— Qui êtes-vous ? demanda-t-il froidement.
— Harry, ton oncle, lui répondit l’inconnu comme si c’était une évidence.
— Ce n’est pas possible, je n’ai pas d’oncle !
— Si, ta mère Estelle était ma sœur !
— Mais…, continua Ethan, je n’ai jamais entendu parler de vous !
— On dirait ! J’ai donc un avantage sur toi.
— Ah oui, lequel ? lui lança Ethan sur un ton du défi,
— Moi, je te connais bien et j’ai des preuves de ce que j’avance.
— Ah oui ! Alors comment expliquez-vous le fait qu’en 13 ans, on ne se soit jamais rencontré ? hurla Ethan.
Harry le coupa d’un ton ferme mais néanmoins apaisant. Il fit glisser la fermeture éclair de sa combinaison pour en sortir un petit étui de cuir duquel il saisit une photo qu’il lui tendit.
— Regarde par toi-même !
Ethan la prit, la contempla quelques secondes, perplexe mais dut se rendre à l’évidence. Dessus, on y voyait ses parents qui entouraient l’homme qui se trouvait en face de lui.
— Cela ne prouve rien.
— Cela prouve au moins que je les connaissais.
— Expliquez-moi alors !
— C’est compliqué Ethan. Avant de tout te raconter, nous devrions alerter le village de ce qui s’est passé, nous devons aussi nous occuper de ta famille, le reste peut attendre.
— Comment savoir si je peux vous faire confiance ?!
— Tu ne peux pas ! Mais je viens de te sauver la vie, cela ne me laisse-t-il pas le bénéfice du doute ?
— Hum ! Sûrement ! dit Ethan. Il ne savait pas pourquoi mais cet homme lui inspirait confiance. Et puis, en y réfléchissant bien ; son visage lui rappelait quelque chose. Des souvenirs lointains, confus, mais il se souvenait vaguement maintenant que lorsqu’il était petit, il y avait eu un oncle ou une personne y ressemblant. Elle avait disparu du jour au lendemain sans explication et plus personne n’en avait parlé du coup, il l’avait complètement oubliée.
— Un détail très important avant que nous y allions : il ne faut pas parler des créatures qui ont attaqué ta famille et…
— Pourquoi ? le coupa Ethan,
— Franchement si l’on te racontait une histoire pareille, tu la croirais ?
— Non !
— Moi non plus et puis cela nous obligerait à préciser trop de choses que je ne peux pas expliquer. Nous allons raconter que j’arrivais en vacances chez vous et que j’ai surpris des rôdeurs, d’accord ?
— Oui, mais…
— Fais-moi confiance OK ! le coupa Harry.
— D’accord !
— Allons-y ! dit ce dernier en prenant la main d’Ethan dans la sienne.
Après quelques minutes de marche silencieuse, ils sonnèrent à la gendarmerie du village le plus proche. Rapidement, le porche s’éclaira tandis qu’un adjudant ouvrait la porte, étonné de trouver du monde dehors à cette heure-là. Après quelques phrases échangées, son visage se décomposa, il les fit entrer puis referma la porte derrière eux avant de les précéder dans un bureau.
Quelques jours plus tard, l’ensemble des villageois se retrouva sur l’île qui se situait au milieu du lac bordant la maison. Elle n’était pas très grande, mais Harry et Ethan avaient pensé que cela ferait un lieu de repos éternel idéal pour sa famille. Il avait passé les derniers jours comme hors du temps sans vraiment réaliser ce qui lui arrivait. En ce jour pluvieux et triste, il regardait incrédule ces grandes pierres tombales sous lesquelles ses parents, Albert et Louisette reposaient. Il savait qu’ils étaient sous ces dalles, mais ne voulait pas y croire, il voulait croire que ses parents allaient revenir d’un voyage, qu’ils seraient encore là demain pour l’embrasser, jouer, l’écouter, le réconforter. Une douleur immense accompagnée d’une rage intense l’envahit soudainement, mais il les ravala, il n’avait pas le droit de les écouter pour l’instant.
