Février 1924L’idée de partir n’a pas fait germer dans mon cerveau la joie que les prisonniers ou les grands malades éprouvent le jour de leur libération. J’ai été envahi par un sentiment de peur. Le soir du premier jour de l’an, j’ai même envisagé que le meilleur départ serait le définitif. Dans le cagibi du jardinier, j’ai trouvé une corde, je l’ai subtilisée et cachée dans ma table de nuit. Je ne causais plus à personne, je m’étais replié sur moi-même et je broyais du noir, me persuadant que la seule solution était celle-là. En quoi ma vie pourrait-elle avoir les attraits de celle de tout un chacun ? Quant à nos discussions du soir, jamais au grand jamais n’était envisagé notre avenir, nous préférions parler du passé, quand nous étions beaux, ou du moins présentables.

