Mai 1916Je ne touche plus guère aux cahiers. L’histoire de cette guerre meurtrière se perpétue avec son lot habituel d’horreurs, de cadavres et de hurlements de blessés qui ne doivent d’être recueillis qu’au hasard du passage des brancardiers. Ceux qui semblent le plus gravement touchés sont les derniers à être ramassés. Pour ajouter une touche glauque, les ambulanciers entament leurs tournées au crépuscule afin d’éviter d’être une cible facile pour ces insatiables mitrailleuses boches. Dans les boyaux, nos pas foulent une masse que forment les morts ayant la boue des tranchées comme linceul. Bertrand, le Bourguignon, a été gravement blessé pas bien loin d’ici. À présent, il est convalescent dans son petit village de Saint-Aubin. Il a perdu l’usage d’une jambe, c’est ce qu’il m’écrit de c

