Il devait me trouver pathétique mais à ce moment précis, je m’en foutais royalement. C’était son accord que je voulais. Au bureau, je me montrais toujours forte et sûre de moi. Personne ne pouvait imaginer tout ce que je traversais. Je faisais tout le temps semblant d’être heureuse. Même quand je m’achetais des cadeaux, je faisais croire à mes collègues qu’ils venaient de Jules. Beaucoup enviaient notre couple, mais si seulement ils savaient…
-Bassirou : D’accord Mme Cissé. J’accepte de vous aider mais pas besoin de me payer pour cela. La seule chose que je demande, c’est de m’acheter une nouvelle carte sim. Je ne peux pas utiliser mon numéro personnel. Je ne veux pas avoir de problème avec ma copine encore moi avec votre mari.
-Moi : Parfait. Je t’en achèterai une demain matin. Merci pour ton soutien Bassirou. Merci.
Bassirou alluma son scooter et rentra. Je me promenai un peu dans le quartier avant de rentrer dormir. Jules n’était toujours pas rentrer. Je m’efforçai de ne pas y penser sinon cela m’aurait empêcher de passer une nuit paisible.
La porte de notre chambre grinçait un peu. Sans le savoir, il me réveilla en rentrant. Mais je n’ouvris pas les yeux. Je fis comme si je dormais. Il alla prendre une longue douche, pria puis se mit au lit. Il regarda son téléphone avant de le poser sur son chevet. J’avais hâte que l’on soit au lendemain pour entamer mon plan.
-Commissaire Gomis : Donc si je comprends bien, vous avez demandé à Bassirou de se faire passer pour votre petit ami afin de rendre votre époux jaloux en finançant les cadeaux vous-même, est-ce bien cela ?
Dis comme cela ça semblait stupide, je sais mais c’était la meilleure idée que j’avais trouver à ce moment-là.
-Moi : Oui c’est bien cela !
Je n’arrivais pas à lire l’expression sur le visage de mon avocat. Était-ce encore de la surprise ? Ou comme toutes les personnes assises dans cette pièce, il me trouvait tout simplement hébétée ?
Mohamed et les deux inspecteurs me regardèrent bouche bée, au lieu de me taire, je continuai à raconter mon récit :
-Moi : Pour que mon plan marche à la perfection, il fallait que je fasse semblant de ne pas être affectée par le fait que Jules soit rentré tard. En principe, je pète toujours un câble quand c’est le cas, mais là, je pris sur moi :
-Moi : Bonjour Jules, le petit déjeuner est servi. J’ai fait des omelettes composées comme tu les aimes.
Il me regarda bizarrement. Vous auriez dû voir la tête qu’il faisait.
-Jules : Tu es sûre que ça va ?
-Moi : Oui bien sûr. Pourquoi ça n’irait pas ? Sinon, j’espère que ça été hier, ta virée avec tes collègues ?
-Jules : Oui bien merci.
Les enfants étaient déjà à table avec leurs nounous et nous attendaient tranquillement. Jules me suivit calmement. Cela faisait tellement longtemps que nous nous n’étions pas tous réunis autour d’une même table, à rire et jouer avec les enfants.
Après avoir pris un petit déjeuner copieux, je dis à Jules que j’avais une course importante à faire puis allai acheter une carte Sim pour Bassirou. Il était impératif qu’il l’ait aujourd’hui même. Une fois la Sim achetée, je donnai rendez-vous à Bass au même endroit que la veille et lui donna quelques instructions.
Une fois à la maison, j’enregistrai le nouveau numéro de Bassirou sous le nom de « Kader ». Nous passâmes toute la journée à nous envoyer de faux messages. A un moment donné, Jules me parlait mais je fis comme si je ne l’entendais pas tellement j’étais à fond dans ma conversation :
-Jules : Dieyna, je te parle. Depuis ce matin, tu envoies des messages à je ne sais qui, en plus je te parle, tu ne me réponds pas. A qui tu envoies des messages?
-Moi (le sourire aux lèvres) : Désolée, je ne t’ai même pas entendu, que disais-tu ?
-Jules : Avec qui est ce que tu parles ?
-Moi : Hein, avec un vieil ami de la Fac que j’ai récemment retrouvé sur les réseaux sociaux.
-Jules : Tu te fiches de moi, c’est ça ?
-Moi : Non, pas du tout. Tu as tes amies non ? et j’ai également les miens.
-Jules : Il est marié ?
-Moi : Veuf. Le pauvre a perdu sa femme…
Il ne me laissa même pas terminer ma phrase:
-Jules : Je m’en fiche !
