Chapitre 5: L'écho du doute

4040 Words
Le soleil s’était levé depuis peu sur Ligther, projetant ses premières lueurs dorées à travers les volets entrouverts de la chambre de Léo. Allongé sur le dos, les yeux ouverts, il fixait le plafond sans vraiment le voir. Les événements de la veille tournaient encore en boucle dans sa tête : la rencontre avec Luna, l’alerte à la bombe au stadium, le regard inquiet de Gabriel, les paroles de Jordan sur un vieil ennemi. Un mélange d’émotions contradictoires s’entrechoquait en lui : excitation, peur, curiosité. Mais surtout, cette impression étrange que quelque chose de plus grand se tramait derrière l’apparente tranquillité de leur quotidien. Il se redressa lentement, passa une main dans ses cheveux encore ébouriffés et attrapa son téléphone. Un message de Fresh clignotait sur l’écran : "T’as bien dormi fréro ? Tu penses que c’était quoi cette histoire au stadium ?" Léo soupira. Il n’avait pas envie de répondre. Pas tout de suite. Il se leva, enfila un short et un t-shirt, puis descendit au salon. Elise était déjà debout, en train de préparer du café pendant que Jordan lisait les nouvelles sur sa tablette. Gabriel, quant à lui, mangeait distraitement des céréales, les yeux fixés sur le vide. — Bonjour, lança Léo d’un ton neutre. — Bonjour mon cœur, répondit Elise avec un sourire doux. Bien dormi ? — Plus ou moins. Jordan leva les yeux vers lui. — Tu veux parler de ce qu’il s’est passé hier ? Léo secoua la tête. Il ne savait pas par où commencer, et il sentait que même s’il essayait, il ne parviendrait pas à mettre des mots sur ce qu’il avait ressenti à ce moment-là. La panique. L’adrénaline. L’instinct de survie. — Non, pas maintenant. Un silence pesant s’installa. Gabriel jeta un coup d'œil vers lui, puis baissa les yeux vers son bol. — Je pense que je vais aller faire un tour en ville, dit Léo pour briser la tension. Histoire de me changer les idées. Jordan acquiesça, le regard grave. — Sois prudent. Léo attrapa ses écouteurs, ses clés et son téléphone, puis sortit dans la lumière du matin. Il marcha sans but précis, laissant ses pas le guider à travers les rues animées de Ligther. Il salua quelques connaissances en chemin, esquissa des sourires distraits, mais son esprit était ailleurs. Il s’arrêta finalement devant un petit café discret, niché à l’angle d’une ruelle calme. La devanture était ancienne mais charmante, avec ses volets verts délavés et ses plantes suspendues. Il n’y était jamais allé auparavant. Poussé par une impulsion, il entra. L’intérieur était chaleureux, baigné d’une lumière tamisée. Des tables en bois, des banquettes de velours, et une douce odeur de viennoiseries flottant dans l’air. Une jeune femme en tablier s’approcha de lui avec un sourire. — Bienvenue au Café Mistral. Vous êtes seul ? Léo leva les yeux vers elle. Elle était brune, avec une peau mate et des yeux noisette qui semblaient briller d’un éclat mystérieux. Il lui fallut une seconde pour répondre. — Oui. Je… je cherche juste un endroit tranquille pour me poser. — Parfait, dit-elle avec douceur. Suivez-moi. Elle le guida jusqu’à une table près de la fenêtre, puis déposa une carte devant lui. — Je m’appelle June, au fait. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je suis là. Il hocha la tête, un peu troublé. Il y avait quelque chose chez elle… une façon de le regarder, comme si elle le connaissait déjà. Il chassa cette pensée et se concentra sur la carte. Quelques instants plus tard, elle revint avec un café et un croissant chaud. — Je me suis permis de choisir pour vous. Vous avez une tête à aimer les classiques. Il sourit, surpris par son assurance. — Merci. Elle s’assit sans demander la permission, posant ses coudes sur la table. — Et vous, c’est quoi votre nom ? — Léo. — Léo… Leger ? Le fils