Son regard se posa sur l’homme en face de lui, son oncle Harry, qu’il n’avait retrouvé que depuis quelques jours, après avoir oublié jusqu’à son existence. Lorsque leurs regards se croisèrent, il lui sourit. Lors des derniers jours, il ne lui avait pas posé de questions, il attendait que sa famille soit enterrée comme il se devait, comme Harry le lui avait demandé. Pourtant, cela le rongeait car il voulait savoir, comprendre : pourquoi avait-il disparu de leur vie de famille, pourquoi sa famille avait-elle été attaquée, quelles étaient ces créatures, qu’allait-il devenir ? Au final, la seule chose dont il était sûr, c’était qu’Harry était bien son oncle. Pour le prouver, ce dernier avait montré aux autorités des documents qui démontraient ce qu’il avançait, dont l’un disait qu’en cas de décès, les enfants de la famille devraient être élevés par Harry Dullac le frère d’Estelle. Mais le plus important pour Ethan, cela avait été les vieux albums photos qu’ils avaient découverts dans une malle en bois qui se trouvait dans le grenier de sa maison. À l’intérieur, il y avait trouvé des photos datant de l’époque où Harry et Estelle étaient encore enfants ainsi que des lettres qu’ils s’étaient écrites à l’époque. C’étaient les larmes de son oncle à la découverte puis à la lecture de ces documents qui avaient achevé de le convaincre car la douleur de celui qui était encore un inconnu à ses yeux quelques jours auparavant, ne pouvait pas être feinte.
Ethan était encore en pleine réflexion lorsqu’il se rendit compte que la cérémonie était terminée et que les habitants se dirigeaient vers lui. Il les salua sans même les voir, leur répondit sans même les entendre, il voulait juste que cela cesse, il voulait être seul, ces condoléances l’ennuyaient et l’irritaient, mais il devait faire ces efforts en mémoire de ses parents. Enfin, la dernière personne lui serra la main puis s’éloigna. Seul, il laissa exploser sa tristesse et sa peine, il pleura de nouveau et ses pleurs semblaient ne plus devoir s’arrêter. Une main finit par se poser sur son épaule et un bras l’entoura.
— Ethan, il va falloir rejoindre la maison, la nuit tombe !
— Oui, vous avez raison ! Allons-y ! répondit Ethan en se rendant compte qu’il était resté des heures durant assis près des tombes de sa famille.
Docilement, il se laissa guider vers le petit bateau qui attendait, amarré au ponton. Il jeta un dernier coup d’œil en arrière avant de monter à bord et laissa son oncle les ramener vers la jetée. Arrivé dans la maison, Harry prépara un grand feu, et alla dans la cuisine pour préparer le repas. En passant, il alluma la télévision. Ethan de son côté s’assit sur le canapé en face de la cheminée contemplant les flammes, perdu dans ses pensées. Son attention fut pourtant attirée par une information qui passait dans le journal télévisé :
— « … morts curieuses un peu partout dans le monde. On nous signale qu’une trentaine de personnes sont mortes dans une dizaine d’endroits à travers le monde. Signe particulier, tous les morts avaient sur leurs tempes des petites marques rouges et rien n’explique ces décès. La police précise qu’il y a huit cas en France et que pour le moment, elle ne dispose d’aucune piste sérieuse. Économie maintenant… ».
Ethan perdit le fil du journal replongeant dans ses pensées. Ainsi, il était possible que sa famille n’ait pas été la seule touchée lors de cette affreuse nuit. Son envie de connaître la vérité prit le pas sur son chagrin.
— Harry ? demanda-t-il décidé à questionner son oncle.
— Oui, lui répondit une voix venant de la cuisine.
— Est-ce que je peux poser quelques questions maintenant ?
Harry pencha sa tête à travers la porte de la cuisine.
— Tu te décides enfin. Je me demandais quand nous allions reprendre notre discussion, dit-il en se dirigeant vers lui. Vas-y, je t’écoute, mais sache que je ne pourrais pas nécessairement répondre à toutes tes questions, certaines devront attendre. Est-ce que nous sommes bien d’accord, Ethan ? Si je ne veux pas te répondre, tu n’insistes pas, OK ?
Ethan hocha la tête avant de se redresser dans le canapé tandis qu’Harry se calait dans le fauteuil en face de lui.
— Que va-t-il m’arriver maintenant ?
— Je vais m’occuper de toi. J’ai dit aux autorités que j’allais rester à tes côtés. Légalement, ton père et ta mère avaient fait de moi ton tuteur, je vais assumer ce rôle jusqu’à ce que tu sois assez grand pour voler de tes propres ailes !
— Vraiment ? demanda Ethan,
— Évidemment ! Qu’est-ce qui te fait penser que cela pourrait se passer autrement ? lui demanda Harry surpris.
— Rien, mais je n’arrive pas à vous imaginer vous occupant d’un enfant !
Harry ne répondit rien et son regard se perdit dans le vague. Ethan sentit qu’il avait touché un point sensible.
— Harry, vous êtes avec moi ? demanda Ethan.
— Hein, heu oui ! lui répondit son oncle visiblement troublé. Tu as raison, moi non plus je n’imaginais pas cela, mais les événements décident parfois pour nous. Il faut faire avec. Personnellement, en dehors des circonstances, je suis ravi de m’occuper de toi. Tant que tu auras besoin de moi, je resterais.
— Est-ce que vous pouvez me dire pourquoi tout cela ? Qui êtes-vous vraiment ? Pourquoi mes parents sont-ils morts ?
