Même s’il ne le disait pas, Jules m’en voulait de ne pas m’être excusée. A partir de ce jour, je sentis un changement mais le coup était déjà parti. Je ne pouvais plus faire machine arrière. Je regrettai tellement. J’essayais de tout faire pour le combler et pour me racheter.
Je le couvrais de cadeaux, l’invitais au restaurant malgré cela, il était toujours aussi distant.
-Mohamed : Quel a donc été le motif de la dispute suivante car je suppose qu’il y en a eu d’autre ?
Qui aime se rappeler des événements malheureux ? Le fait de devoir raconter toutes les choses blessantes vécues au sein de mon couple remuait le couteau dans la plaie.
-Moi : C’était au moins six mois après l’histoire de Billie.
Oulimata avait demandé à son frère d’examiner le dossier médical de son ex Corinne car, elle devait subir une intervention.
Jules l’avait reçue à l’hôpital afin de lui servir de contre-visite. Et bien sûr, il avait omis de me dire qu’elle était venue en vacances et qu’ils s’étaient vus à deux reprises. Tu sais comment l’ai-je appris ? Par Oulimata. Elle était venue voir son frère et tout et alors que je lui servais à boire, elle balança sa bombe tranquillement :
-Oulimata : Jules je ne te remercierai jamais assez pour ce que tu as fait pour Corinne. Elle m’a dit que tu l’as très bien reçue à l’hôpital. Je n’en attendais pas moins de toi.
Je fis tout pour ne pas verser le jus que j’étais en train de servir. Je gardai mon calme car je ne voulais pas que ma belle-sœur sache qu’elle avait réussi à m’atteindre.
-Jules : Elle était stressée donc c’est normal. Et puis c’est une intervention bénigne donc il n’y pas de quoi s’inquiéter.
Je sentais les regards d’Oulimata à cet instant précis. J’aurai pouvoir aimé régler ça à l’instant précis. Mais il n’en était pas question de lui faire ce plaisir.
Je restai enfermée dans ma chambre jusqu’au départ de ma belle-sœur. Jules vint me retrouver:
-Moi : Où est ta sœur ?
-Jules : Je viens juste de la raccompagner.
-Moi : Jules quand cesseras-tu de me mentir ? Quand ?
-Jules : De quoi est-ce que tu parles encore ?
-Moi : Pourquoi ne m’as-tu pas dit que tu avais vu Corinne à deux reprises ?
-Jules : Parce que c’était purement professionnel Dieynaba ! Je suis tenu au secret professionnel.
-Moi : Je ne t’ai pas demandé de me dire de quoi elle souffre mais tu aurais pu me dire que tu l’avais vu au lieu que je l’apprenne de la bouche d’Oulimata qui a pris un malin plaisir à balancer ça en pleine figure sachant pertinemment que je n’étais pas au courant.
-Jules : Mais non, que vas-tu imaginer ? Elle voulait juste me remercier.
-Moi : La prochaine fois que tu rencontres une de tes ex je veux que tu me le dises, est-ce bien compris ?
-Jules : Ne me parle pas sur ce ton Dieynaba !
-Moi : Saches que si tu envisages de prendre Corinne ou une autre comme seconde épouse, je demanderai le divorce purement et simplement. Tu m’entends ?
-Jules : Parles doucement. Les bonnes et les voisins nous entendent ! Tu sais comment sont les murs ici ! Tu es trop parano je te jure. Il y a quelque mois c’était Billie et maintenant Corinne.
Énervé, Jules sortit de la chambre en claquant la porte. Je ne pleurais pas facilement mais là, je ne pus retenir mes larmes. J’avais trop mal. Personne ne m’avait dit que le mariage serait aussi dur. Je vivais dans la peur constante que mon mari me trompe. Je ne voulais pas imaginer ni même envisager la possibilité de le partager avec une autre femme. Je le voulais pour moi toute seule.