de Jordan Leger ? Il releva les yeux, intrigué. — Comment tu sais ça ? June sourit, un peu malicieusement. — Ligther n’est pas si grande, tu sais. Et ton père est connu. Il a plusieurs entreprises, non ? — Ouais, c’est vrai. Elle le fixa un instant, ses yeux brillants d’un éclat difficile à déchiffrer. — Tu sais, tu as l’air de quelqu’un de bien. Peut-être un peu naïf… mais sincère. Léo fronça les sourcils. — C’est censé être un compliment ? Elle éclata de rire. — Je ne fais que constater. Tu devrais revenir ici un jour. J’aime bien discuter avec toi. Il hocha la tête, un peu déstabilisé. Il y avait quelque chose d’étrange chez elle. Une impression de déjà-vu. Une tension légère, presque imperceptible. — Je repasserai, dit-il. June le regarda partir, un mince sourire sur les lèvres. Dès qu’il eut quitté la salle, elle sortit un petit téléphone de sa poche et composa un numéro. — Il est venu, dit-elle à voix basse. Il ne se doute de rien. Une voix masculine répondit à l’autre bout. Son visage s’assombrit légèrement, mais elle hocha la tête, comme si elle recevait des ordres. — Oui, je comprends. Je ferai ce qu’il faut. Pour le Consortium. Après sa visite au Café Mistral, Léo marchait d’un pas lent à travers les rues de Ligther. L’image de June, de son regard appuyé, de sa voix douce mais énigmatique, restait ancrée dans son esprit. Il n’arrivait pas à déterminer si c’était simplement de la curiosité ou un sentiment plus confus qui naissait en lui. Une chose était sûre : cette fille n’était pas comme les autres. Et elle connaissait bien trop de choses sur sa famille pour une simple serveuse. Son téléphone vibra dans sa poche. Un message de Luna : « On peut se voir ce soir ? » Il sourit malgré lui. Rien que de lire son nom faisait battre son cœur un peu plus vite. Il tapa une réponse rapide : « Bien sûr. 19h au parc, ça te va ? » Elle confirma aussitôt. Léo continua sa marche, puis décida de rentrer chez lui pour se reposer un peu avant le rendez-vous du soir. La maison était calme, presque trop. Jordan était sorti, et Elise s’affairait à la cuisine, concentrée sur ses casseroles. Gabriel, quant à lui, était dans sa chambre, casque vissé sur les oreilles, sans doute en pleine partie de jeu vidéo. — T’as l’air pensif, fit remarquer Elise en jetant un œil à son fils. — Un peu… J’ai rencontré une fille bizarre dans un café. Elle haussa un sourcil, amusée. — Bizarre comment ? Elle t’a jeté un sort ou quoi ? — Maman… Non, elle connaissait mon nom, celui de papa, et elle m’a parlé comme si elle m’attendait. C’était… étrange. Elise se figea un instant, les mains sur le plan de travail. Elle reprit lentement ses gestes, mais sa voix était plus tendue : — Tu sais, parfois les gens se renseignent avant d’aborder quelqu’un. Tu es peut-être en train de te faire des idées. Léo sentit qu’elle savait plus qu’elle ne voulait bien l’avouer. Mais il n’insista pas. Il connaissait ce ton chez elle. Quand elle ne voulait pas parler, il valait mieux attendre. À 18h45, Léo sortit de la maison. Le parc n’était qu’à quelques pâtés de maisons, et l’air du soir était agréable. Des familles finissaient leurs promenades, des enfants couraient encore autour des jeux, et les lampadaires commençaient à s’allumer doucement. Luna était déjà là. Elle portait une veste en jean et un pantalon beige. Ses cheveux étaient lâchés, légèrement ondulés, et elle jouait distraitement avec un bracelet à son poignet en l’attendant. — Salut, dit-elle en le voyant arriver. — Salut. T’es toujours en avance ? — J’aime pas faire attendre. Ils s’installèrent sur un banc, un peu à l’écart, sous un arbre. Le silence entre eux était doux, naturel. Il n’y avait pas de gêne, juste ce calme apaisant que l’on ressent lorsqu’on est avec quelqu’un qu’on apprend à connaître et qu’on apprécie