Milan

1022 Words
Thomas En rentrant chez moi ce soir-là, je repense à ce moment au club. Rien de grave. Rien d’interdit. Juste une seconde de trop. Je pourrais l’oublier facilement. Et pourtant, cette image s’impose à moi malgré moi. Sa surprise. Son souffle coupé. Ma main que je retire trop vite. Je n’ai rien fait de mal. Alors pourquoi cette gêne persistante ? Lucie Le lendemain matin, au bureau, je me sens… différente. Pas coupable. Juste plus consciente. De lui. De moi. Je remarque des détails que je ne voyais pas avant. Sa voix. Sa façon de bouger. Le silence quand il me regarde un peu trop longtemps. Je détourne les yeux. Par réflexe. Thomas Je fais attention. À mes mots. À mes gestes. Plus que d’habitude. Je ne veux pas la mettre mal à l’aise. Ni me mettre moi-même dans une situation ambiguë. Quand nos regards se croisent, il y a quelque chose de nouveau. Un non-dit. Une tension douce, presque fragile. Lucie Il n’y a pas de remarques déplacées. Juste des silences. Et c’est peut-être pire. Thomas Quand je lui annonce le voyage à Milan, je reste strictement professionnel. Pourtant, une part de moi sait que ce déplacement va tout compliquer. Lucie Milan. L’avion. La proximité. Je ne panique pas à l’idée de mal faire. Je panique à l’idée de ressentir. Lucie Le lendemain matin, je me réveille avec une sensation étrange. Ce n’est pas de la culpabilité. Pas non plus de l’excitation. Plutôt une conscience nouvelle. Comme si mon regard sur Thomas avait changé pendant la nuit, sans que je puisse dire exactement pourquoi. Je me prépare lentement, choisissant mes vêtements avec plus d’attention que d’habitude, avant de me reprocher ce réflexe absurde. C’est un voyage professionnel, me répété-je. Rien de plus. Pourtant, mon estomac se noue quand je descends et que le chauffeur m’attend déjà devant chez moi. À l’aéroport, Thomas est là. Élégant, calme, concentré. Le même que d’habitude. Et pourtant… différent. Ou peut-être est-ce moi. — Bonjour, Lucie. Sa voix est neutre. Professionnelle. Et cela me rassure autant que cela me déstabilise. Nous passons les contrôles, marchons côte à côte sans nous frôler. Chaque détail me semble amplifié : le bruit de ses pas, le froissement de sa veste, sa présence silencieuse à mes côtés. Quand nous prenons place dans l’avion, je sens la panique monter. Je n’ai jamais volé. Je serre les accoudoirs un peu trop fort, tentant de respirer normalement. Le décollage approche. Mon cœur bat trop vite. — Ça va ? demande Thomas en se tournant vers moi. Je hoche la tête, mentant maladroitement. Puis l’avion commence à rouler. Mon souffle se coupe. Je ferme les yeux. Et sans que je m’y attende, je sens sa main se poser doucement sur la mienne. Pas pour me retenir. Pas pour m’imposer quoi que ce soit. Juste là. Présente. — Respire avec moi, dit-il calmement. Sa voix est posée. Ancrée. Je m’y accroche comme à un fil. Il ne me prend pas dans ses bras. Il ne rapproche pas son corps du mien. Il reste exactement à sa place. Mais sa main est chaude. Rassurante. Je respire. Encore. Puis encore. Quand l’avion quitte le sol, une vague de peur me traverse, suivie presque aussitôt par un étrange apaisement. Thomas est toujours là. Silencieux. Stable. Et ce simple fait suffit. Thomas Je sens sa main trembler sous la mienne. Je n’ai pas réfléchi avant de la poser là. Ce n’était pas un geste réfléchi. Juste… humain. Elle avait peur. Je l’ai senti immédiatement. Je fais attention. À tout. À la distance entre nos corps. À la pression de mes doigts. À ce que ce geste signifie — et surtout à ce qu’il ne doit pas signifier. Je suis là pour la rassurer. Rien de plus. Et pourtant, cette proximité anodine provoque en moi un frisson que je n’avais pas anticipé. Pas un désir. Pas encore. Plutôt une conscience aiguë de sa présence. Quand elle rouvre les yeux, elle me regarde brièvement. — Merci, murmure-t-elle. Je hoche la tête. Nous restons ainsi quelques minutes encore, jusqu’à ce que sa respiration se calme. Puis, naturellement, je retire ma main. Sans regret. Sans précipitation. Mais l’empreinte reste. Lucie Le reste du vol se passe sans incident. Je regarde par le hublot, fascinée par les nuages, par cette sensation irréelle de flotter au-dessus du monde. Thomas travaille sur son ordinateur. Sérieux. Concentré. Je me surprends à observer son profil. La façon dont il fronce légèrement les sourcils. La ligne de sa mâchoire. Son calme constant. Je détourne les yeux. Milan, me dis-je. Concentre-toi sur Milan. Thomas Quand nous arrivons, la ville nous accueille avec sa lumière dorée. Milan est bruyante. Vivante. Vibrante. Lucie s’émerveille de tout. Les bâtiments. Les rues. Les détails. Elle marche à mes côtés, le regard partout à la fois, comme une enfant découvrant un nouveau monde. — Regarde ça… c’est magnifique, dit-elle. Je la regarde, elle. Et je réalise que je souris. Je connais cette ville par cœur. Pourtant, je la redécouvre à travers elle. Lucie L’hôtel est immense. Élégant. Impressionnant. Ma chambre donne sur la ville. Une grande baie vitrée dévoile Milan illuminée, palpitante, presque irréelle. Je reste un moment immobile, les mains posées sur la vitre froide. Je pense au vol. À cette main sur la mienne. À ce calme soudain. Rien n’a été franchi. Rien n’a été dit. Et pourtant… quelque chose me trouble. Thomas Plus tard, seul dans ma chambre, je m’assieds dans le fauteuil en cuir face à la grande vitre. Un verre de whisky à la main. La ville s’étend devant moi, illuminée, majestueuse. Les lumières dessinent des lignes, des vies, des histoires que je ne connaîtrai jamais. Je repense à l’avion. À son souffle saccadé. À la façon dont sa main s’est crispée sous la mienne. À ce moment précis où elle s’est apaisée. Je n’ai rien fait de mal. Je le sais. Et pourtant, je sens que ce voyage va me demander plus de maîtrise que je ne l’avais prévu. Je bois une gorgée, sans quitter la ville des yeux. Milan n’est que le début, me dis-je.
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