Harry poussa un grand soupir et s’enfonça un peu plus au fond du fauteuil de cuir comme si le monde venait de lui tomber sur les épaules.
— Ethan, ce que tu dois comprendre, c’est que tu n’es pas un garçon comme les autres. Tu descends d’une famille qui a plus de 15 000 ans et qui a vocation à faire le bien sur terre, dit Harry avant de faire silence.
Ethan resta bouche bée contemplant son oncle en attendant la suite. Il apprit alors ahuri qu’il ne venait pas d’une famille ordinaire ; par sa mère, il descendait d’une illustre lignée dont certains membres avaient des pouvoirs particuliers que l’on appelait le don. D’autres familles l’avaient aussi, rapidement elles avaient eu conscience de l’avantage que cela leur donnait, mais aussi du devoir moral que cela impliquait. C’est pourquoi elles avaient décidé de se réunir au sein d’un ordre appelé la Confrérie, dont le seul but serait d’aider l’humanité à évoluer vers le bien plus rapidement. Pour cela, elle s’était alliée aux autres races qui peuplaient la terre afin de réaliser un pacte de partage et de connaissance favorable à tous.
— C’est plutôt cool, l’interrompit Ethan.
— Au début oui ! La suite l’a été beaucoup moins.
Ethan apprit que malheureusement cela ne dura pas, car au bout de quelques siècles, il y avait eu des conflits sur la façon de faire. Peu à peu, deux factions s’étaient formées : l’ordre de la Fraternité qui souhaitait continuer sur la voie tracée par les pères fondateurs et l’Ordre du Chaos qui lui au contraire souhaitait asservir l’humanité à son seul profit. Cette mésentente fratricide eut des conséquences dramatiques : la scission définitive de la Confrérie, la fin du pacte, la guerre, et au final, l’appauvrissement voire la disparition de certains DONS.
— Les partisans de l’Ordre du Chaos ne veulent plus seulement dominer le monde, ils veulent éradiquer l’ordre ! lui dit Harry. Nous réduire en esclavage. Du coup, pour atteindre son objectif, il élimine les différents peuples de la terre depuis des siècles ainsi que tous ceux qui rejoignent l’ordre de la Fraternité ou qui ont le don mais c’est plus compliqué que ce qu’ils avaient prévu ! continua de lui raconter Harry.
— Ah oui pourquoi ?!
— Parce que, lorsque les deux ordres se sont séparés, voici des siècles, la Fraternité a rejoint un havre de paix secret appelé Atlantide où se réunirent toutes les bonnes volontés (ayant le don ou non) qui souhaitaient continuer d’aider l’humanité et cette lutte continue encore aujourd’hui.
Harry termina son récit la voix brisée.
— Mais que vient faire ma famille là-dedans ? demanda Ethan interloqué,
— Nous avons le don Ethan, voilà tout. Notre famille est du côté de la Fraternité depuis toujours, et ce malgré toutes les tentatives du Chaos pour nous attirer vers lui. Désormais, il souhaite nous voir disparaître et tente de nous éliminer comme toutes les familles qui ne sont pas de leur côté.
— Je n’aurais jamais imaginé quelque chose comme cela.
— Qui l’aurait pu Ethan ?
— Quel don avez-vous ?
— J’avais le don de rapidité, mais je ne l’ai plus ! répondit Harry. Il me reste juste la volonté de vivre, d’aider et tout ce que j’ai appris à Atlantide.
— Comment peut-on perdre son don ?! demanda Ethan très surpris.
— Cela arrive très rarement. Souvent à cause d’un choc émotionnel très fort. C’est comme s’il s’éteignait, je le sens, mais je ne peux plus l’atteindre.
— Et à Atlantide, ils peuvent sûrement quelque chose pour toi. C’est là-bas que nous devons partir !
— Pour moi, ils ne peuvent rien faire et je crois que pour le moment, nous allons rester ici. Je vais t’enseigner tout ce que je sais, et le moment voulu, peut-être qu’il sera nécessaire que tu y ailles à ton tour.
— Nous ne risquons rien en restant ici ? demanda Ethan un peu inquiet à la perspective de faire de nouveau face aux Nettoyeurs.
— Pour le moment, non. Ajax, le chef de la Confrérie du Chaos, nous a envoyé ses pires créatures, les Nettoyeurs. Ceux-ci n’échouent jamais et disparaissent simplement une fois leur mission terminée. Ce qui fait qu’Ajax doit penser que ta famille et toi avez disparu, répondit Harry. De plus, après les événements, j’ai fait courir le bruit qu’il y avait eu cinq morts et pas quatre et demain j’irais aussi rajouter une petite tombe avec ton nom sur l’île au cas où.