Brett a eu vingt ans et il a découvert que j’étais sa compagne, que je suis sa compagne. Personne ne l’a su parce que quand c’est arrivé, j’étais seule, dehors.
Il faisait nuit. Cet abruti m’a revendiqué avant de voir mon visage. Il est devenu furieux quand il m’a reconnu dans la pénombre. Il a tenté de faire demi-tour, mais c’était trop tard, il m’avait dans la peau.
Enfin, c’est ce que je croyais quand il m’a embrassé, et que pour la première fois, il m’a regardé sans aucune trace de colère, avec amour, douceur et passion, ou encore quand nous nous sommes accouplés cette nuit-là.
Cette nuit a été la plus belle de ma vie avant que tout ne s’effondre au petit matin. Après un dernier b****r, son regard est redevenu le même qu’avant. Il m’a demandé, ou plutôt ordonné de ne pas parler de ce qui s’était passé entre nous, de ne pas dire que j’avais trouvé mon compagnon, puis il est reparti pour l’université sans se retourner.
C’était il y a un an et demi. Je le déteste, et pourtant il me manque.
Nate a tenté de combler le vide sans savoir exactement ce qui le causait, mais je ne peux pas le laisser faire ce qu’il voudrait. Brett le tuerait.
Voilà ce qui s’est passé hier soir, tout m’a ramené à mon compagnon et j’ai basculé dans une agonie profonde.
Un papillon noir et rouge se pose sur le rebord de la fenêtre.
Quel message as-tu pour moi joli papillon ?
Je finis par me retourner et je hausse nonchalamment les épaules, puis je me sers un verre de jus de fruits.
— Tu ne serais pas amoureuse de Brett, par hasard ? lâche Aurel.
Je manque de m’étouffer avec mon jus.
— Tu t’entends parler des fois ? lui demandé-je, ahurie. À quel moment as-tu vu un soupçon de possibilité pour que ça se produise ?
Elle feint l’ignorance.
— J’essaie de comprendre, c’est le seul lien que j’ai vu…
— Eh bien arrête, ça t’évitera de sortir des conneries plus grosses que toi.
Je m’empare d’un sac-poubelle et je commence à ramasser les déchets de la soirée d’hier en me dirigeant vers le jardin.
— Mac, pose ça, tu veux, m’arrête Nate.
— Non, Christine et Léonard rentrent cet après-midi, tout doit être nettoyé, réponds-je sur un ton monotone.
— Mackenzie.
— Nathan.
Rare sont nos conversations qui commencent ainsi. Nos prénoms sortis entiers de la bouche de l’un ou de l’autre promettent du sérieux plus que jamais, et son visage en dit tout autant. Il ne me laissera pas échapper à cette conversation.
— Ne sois pas en colère contre moi, le supplié-je.
— Alors dis-moi la vérité, maintenant. Je veux comprendre pourquoi tu t’effondres, pourquoi tu me repousses dès que j’arrive à me faire une place près de toi ! Je sais que tu m’aimes, alors explique-moi !
— Tu peux encore trouver ta compagne destinée, Nate, dis-je en essayant de repousser les sanglots dans ma voix.
— Tu sais très bien que je me fous de ça ! Si tu m’autorisais à te marquer, la question ne se poserait plus ! C’est toi que je veux, Mac. C’est toi que j’aime ! Combien de fois va-t-il falloir que je te le prouve ?
— J’aurais aimé que ce soit possible, dis-je en perdant la lutte contre mes larmes. Tu ne sais pas à quel point j’ai tout fait pour que tu ne connaisses jamais l’ampleur de mes sentiments pour toi, avoué-je en lâchant mon sac-poubelle.
Nate se rapproche et m’emprisonne dans une étreinte douce et forte à la fois.
— Pourquoi ?
— S’il sait que je t’en ai parlé, il pourrait bien te tuer, expliqué-je en tremblant.
— Qui ? gronde-t-il en s’écartant juste assez pour me regarder dans les yeux. Quand ? ajoute-t-il en devinant la réponse à la première question.
Je vois son cerveau faire tourner ses rouages à toute vitesse.
— Brett ? demande-t-il entre ses dents.
Je n’ai pas besoin d’acquiescer, les torrents qui affluent sur mes joues le font pour moi.
— Tu l’aimes ?
Sa question est grinçante.
— Je le déteste ! p****n, Nate, il s’est accouplé avec moi et m’a abandonné comme si je n’étais rien ! Il aurait pu me rejeter, mais il a choisi d’aller au bout, il ne m’a juste pas marquée ! C’est peut-être la seule chose de bien qu’il ait faite, je ne me serais jamais relevée sinon ! Mais je reste prisonnière du lien… Cet abruti me manque, je n’arrive pas à lutter contre ça, c’est pour ça que j’ai autant bu hier soir…
Nate me serre à nouveau contre lui comme s’il pouvait me protéger de tout ça.
— Je suis désolé, bébé, tellement… dit-il en enfouissant son nez dans mon cou. Je ne te laisse pas ici, ajoute-t-il en se détachant de moi.
Je le regarde, un peu perdue.
— On range et on s’en va. Je t’emmène chez moi, on trouvera une solution.
— Pourquoi chez toi ?
— Parce qu’il va arriver dans la journée. S’il veut te voir, il devra se déplacer et s’expliquer. À moins que tu veuilles le voir… me questionne-t-il, sa colère se transformant en doute.
— Non, tu as raison. C’est juste que…
— Quoi ? s’impatiente-t-il en attendant la suite de ma phrase.
— Je croyais que tu allais m’abandonner quand tu saurais.
Au lieu de répondre, il écrase ses lèvres sur les miennes pour un délicieux b****r.
— Nate… gémis-je en le repoussant doucement.
— J’arrête seulement si tu ne veux pas, le reste je m’en fous.
Il le dit si proche de moi que je sens ses lèvres bouger contre les miennes. Je me laisse emporter par un nouveau b****r qui me fait un bien fou.
— Crois-moi, bébé, je me battrai pour toi s’il le faut, grogne-t-il de façon possessive.
Il m’aime, il me veut, il n’a pas honte de moi, c’est tout ce qui m’importe.