisser approcher d’assez près pour que les enfants puissent les caresser. Albert 14 ans, Ethan 13 ans et Louisette 9 ans étaient tout simplement heureux de pouvoir profiter de ces dernières belles journées avant de retourner à l’école. Ethan était le plus vif, d’humeur toujours égale, c’était un doux rêveur passionné de Star Wars et d’Harry Potter. Dans ses rêves, il s’imaginait devenir un sorcier malicieux ou un chevalier Jedi au cœur noble et pur. Son frère Albert était plus cérébral, il passait sa vie devant internet ou dans les livres. Quant à la petite dernière, elle était simple, belle et attendait impatiemment le prince charmant. Durant toute la journée, les enfants s’en donnèrent à cœur joie. Sur la fin, alors qu’Albert s’amusait avec sa petite sœur, Ethan les regardait. Au bout d’un petit moment, il se leva d’un seul coup, prit son sabre laser en plastique et partit les rejoindre. Son frère, le voyant ainsi se précipiter sur eux, fit semblant de prendre peur. Il s’enfuit en le suppliant de lui laisser la vie sauve et courut se réfugier entre ses parents qui décidèrent d’intervenir à leur tour. Tout cela finit en une joyeuse mêlée ponctuée de chatouilles. C’était l’image d’un bonheur simple, d’une journée parfaite. Toute la famille en profita, car ils savaient que tout avait une fin, et que l’école finirait par reprendre ses droits. Le soir venu, après le dîner, les enfants se couchèrent heureux tandis que les parents redescendirent en se disant que c’était le bonheur simple qu’ils avaient toujours recherché. Quelques semaines plus tard, le soleil venait à peine de se coucher en cette fin de journée du 29 novembre 2011. Rien ne laissait présager que des choses étranges et mystérieuses allaient bientôt se produire dans le monde entier. Et si nous l’avions su, aurions-nous pu les éviter ou même en modifier le cours ? Rien n’est moins sûr. Dans différents endroits sur la planète, des portails surgirent de nulle part et quelques secondes après en sortait un drôle de vent. D’aucuns diraient, s’il y avait eu des témoins, qu’il semblait maléfique, mais l’essentiel n’était pas là, concentrons-nous sur l’un de ces lieux. La nuit qui s’annonçait serait sombre et froide, de celles qui annonçaient un hiver profond. Au sommet du Mont-Blanc, en France, la neige commençait à tourbillonner doucement puis de plus en plus rapidement. À son tour, le sol se mit à trembler, l’air semblait se contorsionner. Une fraction de seconde plus tard, une arche de ce qui semblait être de la pierre noire apparut. Gigantesque, elle était fermée par une surface qui ressemblait à de l’eau, des ridules lisses se formaient puis disparaissaient à sa surface. Subitement, un trou apparut au milieu, pas plus gros qu’un doigt qui laissa s’échapper un v*****t vent noir. Le trou se referma et le portail disparut aussi vite qu’il était apparu. Il n’y avait plus aucune trace, comme si rien de tout cela n’avait jamais existé. Il ne restait plus que le vent noir qui se mit à tourbillonner pour se transformer en un gros nuage de la même couleur. Une fois formé, il se mit en mouvement jusqu’au bord de la vertigineuse paroi rocheuse. Après avoir basculé dans le vide, il entama sa descente le long des pentes du mont Blanc, prit de plus en plus de vitesse pour finir par arriver sur la Mer de Glace qu’il traversa en quelques secondes. Continuant sur sa lancée, il s’engouffra dans une vallée, puis dans une autre, de vallée en vallée jusqu’à une plaine verdoyante inondée par un fleuve sinueux. Au milieu se trouvait une luxuriante forêt de sapins colorée qu’il traversa d’un trait. Il finit par perdre de sa force en vue d’une nouvelle plaine qu’il aborda presqu’à l’arrêt comme un animal guettant sa proie. Dans cette plaine se trouvait un village, un de ceux comme il en existait tant d’autres dans cette région, composé essentiellement de fermes, d’une église, d’une mairie ainsi que de quelques commerces. Le vent noir sembla hésiter puis se remit en mouvement. Dès qu’il pénétra dans la rue principale, les habitants se trouvant dans les maisons la bordant ressentirent un froid intense les engourdissant comme si