-Moi : Ok comme tu veux. Bon je vais voir les enfants et je reviens.
-Jules : La nounou est là pour ça non ? Depuis quand font - ils partie de tes préoccupations ?
-Moi : Oui mais moi je suis leur mère! Tu t'es levé du mauvais pied ou quoi? Pourquoi ne cesses-tu de me chercher depuis ce matin?
Il ne répondit pas. J’envoyai un message à Bass afin qu’il m’appelle. Il ne se fit pas prier. Jules et moi étions assis tous les deux sur le lit. Il regardait la télévision.
Dès que mon portable sonna, je m’arrangeai pour mettre le nom de l’appelant bien en évidence avant de décrocher :
-Moi : J’étais sur le point de te répondre, impatient que tu es.
-Bass : J’attends toujours ta recette de poulet rôti.
-Moi : Comment as-tu deviné que ma marinade est unique ?
-Bass : Je te connais c’est tout.
Bass raccrocha mais moi, je fis mine de toujours converser, en prenant le soin de mettre discrètement mon téléphone en mode silencieux bien sûr :
-Moi : Des retrouvailles ? Mais c’est une très bonne idée. Parles- en aux autres et on programmera ça. Allez faut que je te laisse, je dois aller jouer un peu avec les enfants. Leurs photos ? D’accord. Je t'en enverrai dès que j’aurai un moment.
Dès que je raccrochai, Jules éteignit la TV. Il avait l’air en colère et jaloux à la fois :
-Jules : Mais lui il sort d’où ? Non seulement vous avez passé votre temps à vous envoyer des messages et comme si cela ne suffisait pas, il se permet de t’appeler.
-Moi : Jules, j’ai connu Kader bien avant toi. C’est mon ami. Nous nous étions perdus de vue et Dieu a fait que l’on se retrouve. C’est quelqu’un de bien qui a traversé des moment difficiles avec son veuvage. Tu continues à avoir des nouvelles de tes promotionnaires non ? Et même de ton ex via ta grande sœur, donc STP. Ne me reproche pas ce que toi-même fait !
-Jules : Tu es une femme c’est différent. Tu es ma femme.
-Moi : Ecoutes, je n’ai pas envie que l’on se prenne la tête. Peace, love and Harmony pour le bien des enfants.
-Jules: C’est ton amant hein Dieyna?
-Moi : Amant diam ? Non mais tu t'entends ? Ce n’est pas parce que toi tu me trompes ouvertement que je vais en faire de même.
C’était si amusant d’inverser les rôles. Je venais de semer le doute dans la tête de mon mari. J’avais lancé un appât et il avait tout bonnement mordu à l’hameçon.
Cela se déroula ainsi pendant presque deux semaines. Je faisais exprès de plus me pouponner quand j’allais travailler. Jules se plaignait de ma proximité avec le soi-disant Kader. Figurez-vous que je suis même allée jusqu’à créer une fausse fête de retrouvaille. Il fallait me voir. J’étais trop bien habillée. J’ai porté une de mes plus belles robes pour aller me retrouver à dîner toute seule dans un endroit très reculé et discret.
Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour raviver une flamme, éteinte ?
Un soir alors que je faisais mine de parler au téléphone, Jules vint m’interrompre pour me dire qu’il avait besoin de me parler, je dus abréger mon jeu :
-Jules : Dieyna cela fait des semaines que tu envoies des sms à ton Kader là. Vous vous appelez également pratiquement tous les jours. Tu es mariée Dieynaba. J’ai l’impression que tu as tendance à l’oublier.
-Moi : Je ne fais rien de mal. Je suis ravie d’avoir une épaule sur laquelle pleurer. Tu ne t’intéresses plus à moi. Dou compliment dou dara ! J’aide Kader à traverser une mauvaise passe et vice versa.
-Jules : Tu me rejettes la faute maintenant ?
-Moi : Je ne veux vraiment pas qu’on se dispute. Alors ne commence pas stp.
-Jules : C’est toi qui me dis ça ?
-Moi : Oui. Je ne veux plus élever le ton ou me disputer avec toi.
-Jules : Je ne veux pas de dispute non plus mais je te demande si tu trouves normal de passer nuit et jour à papoter avec un ami alors que ton mari est à côté. Je pouvais faire la même chose mais ce n’est pas respectueux envers mon épouse.
-Moi : Donc aujourd’hui je suis ton épouse ? Eh bah dis donc !
-Jules : Jusqu’à preuve du contraire, oui !
-Moi : Tu m’amuses, je t’assure.