déjà. — Tu penses souvent à ce qu’il s’est passé au stadium ? demanda-t-elle au bout d’un moment. — Tout le temps, répondit Léo. J’ai l’impression qu’on ne nous dit pas tout. Toi aussi, tu sens ça ? Luna hocha la tête. — Oui. Et je crois que c’est pas un hasard si toi et moi, on s’est rencontrés pile à ce moment-là. Il se tourna vers elle, surpris. — Tu veux dire quoi par là ? Elle soupira, hésita, puis planta son regard dans le sien. — Je vais te dire la vérité. Mon père… il n’est pas juste un homme d’affaires. Il travaille pour un groupe très influent. Des gens discrets, mais puissants. Ils ont des projets, des objectifs… et ton père les gêne. Léo sentit une boule se former dans son estomac. — C’est quoi, ce groupe ? Elle détourna les yeux. — Je ne peux pas te le dire. Pas encore. Mais je te jure que je ne suis pas là pour te trahir, Léo. Je veux juste te protéger. J’ai pas choisi cette vie, on m’a mise là-dedans. Il resta silencieux un long moment, assimilant ce qu’elle venait de lui révéler. — Alors, depuis le début, tu savais qui j’étais ? Tu m’as approché exprès ? — Oui… mais pas comme tu crois. Je devais juste t’observer. Te surveiller. Mais très vite, j’ai vu que t’étais différent. T’es gentil. Tu mens pas. Et tu m’as regardée comme personne ne l’a jamais fait. Elle se leva, nerveuse, puis fit quelques pas avant de se retourner vers lui. — Léo… je suis tombée amoureuse de toi. Il se leva à son tour, son cœur battant à tout rompre. Elle venait de prononcer ces mots, si simples et si déstabilisants. — Tu me mens pas ? — Non. Il s’approcha d’elle. Il voyait dans ses yeux la peur, l’honnêteté, et un mélange d’émotions brutes. Il hésita, puis glissa sa main dans la sienne. — Alors reste avec moi. Peu importe ce que ton père fait. Peu importe ce groupe. Tant que toi, tu choisis d’être avec moi… je veux croire en toi. Elle se jeta dans ses bras, émue. Leurs lèvres se frôlèrent d’abord timidement, puis s’unirent dans un b****r tendre, doux, sincère. Le couple venait de naître. Le lendemain matin, une atmosphère nouvelle régnait dans la maison des Leger. Léo descendit pour le petit déjeuner avec un sourire discret, mais qu’Elise ne manqua pas de remarquer. Elle le fixa un instant, haussant un sourcil malicieux. — Toi, tu as passé une bonne soirée, on dirait. Léo esquiva sa remarque d’un sourire gêné, attrapa une tartine et s’assit en face de Gabriel, déjà penché sur son bol de céréales. — Et toi, qu’est-ce que tu fais aujourd’hui ? demanda-t-il à son frère. — J’ai prévu de rejoindre Leek à la salle de sport. On a un tournoi amical en fin de journée. Et toi ? Tu vas voir Luna ? Léo hocha la tête, un brin rêveur. — Ouais. On a prévu une balade dans le centre-ville. Elise intervint doucement : — Fais attention, mon cœur. Tout ce qui brille n’est pas toujours de l’or. Il releva les yeux vers elle. Il connaissait ce ton. Elle ne parlait pas uniquement de la relation naissante avec Luna. Elle faisait peut-être allusion à autre chose. À ce qui planait autour d’eux depuis l’épisode du stadium. — Tu sais quelque chose que je ne sais pas ? lança-t-il. Elle se contenta de lui sourire doucement, évitant la question. Plus tard dans la journée, Léo retrouva Luna devant la vieille bibliothèque municipale. Elle l’attendait avec un carnet en main, un crayon glissé derrière l’oreille. Lorsqu’elle le vit, elle referma rapidement son carnet. — Tu dessines ? demanda-t-il. — Un peu. J’aime croquer des visages, des endroits… Ça me calme. Mais c’est pas encore assez bon pour être montré. — Tu pourrais me dessiner un jour ? — Tu veux dire… maintenant ? Elle ouvrit son carnet, fit un clin d’œil et commença à tracer des traits avec rapidité. En quelques minutes, elle avait capturé l’intensité de son regard et le pli amusé de sa bouche. — Tu es vraiment