Mackenzie
Les parents d’Aurélie nous aident jusqu’à 16 h 00. Christine nous a faits à manger et a cuisiné des petits fours toute la journée. Léonard est allé chercher le gâteau à la dernière minute et a donné les instructions à Aurélie, puis ils nous souhaitent une bonne soirée et s’en vont. Ils reviendront demain.
Aurélie et moi montons nous préparer dans sa chambre et quand nous redescendons deux heures plus tard, les invités ont déjà commencé à arriver.
— Nate ! Ouah ! m’exclamé-je en le voyant vêtu d’un jean et d’une chemise très chic.
— Je te retourne le compliment, bébé, dit-il en rougissant.
Il m’offre un verre et les salutations avec les invités s’enchaînent. La maison est bientôt bondée. La moitié des gens présents sont des potes de Jason et Nathan.
— Avec tout ça, y’a moyen que tu trouves ton compagnon, lance Jace, content de sa bêtise.
— T’es désespérant comme mec, tu sais ? ris-je tout de même.
— Nerveuse ? demande-t-il plus sérieux en me serrant dans ses bras réconfortants.
— Ouais, je dois bien avouer que ça commence, mens-je pour couvrir mon lamentable secret.
Heureusement, il ne me voit pas, ma tête étant posée contre son torse chaud, sinon il aurait sûrement vu une faille dans mes yeux.
— Mais dis-moi, as-tu envisagé une seconde que ça pourrait être toi ? lui demandé-je avec une curiosité sincère.
Il me regarde, sous le choc, avec de gros yeux. À l’évidence, non. Je ris de bon cœur, lui fais un bisou sur la joue et le plante sur place pour rejoindre des copines sur la piste de dance.
Aurélie interpelle tout le monde et Nate apporte le gâteau. Tout le monde se met à chanter joyeux anniversaire et applaudit.
Le compte à rebours commence et je fixe les bougies. Je suis née à 20 h 37, je vais donc souffler mes bougies à l’heure exacte de mes vingt ans. L’heure à laquelle tout le monde pense que mon lien de compagnon sera libéré.
À zéro, je souffle l’intégralité de mes bougies en une seule fois. Ils applaudissent tous de nouveau et je sens une main serrer la mienne. En croisant le regard de Nate, je lis sa tristesse et sa déception de ne pas être mon compagnon.
— Mac ? Je me tourne vers Jason qui a l’air de retenir sa respiration depuis trop longtemps.
— Ça va, Jace. Respire, dis-je avec un sourire pour le détendre.
Il me serre brièvement dans ses bras.
— Ne le prends pas mal, mais je suis soulagé, me dit-il.
J’éclate de rire, mais c’est bien plus nerveux qu’autre chose. Je serre encore une fois la main de Nate dans la mienne avant de le lâcher pour aller danser avec les copines.
— Ça va ? me demande Aurel au bout d’un moment.
— Très bien, et toi ? mens-je.
— OK… Tu vas où avec tout ça ? ajoute-t-elle en me voyant embarquer une dizaine de verres d’alcool en tout genre sur le comptoir.
— Servir quelques personnes à l’extérieur, continué-je à mentir.
— OK, tu leur diras que le gâteau est coupé alors, dit-elle avec entrain.
Je hoche la tête et je me sauve. Je contourne discrètement la maison et m’installe dans l’ombre.
Je laisse libre cours à mes émotions tout en vidant les verres les uns après les autres. Mes yeux me brûlent à force de déverser autant d’eau salée sur mes joues.
J’ai mal au cœur toutes les fois que je regarde Nate. C’est vraiment injuste, pourquoi ai-je été liée à quelqu’un qui ne veut pas de moi, alors que celui qui me veut ne l’est pas ?
Je rage quand je constate que je n’ai plus rien à boire et me relève avec difficulté. Suffisamment consciente que je n’arriverai jamais à tituber sur mes talons, je m’appuie sur le mur et les enlève.
Aurélie me hurle dessus quand je déboule dans le jardin.
— p****n, mais t’étais où, bordel ! On te cherche partout depuis plus d’une heure !
— Pas de bol, marmonné-je.
— T’as pleuré ? me demande Nate en inspectant mon visage.
— Non, grogné-je en me dégageant.
— Mais t’es bourrée ! s’exclame Aurel.
— Et alors ? La plupart des gens ici le sont. L’interrogatoire est terminé ? Je peux y aller ? craché-je, acerbe, en la poussant pour passer.
— Qu’est-ce qui s’est passé ? me questionne Nate en me retenant par le bras.
— Rien.
— Menteuse.
— Lâche-moi, me plains-je.
— Je ne crois pas, non, dit-il en me soulevant contre son torse.
Il me conduit dans la chambre d’Aurélie et me pose sur le lit.
— Ta compagne sera la plus chanceuse du monde, marmonné-je avant de me laisser tomber sur l’oreiller.
— Bébé, dis-moi ce qui t’est arrivé, demande-t-il en dégageant mes cheveux de mon visage.
— J’peux pas, couiné-je. Je peux avoir un câlin ?
— Viens là, dit-il en s’installant à côté de moi.
Il m’enveloppe de ses bras et je m’endors le nez dans son torse.
Je suis seule à mon réveil, j’ai froid, mes yeux sont irrités et j’ai une méchante gueule de bois. J’enlève ma robe et enfile un jogging.
Je descends ensuite à la cuisine, mais je ne lève pas les yeux.
— Bonjour, croassé-je.
— Tu vas enfin parler ? m’incendie Aurel sans perdre de temps.
— Ne me crie pas dessus, j’ai mal à la tête ! gémis-je en me dirigeant vers la pharmacie pour prendre un cachet.
— Pourquoi tu t’es bourré la gueule ?
— Vingt ans, plus une teuf, ce n’est pas suffisant ? demandé-je avant d’avaler le comprimé.
— Pas toute seule, s’y met Jace.
— Oh ça va ! grogné-je. Depuis quand je dois rendre des comptes pour ça ?
— T’as trouvé ton compagnon ? m’interroge Aurel en éludant ma question.
— J’en ai l’air ? craché-je avec hargne.
— Alors qu’est-ce que t’as ? C’est parce que tu ne l’as pas trouvé ? demande-t-elle plus douce.
— Aurel, s’il te plaît, arrête de parler de ça.
— Alors dis-nous ce qui ne va pas, m’ordonne Jace, déterminé. On est tes meilleurs amis, pourquoi tu ne te confies pas ? Depuis quand tu ne vides plus ton sac ?
— Depuis l’anniversaire de Brett, déclare Nate. Celui de l’an dernier, précise-t-il alors que Jace allait protester que je n’y étais pas, sûrement, puisqu’ils l’ont fêté dans la meute des Eaux de Sarcelle, là où Brett fait ses études.
— Qu’est-ce que tu veux dire ? insiste Aurel alors que je fusille Nate du regard.
Je suis partagée entre la colère parce qu’il ose entrer dans le jeu de nos amis et la peine de constater à quel point il tient à moi pour avoir fait attention à ça.
— Je veux dire qu’elle ne nous a jamais dit ce qui lui était arrivé ce jour-là non plus, et elle avait la même attitude étrange. Elle a disparu dans la soirée, et au petit matin, elle était déprimée.
— Est-ce que ça a un rapport ? Est-ce que c’est pour ça que tu n’es plus la même ? s’inquiète Jace.
Je ne peux pas répondre alors je regarde par la fenêtre en repensant à ce jour-là…