la vie se retirait de leur corps, sans que rien ne l’explique. À l’intérieur, certains allèrent vérifier que le chauffage était branché, d’autres encore mirent un nouveau vêtement tandis que d’autres firent des commentaires sur la précocité de l’hiver à venir. Aucun d’entre eux n’eut l’idée de regarder par la fenêtre. Ils ne virent donc pas l’étrange nuage qui traversait leur village ni la route qui fondait puis se solidifiait après son passage. Arrivé au bout du village, le vent noir prit la direction de l’orée de la forêt qui lui faisait face. Dès qu’il y pénétra, la chaleur reprit ses droits là où quelques instants plus tôt un froid intense régnait. Quelques kilomètres plus loin, la villa Dullac s’endormait. Plus qu’une villa telle qu’on l’entendait, c’était une grosse ferme au bord d’un petit lac où la famille résidait depuis plusieurs années. Les Dullac étaient une famille d’exploitants céréaliers, mais il n’en avait pas toujours été ainsi. Dans leur ancienne vie, Henry avait été un haut responsable dans une très grande entreprise de communication. Estelle, quant à elle, avait suivi son mari en abandonnant au passage une brillante carrière d’avocate d’affaires. Cela faisait maintenant 5 ans qu’ils étaient venus s’installer là, après avoir complètement retapé et transformé la vieille ferme qui tombait en ruine. Ils en avaient fait un lieu confortable dans lequel ils vivaient de façon simple, sans se faire remarquer. Le vent noir s’en approcha sans l’ombre d’une hésitation, c’était son but, sa destination finale. À l’intérieur, deux personnes bougeaient encore : Estelle et Henry. Ils venaient de coucher leurs trois enfants, s’apprêtant à faire de même. Arrivé au bord du lac, le nuage noir se transforma en trois volutes de fumée, qui s’approchèrent doucement de la maison. Elles se dirigèrent vers une des portes puis s’engouffrèrent dessous afin d’émerger dans le salon. Une fois à l’intérieur, elles se transformèrent en trois formes sinistres. Elles n’avaient pas vraiment de contours, mais leurs têtes hideuses étaient bien visibles. Un front large, un crâne chauve, deux yeux jaunes en amande aux orbites profondes, un nez qui n’existait plus et une mâchoire proéminente avec d’énormes crocs. Reliés au corps de fumée, on apercevait aussi les mains longues avec trois doigts se terminant par d’immenses ongles effilés comme des lames de rasoir. Ces créatures transpiraient la haine, la peur et la mort. Lorsqu’elles se déplaçaient, on aurait dit qu’elles rampaient. D’un mouvement ample et souple, elles entamèrent l’inspection de la maison en prenant des directions différentes. Au même moment, au-dehors, un homme surgit dans la nuit, grand et fin, il était habillé d’une tenue de couleur noire. On ne distinguait pas son visage, car il était recouvert d’une b***e de tissu. Aucun signe ne le distinguait, si ce n’était son allure ainsi que son regard d’une intensité telle que ses yeux brillaient dans la nuit noire. Chaque geste, chaque mouvement était si fluide, si souple, si millimétré que l’on aurait dit un félin. Son regard était chirurgical, il ne regardait pas, il sondait tout ce qui l’entourait. Sans faire de bruit, il approcha des fenêtres, en ouvrit délicatement une puis se glissa à l’intérieur. Aux aguets, il resta là, à écouter les bruits dans la maison, entendant des sons que l’oreille humaine n’entendait pas. Enfin, il prit un katana fixé dans son dos puis un pistolet, qui ne ressemblait à aucun autre, dans sa poche intérieure. Il se dirigea vers l’escalier qui menait à l’étage, que les créatures avaient emprunté quelques secondes avant lui, afin d’en monter les marches en prenant bien garde de ne pas faire de bruit. Arrivé au niveau de la porte de la chambre des parents, il observa dans le lit deux corps étendus. Il s’en approcha et nota aussitôt deux points rouges au niveau de leurs tempes. Il savait qu’il n’y avait plus rien à faire, il connaissait ces blessures, la marque en était fatale : quiconque était touché par un nettoyeur était condamné à une mort immédiate. — Trop tard, gronda-t-il intérieurement en refoulant ses émotions ainsi que les larmes qu’il