douée, murmura Léo. Ils passèrent l’après-midi à marcher dans les rues commerçantes, à rire, à s’arrêter devant les vitrines. Luna semblait plus détendue, comme si le poids de ses secrets s’était un peu allégé depuis la veille. Et pourtant, elle restait sur ses gardes, regardant parfois derrière son épaule. — Tu as peur ? demanda-t-il doucement. — Pas de toi, répondit-elle. Mais de ceux qui m’ont envoyée vers toi. Il voulut en savoir plus, mais elle lui serra la main comme pour dire : pas maintenant. Le soir venu, de retour chez lui, Léo entra dans sa chambre. Il trouva Fresh, assis sur son lit, les bras croisés. — Tu la vois toujours ? — Luna ? Oui. — T’as pas l’impression qu’elle se rapproche trop vite ? C’est bizarre, mec. — T’es jaloux ou inquiet ? — Les deux peut-être. Elle a débarqué du jour au lendemain, elle connaît ton nom, elle veut tout savoir sur ta famille… Moi, j’dis qu’il faut faire gaffe. Léo s’assit à côté de lui. — T’inquiète, je fais attention. Mais j’crois que… j’suis tombé amoureux. Fresh le regarda longuement, puis soupira. — D’accord. Mais si jamais elle te fait du mal, j’te promets que je m’en occuperai. — Merci, frère. Ils échangèrent un sourire. Ce genre de promesse n’avait pas besoin de serments. C’était la force de leur amitié. Le lendemain, en se rendant à la fac, Léo reçut un message anonyme. Aucun nom, aucun numéro. Juste un court texte : "Tu dois choisir ton camp avant qu’il ne soit trop tard." Il montra le message à Fresh qui haussa les épaules. — Ça commence à puer ton histoire. Léo soupira, l’inquiétude serrant sa gorge. Quel camp ? Et surtout… pourquoi lui ? À la fac, Luna n’était pas là. Elle ne répondit ni aux messages, ni aux appels. Toute la journée, Léo sentit une tension monter en lui. Il la connaissait à peine et pourtant, son absence lui semblait déjà intolérable. Ce n’est que le soir qu’il reçut un message vocal. Sa voix tremblante, à peine audible : « Je suis désolée, Léo. Ils m’ont rappelée… Je n’ai pas eu le choix. Ne viens pas me chercher. Je t’expliquerai tout… si je reviens. » Léo resta figé devant son téléphone. La rue autour de lui continua de vivre, les passants défilaient, insouciants. Mais pour lui, le monde venait de s’arrêter. Le lendemain matin, Léo n’avait presque pas dormi. La voix de Luna résonnait dans sa tête comme un avertissement silencieux. Il s’était retourné toute la nuit dans ses draps, rejouant les scènes de la veille, les moments partagés, son sourire... et ce message, à la fois tendre et glaçant. Il s’habilla sans réfléchir, descendit au salon et trouva son père seul, absorbé dans un dossier. — Papa, tu peux me parler de tes affaires ? Jordan releva les yeux, intrigué. — Mes affaires ? Pourquoi cette question soudaine ? — Je veux comprendre ce que tu fais. Et ce que tu risques. Jordan soupira, posa son stylo, et croisa les bras. — C’est dangereux parfois, tu le sais. Mais je suis prudent. Pourquoi cette inquiétude ? — Parce que je sens qu’on nous observe, nous tous. Quelque chose plane autour de nous. Et... Luna m’a dit qu’elle était liée à des gens qui pourraient vouloir nous nuire. Jordan serra la mâchoire. Il se leva, marcha lentement vers la fenêtre, puis, sans se retourner : — Tu veux parler du Consortium, hein ? Léo sentit son cœur s’accélérer. — Tu connais ? — J’aurais préféré que tu n’en entendes jamais parler. Il se retourna finalement, les traits fermés. — Ce sont des groupes d'influence. Certains anciens associés, d’autres ennemis déguisés. Ils gravitent autour du pouvoir, de l’argent, et de secrets que même moi, je ne connais pas entièrement. — Luna en fait partie ? — Elle est peut-être utilisée. Ou elle les utilise. Dans tous les cas, fais attention. Ce genre d’organisation ne laisse jamais les émotions dicter leurs actes. Léo hocha la tête, l’esprit