VIIIMaintenant, huit années avaient passé, depuis qu’une petite fille inconnue avait été recueillie par Nestor Broquerel. Manon avait à peu près quatorze ans. Elle traversait la crise de l’âge ingrat, c’est-à-dire qu’elle était une grande fillette un peu dégingandée, un peu trop maigre. Mais elle avait toujours son teint délicat, ses beaux yeux et ses cheveux superbes, qui changeaient de nuance, se fonçaient légèrement, tournant à ce brun doré que les Anglais nomment « auburn ». Moralement, elle restait l’enfant charmante et affectueuse qui avait si vite conquis le cœur de Mlle Flore. De plus, chez elle, toutes les qualités sérieuses s’étaient développées, sous l’influence de sa protectrice. Elle apprenait à secourir plus malheureux qu’elle, à donner l’aumône d’une bonne parole, souvent