sentait monter en lui. Sans perdre de temps, il sortit de sa poche intérieure une petite fiole et en avala le contenu. Sa bouche se tordit dans un rictus de dégoût. Il s’approcha du lit, posa son genou sur le matelas pour se saisir délicatement, comme s’il avait peur de la briser, de la nuque de la femme. Il la souleva, posa son front contre le sien et ferma les yeux. Au bout de quelques secondes, il la reposa avec la même délicatesse qu’il l’avait soulevée. Sans s’attendrir davantage, il se précipita vers les autres pièces mais là encore, il constata l’évidence, l’aîné et la cadette n’étaient plus, les mêmes marques rouges ornaient leurs tempes. L’homme se mordit la lèvre s’obligeant à quitter du regard les corps sans vie. — Où est Ethan ? se dit-il en contemplant le lit vide de la troisième chambre d’enfant. En réponse, il entendit un cri strident venant de l’extérieur. Il se précipita vers la fenêtre la plus proche, sauta au travers, et sans reprendre son souffle, se dirigea vers les bruits. Près de la grange, il découvrit trois formes entourant un jeune garçon. Les Nettoyeurs se rapprochaient doucement de lui, le petit ne criait plus, son regard complètement perdu dans celui des créatures. Il semblait figé comme une statue, captivé par ces apparitions. L’une des créatures s’approcha de la tête du petit s’apprêtant à poser sur ses tempes ses deux index. — Stop ! tonna l’homme en sortant de l’ombre de la grange. Ce cri tira le petit de son rêve éveillé. Prenant conscience des formes qui le menaçaient, il s’enfuit de nouveau. Les trois créatures se retournèrent vers l’inconnu. — Va-t’en, tu ne peux plus rien pour cette famille, dit l’une d’elle. — Sûrement pas ! répondit l’inconnu en grondant, — Tu arrives trop tard ! — Il en reste un à sauver ! répondit-il d’une voix blanche. — Occupons-nous d’abord de lui, le garçon peut attendre. Les trois Nettoyeurs commencèrent alors un étrange balai autour de notre inconnu. On aurait dit qu’ils dansaient pour l’hypnotiser, mais le charme n’opéra pas. Il se cambra, tendit son bras puis sans hésitation tira directement dans la tête de la créature la plus proche, qui s’évapora dès que la fléchette le toucha. — Comment ?! Que ! s’exclama l’un des deux autres monstres. Continuant sur sa lancée, il bondit, courut vers le deuxième nettoyeur, entama une longue glissade, passa sous son corps et en profita pour le découper en deux. Instantanément, il disparut à son tour. — Qui es-tu ? Et comment peux-tu nous toucher ? demanda la dernière créature. — Mon nom ne te dira rien ! Expliquer ne servira à rien. D’un mouvement souple et ample, il entama une pirouette, atterrit devant la créature, lui enfonça la lame du katana dans le visage. Aussitôt, la créature s’évapora dans un nuage de fumée noire. Puis, d’un mouvement souple du bras, il rangea son arme dans son étui, son pistolet dans sa cuissarde, fit basculer l’étoffe qui cachait son visage et partit dans la nuit à la recherche du petit. Il le retrouva, quelques minutes plus tard, courant vers le village. — LACHEZ-MOI !!!! hurla Ethan en se débattant lorsque l’homme le saisit par les épaules pour l’arrêter. — Calme-toi, le danger est derrière toi, tu ne risques plus rien, dit l’inconnu en le serrant un peu plus fort afin de le maintenir contre lui. — QUI ÊTES-VOUS ?! OÙ SONT MES PARENTS ?! QUE S’EST-IL PASSE ?! cria Ethan, de plus en plus fort, ne parvenant pas à se calmer. N’obtenant aucune réponse, il continua de s’énerver, mais l’inconnu ne céda rien, le serrant si fort qu’il ne parvenait pas à lui échapper. Ethan, à bout de forces, finit par s’effondrer en larmes dans ses bras. Alors, il s’abandonna complètement avant de garder le silence durant de longues minutes, son corps simplement soulevé par les sanglots qui le faisaient tressauter. Son regard se porta vers la maison, ce qui lui fit prendre conscience qu’il venait d’échapper à quelque chose d’effroyable puis, dans un second temps, qu’il se trouvait dans les bras d’un parfait inconnu. Brusquement dans un sursaut, il échappa à son étreinte et prit un peu de distance.
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