encore plus embrouillé. S’il avait commencé à tomber amoureux de Luna, il se rendait compte à présent que leur lien était peut-être une manœuvre... ou bien un défi contre ce qu’elle avait été envoyée accomplir. ** Plus tard, alors qu’il marchait dans les rues de Ligther, Léo fut attiré par une odeur de café et de viennoiseries. Il leva les yeux et lut l’enseigne : Le Céleste. Un petit restaurant au coin d’une ruelle paisible, dont il n’avait jamais remarqué l’existence auparavant. Il entra, poussé par une intuition étrange. L’intérieur était chaleureux : bois sombre, lumières douces, quelques clients tranquilles. Une serveuse s’approcha de lui avec un sourire éclatant. — Bonjour. Tu es nouveau ici, non ? Léo sourit à son tour. — C’est la première fois, ouais. — Je m’appelle June. Tu veux t’installer où tu veux, je t’apporte la carte. Il s’assit près de la baie vitrée. June revint quelques instants plus tard avec un menu et une tasse de chocolat chaud, qu’elle posa sans même qu’il ait commandé. — Tu avais l’air de quelqu’un qui avait besoin de douceur, dit-elle en haussant les épaules. Léo fut surpris. — C’est un bon instinct. — Je suis très intuitive. Surtout avec ceux qui ont l’air perdus. Elle pencha la tête, l’observant avec une attention presque... troublante. — Tu t’appelles Léo, pas vrai ? Il fronça les sourcils. — On se connaît ? Elle fit mine de réfléchir. — Non. Mais je te connais un peu. Disons... que je me suis renseignée. Son sourire s’effaça légèrement. Léo sentit une tension monter. — Pourquoi ? — Parce que certaines personnes s’intéressent à toi. Et pas seulement pour de bonnes raisons. Il baissa les yeux. Encore ce genre de phrases à demi-mots. Encore ce voile de mystère. Mais il ne pouvait pas ignorer ce que cette fille venait de dire. — Tu fais partie d’eux ? Du Consortium ? June se figea un instant, puis s’assit en face de lui sans demander la permission. — Je ne suis pas leur ennemie. Mais je ne suis pas leur soldate non plus. Disons... que je suis de ceux qui observent avant d’agir. — Tu sais où est Luna ? Elle hésita. — Non. Mais je sais qu’elle est tiraillée. Elle n’a pas encore choisi son camp. Léo planta son regard dans le sien. — Et toi ? T’as choisi ? Elle détourna les yeux, puis murmura : — Je crois que je l’ai fait, le jour où j’ai su que tu existais. Le silence s’installa. Une étrange chaleur monta dans la poitrine de Léo. Pas une attirance, pas vraiment. Mais un avertissement : cette fille savait trop de choses. Et elle semblait mêler danger et affection dans un cocktail imprévisible. ** Ce soir-là, de retour chez lui, Léo raconta tout à Fresh. — Elle est jolie ? demanda Fresh, moqueur. — C’est pas la question. — Si tu commences à te faire approcher par des meufs dangereuses à tous les coins de rue, j’vais devoir devenir ton garde du corps, mec. Léo sourit, mais son regard était sombre. — C’est comme si tout le monde attendait quelque chose de moi… et je ne sais même pas quoi. — T’as Luna, t’as June… et t’as moi. On va trouver. Ils se tapèrent dans la main. Mais dans l’ombre, le jeu venait à peine de commencer. Le samedi matin, la maison des Leger était étonnamment calme. Elise préparait des crêpes dans la cuisine, Jordan lisait son journal en silence, et Gabriel pianotait sur son téléphone en attendant que Leek passe le chercher. Seul Léo semblait ailleurs, encore prisonnier de ses pensées de la veille. Il observait son bol de céréales comme s’il pouvait y lire des réponses. — Tu manges ou tu médites ? lança Gabriel, en le regardant à moitié amusé. Léo sourit sans enthousiasme. — Je réfléchis, c’est tout. — Toujours cette histoire avec Luna ? Ou c’est la serveuse mystérieuse maintenant ? ajouta Gabriel avec un clin d’œil. Léo soupira. — Je sais plus. C’est comme si je me retrouvais au centre