10J’étais expulsé de mon logis, mais la rue attendrait avant de m’avaler. Pour éviter une chute brutale, j’atermoierais. Devant l’inconnu, je trouvai refuge au sein de mon seul univers familier : le corps de l’immeuble. Je m’incrustai dans les caves. Au fond d’un débarras dédié au matériel de camping, je dénichai matelas, sac de couchage, gourde, réchaud, couverts et gobelets. L’accès à cette caverne d’Ali Baba pour scouts était défendu par un cadenas minuscule, une simple traction avait suffi à vaincre sa résistance toute symbolique. Trop démuni pour me permettre le luxe de gloser sur des questions éthiques, je sauterais désormais sur la moindre occasion, considérée comme une offrande de la vie elle-même. La propriété privée me paraissait une notion obsolète, honteuse, comme un épisode de

