Carmen
. Dante semblait concentré, le regard fixé sur la route, mais je pouvais sentir une sorte de calme réfléchi émaner de lui, une assurance tranquille. Il semblait en contrôle de chaque moment, chaque décision.
Je n’avais toujours pas digéré la rencontre avec ses partenaires, et les échanges qui s'étaient déroulés étaient loin de me laisser indifférente. Je pouvais sentir qu’il y avait plus derrière ces conversations, des enjeux cachés qui m’échappaient encore. Chaque sourire, chaque geste de Dante semblait calculé, chaque mot prononcé portait un poids que je n'avais pas encore appris à porter.
Le silence dans la voiture était lourd, comme un présage. Et puis, Dante brisa le silence d’une voix calme, presque détachée.
"Ce que tu as vu aujourd'hui, ce n’était que la surface des choses, Carmen," dit-il, ses yeux toujours fixés sur la route. "Tout ce que tu as observé à cette table n'est qu'un début. Le monde dans lequel tu viens de plonger est un endroit complexe. Ce n’est pas qu’une question d’argent ou de pouvoir. C’est une question de manipulation, de calculs constants. Il y a toujours des règles tacites, des échanges invisibles."
Je le regardai, essayant de saisir chaque nuance de ses mots. Je n’étais pas totalement naïve. Je savais qu’il avait une vision du monde différente, mais le fait qu'il me parle ouvertement de ces manipulations me déstabilisait. Tout semblait si froid, si stratégique. Rien n’était laissé au hasard.
"Tu penses que tout ça n’a pas de conséquences, n'est-ce pas ?" poursuivit Dante, sans détourner les yeux de la route. "Mais c'est une illusion, Carmen. Chaque mouvement, chaque choix, chaque décision dans ce monde a des répercussions. Il y a toujours un prix à payer."
Je restai silencieuse un instant, absorbant ses paroles. Bien sûr, je savais que tout ce qu'il faisait avait des conséquences. Mais là, ce qu’il disait semblait plus une leçon qu’une simple explication. Il m’observait, et il voulait que je comprenne ce qu’il venait de dire, que je prenne pleinement conscience de ce qui se jouait à cet instant.
La voiture ralentit alors, tournant dans une rue étroite avant de se garer devant un bâtiment qui m’était inconnu. Un lieu bien différent de la maison qu'il m’avait montrée auparavant. C'était un immeuble plus modeste, mais quelque chose dans l'architecture m'indiquait qu’il appartenait à une autre facette du réseau de Dante, une facette que je n'avais pas encore explorée.
"Nous allons entrer dans un autre monde, Carmen", dit-il alors, cette fois sans sourire, mais avec une sorte de gravité qui me fit frissonner. "Ce soir, tu vas comprendre à quel point les choix que tu fais peuvent avoir un impact sur ce qui t'entoure. Il n'y a pas de place pour l'innocence ici."
J'hésitai un instant avant de sortir de la voiture. C'était comme si chaque pas me rapprochait davantage d'un monde que je n'avais pas encore totalement appréhendé. Je savais que cette soirée allait marquer un tournant, mais je n'étais pas sûre dans quelle direction.
En entrant dans le bâtiment, une grande salle aux murs de verre s'offrit à nous. De l'autre côté, quelques hommes attendaient déjà, se tenant près de tables couvertes de documents et de contrats. L'éclairage tamisé donnait une atmosphère feutrée mais lourde, et la tension entre les personnes présentes était palpable. Ces hommes étaient des partenaires de Dante, mais leurs regards étaient plus méfiants, plus curieux envers moi. Je pouvais presque sentir qu’ils me jaugeaient, analysant ma place dans ce monde qui n'était pas le mien.
Dante s'arrêta près de la table et me fit un geste pour que je le rejoigne. Il se tourna vers les hommes, et tout à coup, l'atmosphère se tendit davantage. Leurs discussions s’éteignirent, et tous les regards se tournèrent vers nous. Dante prit place au centre de la table, comme un roi prenant son trône, et je pris place à ses côtés, consciente de l’attention que je suscitais sans en avoir la volonté.