de quelque chose que je ne comprends pas. Jordan leva les yeux de son journal. — Parfois, les gens ne t’approchent pas pour qui tu es… mais pour ce que tu représentes. — Tu parles de ton histoire avec Lucky ? Jordan hocha la tête. — Exactement. Il y a des années, je pensais qu’on était comme des frères. Mais un concours, un seul concours, a tout changé. Il n’a jamais supporté mon succès. Il a cru que je lui avais tout volé. Et depuis, il veut se venger. — Tu crois qu’il a un lien avec le Consortium ? Jordan ferma le journal, l’air plus grave que jamais. — Je suis presque sûr qu’il en fait partie maintenant. Et s’il revient à Ligther… c’est pas un hasard. Un silence pesant s’abattit sur la table. Elise arriva alors avec une assiette de crêpes fumantes. — Arrêtez de parler de choses qui plombent l’ambiance. Aujourd’hui, c’est samedi. Allez prendre l’air, les garçons. — T’as raison, dit Gabriel en se levant. Leek m’attend déjà sûrement. Léo restait assis, le regard perdu. — Et toi ? Tu restes ici toute la journée ? demanda Elise. — Non… Je vais faire un tour. Peut-être passer au stade. ** En sortant de chez lui, Léo ne savait pas où aller. Ses pas le conduisirent naturellement vers le centre-ville. En chemin, il croisa Taylor qui descendait de sa moto. — Eh, frère ! Ça fait longtemps ! — Ouais… désolé, j’ai été un peu absent. Taylor fronça les sourcils. — Fresh m’a raconté pour la fille. Et pour cette histoire de Consortium. C’est sérieux ? Léo hocha la tête. — Bien plus que je ne le pensais. Taylor siffla doucement. — Alors faut pas rester seul dans ce genre de moment. On est ta b***e, mec. On se serre les coudes. Léo sourit enfin. — Merci. Vraiment. — Viens. On va retrouver les gars. Une partie de basket te fera du bien. ** Quelques heures plus tard, Léo était en sueur, essoufflé, mais pour la première fois depuis plusieurs jours, il se sentait vivant. Noah, Jonathan, Taylor, et même Fresh avaient retrouvé leur énergie habituelle. Les blagues fusaient, les ballons volaient, les rires résonnaient. Pendant une pause, Fresh s’approcha de lui. — Luna t’a envoyé un message ? — Non. Depuis hier, rien. — T’es inquiet ? Léo hésita. — Je sais pas si elle s’éloigne pour me protéger… ou si elle commence à me cacher des choses. — Dans les deux cas, tu vas devoir la confronter tôt ou tard. — Je sais. Et je veux lui faire confiance. Mais entre June, le Consortium, Lucky… tout se mélange. — Alors démêle. Une chose à la fois. Et commence par ce que tu ressens pour elle. Léo le fixa quelques secondes, puis soupira. — Je crois que je l’aime, Fresh. Ce dernier resta silencieux un instant, puis lui donna une tape sur l’épaule. — Alors bats-toi pour elle. Mais sans te perdre, Léo. ** Plus tard, alors que le soleil commençait à décliner, Léo décida de retourner au restaurant Le Céleste. Il voulait parler à June, comprendre ce qu’elle savait réellement. Mais lorsqu’il arriva devant l’établissement, la porte était close. Un mot manuscrit était accroché à la vitre : "Fermé exceptionnellement. À très bientôt." Son cœur se serra. Elle aussi disparaissait maintenant. Il resta là, debout, figé sur le trottoir. Comme si la ville elle-même jouait contre lui. Comme si chaque fois qu’il commençait à comprendre, les pièces du puzzle s’évaporaient. Son téléphone vibra. Un message. De Luna. > “Je suis désolée. Je t’expliquerai tout. Mais pas ici. Retrouve-moi demain. Même endroit. 18h.” Il serra son téléphone dans sa main. Il avait maintenant une date. Un lieu. Une dernière chance, peut-être, de comprendre Luna… et ce qu’elle représentait vraiment dans sa vie. Mais ce qu’il ignorait encore, c’est que leur prochain rendez-vous allait tout bouleverser. Et que l’ombre du Consortium n’avait jamais cessé de le suivre.
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