Je sais que je ne cesse de répéter cela, mais mon père ne m’avait pas préparé à tout cela. Je pensais qu’aimer une personne suffisait pour se marier avec elle, mais aujourd’hui avec beaucoup de recul je me rends compte que ce n’était pas suffisant. Il y a tellement de facteurs à prendre en compte.
Alors que je continuais de raconter mes problèmes avec mon mari, Mohamed reçut un appel. A voir l’expression de son visage, je savais que ce n’était pas une bonne nouvelle. Je n’avais pas tort. Mohamed me prit la main et me dit :
-Mohamed : Les nouvelles ne sont pas bonnes. La police veut encore t’interroger. Mon ami qui y est vient de m’en informer.
J’étais désemparée. Encore ?
-Moi : Je leur ai déjà tout dit alors que veulent-ils savoir de plus hein ?
-Mohamed : Calme-toi pour commencer. Il parait qu’ils auraient de nouvelles informations concernant l’affaire.
-Moi : Il ne cherche qu’une chose, c’est me faire porter le chapeau.
Mohamed ne dit rien. A peine eus- je terminé ma phrase que mon téléphone vibra.
-Moi : Allô ?
-L’interlocuteur : Oui, bonjour. J’aimerai parler à Mme Cissé SVP.
-Moi : C’est elle-même. A qui ai-je l’honneur ?
-L’interlocuteur : Commissaire Ndiaye à l’appareil. Pouvez-vous venir nous voir au poste svp ?
-Moi : Encore ? J’ai déjà dit à vos collègue tout ce que je savais commissaire.
-Commissaire Ndiaye : Eh bien, nous avons de nouveaux éléments. Je vous conseille de venir sinon nous serons dans l’obligation d’envoyer quelqu’un vous chercher.
-Moi : Ce ne sera pas nécessaire, je viendrai sous peu !
Je raccrochai ensuite en expliquant à Mohamed qu’il fallait que nous nous rendions immédiatement à la police. J’en informai Ramata puis nous prirent la route. Mohamed avait préféré que nous prenions sa voiture. Je ne sais pas pourquoi, mais mon cœur battait la chamade. Depuis mon enfance, j’avais toujours eu la phobie des commissariats et des prisons. Ça fiche la trouille je vous jure.
Une fois arrivée, les policiers à l’accueil, nous indiquèrent le chemin jusqu’au bureau du Commissaire qui m’avait contactée. Mohamed frappa puis nous entrâmes directement. Le commissaire nous regarda puis dit :
-Commissaire Ndiaye : Oui ? C’est pourquoi ?
-Moi : Je suis Mme Cissé, vous m’avez téléphonée tout à l’heure.
-Commissaire : Ah oui, en effet. Laissez-moi appeler les inspecteurs qui avaient recueilli vos premiers témoignages ensuite nous pourrons commencer.
Il s’adressa ensuite à Mohamed :
-Commissaire Ndiaye : Je suppose que vous êtes son avocat ?
-Mohamed : Oui en effet, Maître Diop.
Le commissaire nous avait escorté jusqu’à une salle d’interrogatoire différente de celle où j’avais été la première fois. Elle était légèrement plus grande. Il y avait un plafonnier puis une table au milieu de la pièce avec quatre chaises. Mohamed prit place à côté de moi, les deux inspecteurs s’assirent côte à côte et le Commissaire resta debout, adossé au mur.
Il prit la parole :
-Commissaire Ndiaye : Vous avez déjà fait la connaissance des inspecteurs Coly et Dramé ici présents. Si vous le permettez, nous allons vous enregistrer.
-Moi : Très bien.
Cette fois, c’est inspecteur Dramé qui prit la parole :
-Inspecteur Dramé : Mme Cissé, nous allons aller droit au but ! Pouvez-vous nous dire si lors d’une dispute avec votre époux, vous est-il arrivé de le menacer de mort ou même de confier à une tierce personne que vous souhaitiez sa mort ?
-Moi : Non jamais. J’aimais mon mari inspecteur !
-Inspecteur Dramé : Dans ce cas, pourquoi avoir dit à votre mari que vous le tuerez de vos propres mains si vous finissez par découvrir qu’il vous trompe, une semaine avant sa mort ?