Un homme d’une quarantaine d’années, à la silhouette imposante, se leva. Il avait l’air d’être en charge, ou du moins d’occuper une position importante dans l’entourage de Dante. Son regard était direct, perçant. Il me fixa un moment avant de s’adresser à Dante.
"Tu sais, Dante, nous avons été patients. Mais les choses ne vont pas avancer comme ça si tu ne nous montres pas plus de résultats. Nous avons mis de côté certains de tes projets, mais il est temps que tu fasses des compromis." Il marqua une pause, sa voix plus basse, plus sérieuse. "Qu’en est-il de l’accord que nous avons discuté ? Est-ce que tu es prêt à céder sur certains points ?"
Je sentis une légère tension m’envahir. La négociation semblait sur le point de prendre un tournant. Dante ne réagit pas immédiatement. Il se contenta de regarder l’homme, puis se tourna vers les autres, son regard devenant plus perçant, presque menaçant.
"Les compromis," répondit-il lentement, "sont quelque chose que je réserve uniquement à ceux qui en valent la peine." Il sourit légèrement. "Je vous ai donné des options. Vous savez que dans ce monde, les places sont limitées. Et si vous ne savez pas comment jouer vos cartes, vous risquez de tout perdre."
Il se tourna vers l'homme d’une quarantaine d’années, son ton devenant plus ferme.
"Je comprends que vous vouliez accélérer les choses, mais le timing est essentiel. Je n’ai pas l’intention de brûler des étapes. Vous me connaissez assez bien pour savoir que je prends toujours mon temps." Il laissa un silence pesant avant de poursuivre. "Quant à l’accord… je ne vais pas céder sur ce point. C’est non négociable."
L’homme sembla réfléchir un instant avant de répondre. Il s’éloigna de la table, se dirigeant vers la fenêtre comme s’il cherchait à évaluer ses options. L'atmosphère était électrique, la tension palpable. Personne ne parlait, personne n'osait prendre la parole. Dante avait l'air d’être maître de la situation, et je savais qu’il n’allait pas céder aussi facilement.
Après un moment de silence, l'homme se retourna enfin, un air de défi dans le regard.
"Très bien, Dante," dit-il, sa voix plus grave. "Mais n’oublie pas que dans ce monde, tout a un prix. Si tu veux avancer, tu devras accepter de sacrifier quelque chose."
Dante sourit, mais il n’eut pas le moindre doute dans ses yeux. "J’ai toujours su quels sacrifices il me faudrait faire," répondit-il d'une voix basse mais ferme. "Et j’ai déjà tout prévu. Ceux qui ne sont pas prêts à payer le prix ne sont pas les bienvenus."
L'homme sembla réfléchir un instant avant de baisser les yeux, comme s'il avait reconnu la supériorité de Dante dans cette négociation. Il n'osa pas répliquer et se tourna vers les autres partenaires. La réunion prit une tournure différente, les discussions devenant plus constructives, les accords se faisant peu à peu. Il était clair que le contrôle de Dante sur la situation ne faisait plus de doute.
Je restai là, observant, me sentant comme un simple spectateur. Mais en même temps, je commençais à comprendre une partie de ce que Dante cherchait à me transmettre. Ce monde n’était pas un endroit où l’on se laissait emporter par ses émotions. Il fallait être stratège, savoir quand parler et quand se taire, quand pousser et quand céder. Le pouvoir se trouvait dans cette maîtrise, dans la capacité à manipuler les autres sans qu’ils ne se rendent compte de la manœuvre.
La réunion se poursuivit encore un moment, mais une chose était certaine : Dante était en train de sceller un nouvel accord, et il était désormais plus proche que jamais d’obtenir ce qu’il voulait.