La Danse du Danger
Carmen
Je le sentais, cette tension palpable qui électrisait l'air entre nous, cette attirance presque irrépressible. C'était comme une danse, une danse que nous n'avions pas choisie, mais qui semblait inévitable. Et tout dans son regard me disait que, peu importe où cela nous mènerait, il ne reculerait pas.
Il se tenait là, observant mes réactions, prenant le temps de sentir la moindre vibration de mon corps. Il savait exactement quel bouton pousser pour m’attirer encore plus dans son orbite. Chaque mouvement, chaque parole, chaque silence entre nous n’était qu’une partie d’un plan plus vaste, un jeu mental dans lequel il excellait.
"Tu veux jouer à ce jeu, Carmen ?" répéta-t-il, ses yeux toujours perçants. "Alors tu devras accepter toutes les règles."
Je n’avais pas l’intention de reculer. Je voulais voir jusqu’où il pouvait pousser la limite. Je respirai profondément, me préparant à riposter. "Je n'ai jamais craint les règles. C'est quand elles sont brisées que l'on découvre ce que l'on est vraiment."
Un sourire glacé se dessina sur ses lèvres, un sourire qui n’était pas sans danger. "Tu es plus audacieuse que je ne l'avais imaginé." Il se rapprocha légèrement, cette fois, sa démarche assurée, sans aucune hésitation. "Mais sois prévenue, Carmen. Une fois que tu entres dans ce monde, il n'y a pas de retour en arrière. La seule issue, c'est la chute."
"Je ne crois pas à la chute," répondis-je, sans détourner le regard. "Je crois seulement à ce que l'on fait de la chute."
Il fronça les sourcils, analysant mes mots, comme s’il essayait de comprendre jusqu’où je pouvais aller avant de craquer. "Tu es une énigme, Carmen," dit-il, sa voix basse et pénétrante. "Je crois que tu te crois indestructible, que rien ne peut te briser. Mais tu n’as aucune idée de ce que tu viens de réveiller chez moi."
Ses mots étaient comme une caresse glacée, et pourtant, je savais qu’il disait la vérité. Il cherchait à me faire flancher, à me pousser dans mes retranchements. Mais je n’allais pas céder aussi facilement. J'étais tout aussi déterminée que lui à jouer cette partie, à découvrir ce que lui, et ce monde, avaient à offrir.
Sans un mot, il se tourna brusquement, ses gestes empreints d’une confiance glacée. Il s’approcha de la fenêtre, jetant un coup d'œil furtif à l'extérieur, comme s’il vérifiait que ses hommes étaient à leur poste, prêts à intervenir au moindre signe de faiblesse. Mais je savais qu’il n’était pas juste un mafieux. Il était bien plus que cela. Il savait manipuler les situations, il savait où appuyer pour qu’on se sente vulnérable, et il le faisait avec une maîtrise qui me fascinait autant qu’elle m'effrayait.
Je l’observais silencieusement, mes pensées tourbillonnant dans ma tête. La vérité était que je me sentais attirée par lui, mais pas d’une manière classique. Ce n’était pas une attraction physique simple. C’était une attraction de l’esprit, de l’âme, quelque chose de bien plus profond. Dante ne voulait pas juste me posséder, il voulait me comprendre, m'analyser jusqu’à ce que je sois complètement à sa merci. Et peut-être, dans une part secrète de moi, j’étais prête à me laisser analyser. Peut-être même plus que je ne le voulais admettre.
Il se tourna enfin vers moi, ses yeux se plantant dans les miens avec cette intensité déstabilisante. "Tu sais, Carmen," dit-il d’une voix calme mais profonde, "le plus grand piège de ce monde, c'est de croire que l’on a le contrôle. Parce qu'en réalité, c'est le contrôle qui nous possède."
Je restai silencieuse un instant, réfléchissant à ses paroles. C'était exactement ce que je pensais. Mais cette prise de contrôle n’était pas une fatalité. Elle pouvait être utilisée, manipulée, inversée. Et si c’était ce que je devais faire pour survivre dans ce monde qu’il me proposait ? "Tu es sûr de ça, Dante ?" murmurai-je, un sourire en coin. "Parce que, moi, je crois que l'on a tous un pouvoir sur ce que l'on choisit de faire. Le contrôle, c’est juste une illusion."
Il se rapprocha de quelques pas, son regard brûlant d'une détermination glaciale. "Tu crois que tu peux contrôler l’illusion, Carmen ? Que tu peux choisir le moment où elle se brise ?" Il s'arrêta juste devant moi, les yeux fixés sur les miens, et je pouvais sentir son souffle chaud effleurer ma peau. Il était si proche. Ses paroles résonnaient dans mon esprit, me défiant de le contredire. Il voulait voir jusqu'où je pouvais aller avant de céder.
"Tu crois avoir le contrôle," répéta-t-il, "mais en vérité, c’est l’illusion qui te contrôle. Tu t’y accroches comme à une bouée de sauvetage. Et tu vas comprendre bientôt que ce monde n’est fait que de rêves brisés."
Je me levai lentement, me tenant droite, le regard ferme. "Tu crois que c’est ce qui va me briser, Dante ? Les rêves brisés ? Mais toi-même, tu as dû apprendre à rêver pour survivre dans ce monde, n’est-ce pas ?"
Il se recula légèrement, ses yeux luisant d'une colère contenue. "Tu te crois plus forte que tu ne l’es, Carmen. Mais tout dans ce monde, chaque seconde, chaque geste, chaque respiration, est une marchandise. Et tu vas apprendre à quel point tu peux être brisée, si tu n’as pas l’intelligence de te soumettre."
Je savais qu’il attendait ma réaction, qu’il voulait que je cède, que je fléchisse. Mais je n’allais pas le faire. Pas maintenant, pas devant lui. Je me préparais à riposter, mais quelque chose changea dans son regard. Ce n’était plus simplement un défi. C’était une promesse, une promesse qu’il ne reculerait pas. Un défi qu’il était prêt à relever jusqu’au bout.
Soudain, une porte s’ouvrit derrière nous. La silhouette d’un de ses hommes apparut dans l’encadrement. "Boss, vous avez un problème à régler," dit-il, une note d'urgence dans sa voix.
Dante tourna la tête, son regard se durcissant, et dans cette fraction de seconde, je vis la colère froide qui dégageait de lui. Mais il ne me quitta pas des yeux. Pas encore.
"Tu veux jouer avec l’illusion ?" dit-il d'une voix basse. "Alors sache que ce jeu ne fait que commencer, Carmen."
Il s’éloigna d’un pas, me laissant là, la chaleur de sa présence encore ancrée en moi. Il n'avait pas dit un mot de plus, mais je savais ce qu'il voulait dire. Nous étions dans un monde où les règles ne s'appliquaient plus, un monde où seul comptait le pouvoir. Et il savait exactement comment l’exercer.
Je le suivis du regard, le défi toujours dans les yeux, un sourire qui se voulait léger, mais qui cachait une détermination farouche. J’étais prête à tout affronter pour jouer ce jeu.