-Mohamed : D’où est ce que vous sortez cela inspecteur ? Je vous signale que ce sont de graves accusations.
-Inspecteur Dramé : Nous avons interrogé et recueilli pratiquement tous les témoignages des personnes qui côtoyaient les Cissé.
Cependant, c’est à la suite des révélations de la nounou et de la femme de ménage que vous êtes là. Il paraîtrait que lors d’une dispute, vous vous êtes emporté et l’avez menacé, est-ce vrai Mme Cissé ?
Qui ne dit pas n’importe quoi quand on est en colère ? Dites-moi qui ne le fait pas?
Je sentais que Mohamed commençait à douter de mon innocence à la manière dont il me dévisageait. Il fallait que je raconte ce qui se passe :
-Moi : J’étais en colère, je ne pensais pas ce que je disais.
-Inspecteur Coly : Donc vous confirmez avoir dit cela ?
-Moi : Oui mais laissez-moi vous parlez de ce fameux jour svp car ce n’est vraiment pas ce que vous croyez.
-Inspecteur Coly : Très bien. Allez-y.
-Moi : Jules revenait d’un séminaire en France. Il y avait passé trois semaines. Il m’avait énormément manqué. Je suis allée le chercher à l’aéroport et il m'embrassa dès qu'il me vit. Nous avions ri durant tout le trajet.
Une fois à la maison, je l’ai aidé à défaire ses valises et en sortant une de ses chemises, j’ai remarqué qu’il y avait une tâche de rouge à lèvres sur le col. Ça m’a rendu furieuse. Et je sais que ça aurait été le cas si une autre femme avait vécu la même chose que moi. J’avais décidé de tout faire pour éviter de crier alors je fis tout pur garder mon calme.
-Moi : Jules, c’est quoi ça ?
Il sortit sa tête de l’armoire qui l’empêchait de voir puis me dit :
-Jules : J’en ai aucune idée babe ; Mets la au linge tout simplement.
Il continua à ranger calmement certaines de ses affaires comme si de rien n’était. Et c’est là que tout commença. Rester calme ne me réussissait pas. Tout ce que je voulais c’est qu’il dise la vérité rien que la vérité mais il banalisait la chose :
-Moi : Mais Jules tu te fiches de qui ? Tu reviens avec une chemise tâchée de rouge à lèvre et tout ce que tu as à me dire c’est de la mettre au linge ? Donc tu étais avec ta maîtresse à Paris à jouer aux amoureux ?
-Jules : Dieyna stp ! Je viens de me taper 5 h de vol et 1 h 30 de route. Je suis épuisé.
-Moi : Je m’en fiche ! A qui appartient ce rouge à lèvre ?
-Jules : Je n’en ai aucune idée. Mes collaboratrices me font la bise tu le sais ça?
-Moi : Tu me prends vraiment pour une demeurée ! Donne-moi ton téléphone Souleymane !
-Jules : Non. Pourquoi te le donnerai-je? Est-ce que je t’ai déjà demandé le tien ?
Je le lui lançai sur le lit :
-Moi : Le voici, je n’ai rien à cacher.
-Jules : Moi non plus !
-Moi : Donc donne-moi ton téléphone !
-Jules : Non. Le téléphone c’est personnel. Ce n’est pas parce qu’on est marié que tu dois impérativement y avoir accès !
-Moi : Tu es un menteur Souleymane. Quand on te prend la main dans le sac, tu peux au moins avoir la décence d’avouer. Au lieu de ça, tu préfères me torturer. Tu es mauvais. Papa doit se retourner dans sa tombe !
-Jules : Laisse ton père hors de ça stp. A chaque fois qu’il y a prise de tête tu le mentionnes.
-Moi : Oui parce que c’est visiblement la seule et unique personne que tu respectes ! Je te jure que si je finis par découvrir que tu entretiens une relation avec une autre femme, je te tuerai de mes propres mains !
Ils me regardèrent tous comme s’ils tenaient enfin leurs meurtrières entre les mains…